Colonie d'abeilles

Les néonicotinoïdes

Les néonicotinoïdes sont un groupe de substances neurotoxiques utilisés comme insecticides pour la protection des cultures. Parmi ces insecticides on rencontre : Acétamipride, Clothianidine, Imidaclopride, Thiaclopride et Thiaméthoxame. Au Niger les néonicotinoïdes sont surtout employés dans l’enrobage des semences et pour pulvérisation aérienne des cultures contre les insectes piqueur-suceurs, les coléoptères et les larves de certains lépidoptères. Ces substances connues pour leur toxicité pour les insectes pollinisateurs comme les abeilles présentent plusieurs caractéristiques pouvant être vues comme des avantages ou des inconvénients. Nonobstant, les autorisations de mise sur le marché de ces produits augmentent (ces dernières années) de façon exponentielle dans les pays d’Afrique de l’Ouest.

Qu’est-ce que les néonicotinoïdes ?

Les néonicotinoïdes sont des molécules de synthèse très toxiques ayant une structure similaire à celle de la nicotine. Ils ont le même mode d’action que la nicotine et agissent sur le système nerveux central provoquant la paralysie et la mort de l’insecte. Ceci fait d’eux, des substances toxiques à large spectre utilisées dans la lutte contre les insectes ravageurs des cultures comme les pucerons, la mouche blanche ou la noctuelle de la tomate.

Les néonicotinoïdes sont aussi des insecticides systémiques c’est-à-dire qu’ils peuvent circuler dans toutes les parties de la plante : des racines jusqu’aux feuilles, fleurs et pollens, faisant d’eux des candidats potentiels dans l’enrobage des semences. Les graines enrobées avant le semis, sont prédisposées à combattre les insectes ainsi que d’autres nuisibles comme les champignons attaquant les semences ou la plante au stade plantule.

En plus de l’application pour le traitement des semences, les néonicotinoïdes sont également employés en pulvérisation aérienne sur les cultures, pour le traitement du sol (en milieu urbain et dans les forêts).

A cause de leur capacité à circuler dans toute la plante, les néonicotinoïdes peuvent souvent être présents dans le nectar et dans le pollen des fleurs. Ainsi, plusieurs études ont montrées que ces substances ont des effets néfastes sur la survie et le développement des colonies, la reproduction, le comportement au moment du butinage des abeilles.

Insecte pollinisateur sur fleur de moringa
Insecte pollinisateur sur fleur de moringa

Les néonicotinoïdes commercialisés dans la zone CILSS et au Niger

La famille des néonicotinoïdes comprend actuellement onze molécules. Il s’agit de : Acétamipride, Clothianidine, Cycloxapride, Dinotéfurane, Imidaclopride, Imidaclothiz, Nitenpyrame, Nithiazine, Paichongding, Thiaclopride, Thiaméthoxame. Parmi ces substances, sept sont commercialisées pour usage agricole, notamment pour l’enrobage des semences, pour pulvérisation aérienne sur les cultures, pour le traitement du sol. Ces substances sont : Acétamipride, Clothianidine, Dinotéfurane, Imidaclopride (pesticide le plus utilisé au monde), Nitenpyrame, Thiaclopride et Thiaméthoxame.

Les molécules présentes au Niger et dans les 13 pays couverts par la législation du CSP sont au nombre quatre : Acétamipride, Imidaclopride, Thiaclopride et Thiaméthoxame.

Structures de la nicotine et des insecticides systémiques néonicotinoïdes
Structures de la nicotine et des insecticides systémiques néonicotinoïdes (Hladik et al., 2018)

Propriétés chimiques des néonicotinoïdes

Les néonicotinoïdes sont des molécules très solubles dans l’eau et ils se dégradent faiblement dans l’environnement. Dans la plante, ils peuvent être transportés et pourvoir une protection contre les insectes nuisibles au fur et à mesure que la plante grandit. Ils sont couramment rencontrés dans le sol des champs où sont utilisées des semences traitées même après plusieurs années. Les concentrations dans les sols peuvent augmenter après plusieurs d’utilisations et les risques d’accumulation de ces substances dans les eaux souterraines sont élevés.

Mode d’action des néonicotinoïdes

Les néonicotinoïdes sont un groupe de substances neurotoxiques utilisées surtout comme insecticides pour la protection des cultures. Ils agissent sur le système nerveux central des insectes en se liant aux récepteurs nicotiniques de l’acétylcholine provoquant ainsi la paralysie et la mort de l’insecte.

Chez les mammifères, les récepteurs nicotiniques de l’acétylcholine sont situés au niveau des cellules du système nerveux central et celles du système nerveux périphérique. Chez les insectes, ces récepteurs sont uniquement situés au niveau du système nerveux central ce qui accroît le niveau le niveau de toxicité. A l’échelle cellulaire, les récepteurs nicotiniques de l’acétylcholine sont activés par des neurotransmetteurs de l’acétylcholine et peuvent à fortes doses, bloqués les récepteurs causant ainsi la paralysie et la mort de l’insecte. Autre chose qui fait la toxicité des néonicotinoïdes, c’est que leurs effets sur les insectes sont irréversibles.

Les néonicotinoïdes, des candidats potentiels dans la lutte contre la résistance aux insectes

Au niveau cellulaire, les néonicotinoïdes se lient aux sites spécifiques, les récepteurs nicotiniques post-synaptiques de l’acétylcholine. A ce jour, aucun cas de résistance croisée aux pesticides des autres groupes, notamment les carbamates, organophosphorés ou les pyréthrinoïdes, n’a été signalé. Ce phénomène fait d’eux des candidats idéals dans la gestion des résistances aux pesticides développés par plusieurs insectes. Pour cette raison, on les retrouve en association avec d’autres substances actives comme : Cyperméthrine, Lambda-cyhalothrine, Indoxacarbe ou Emamectine benzoate dans beaucoup de formulations de insecticides homologués par le CSP (Comité Sahélien des Pesticides). Dans la lutte antiparasitaire contre les ravageurs des cultures, les néonicotinoïdes sont utilisés pour combattre les piqueur-suceurs (pucerons, mouches blanches, thrips), les coléoptères et les larves de certaines lépidoptères.

Statut d’utilisation des néonicotinoïdes au Niger et dans la zone CILSS

Malgré les dangers qu’ils présentent pour l’environnement en particulier pour les insectes non-cibles notamment les pollinisateurs, aucun néonicotinoïde n’est malheureusement interdits et/ou ne fait l’objet de restriction d’emploi dans les pays d’Afrique de l’Ouest. Pire, on constate une absence de débat sur ce sujet malgré que la controverse fait rage dans plusieurs pays dans le monde, notamment ceux de l’Union européenne et en Amérique du nord (Etats Unis et Canada).

Dans la zone CILSS, l’autorisation de mise sur le marché est accordée par le Comité Sahélien des Pesticides. Ce dernier continue à octroyer l’autorisation de vente de ces insecticides sans aucune évaluation préalable de leur toxicité sur les différentes composantes de l’environnement. Dans ses dernières listes des pesticides homologués, le CSP a accordé l’autorisation d’utilisation d’au moins 58 préparations commerciales de pesticides contenant les néonicotinoïdes.

Devons-nous avoir peur pour notre santé ?

Du fait qu’ils bloquent les voies métaboliques spécifiques, qui sont plus abondantes chez les insectes que chez les mammifères, les néonicotinoïdes sont plus toxiques pour les insectes que pour les hommes. Ainsi, du point de vu toxicologique, ces substances ne présentent pas un grand danger pour l’homme et selon la classification de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) on les classe dans les catégories II et III, c’est-à-dire modérément et faiblement toxique, respectivement.

Cependant, comme tous les pesticides, l’ingestion de ces substances dans les aliments à des doses dépassant la Limite Maximale en Résidu (LMR), c’est-à-dire la norme acceptable pour l’organisme humain, provoquerait de graves conséquences sur la santé. Dans tous les cas les indications concernant les risques et la gestion des intoxications en cas d’accidents sont fournies sur l’étiquette du pesticide.


Quelques références citées

Compendium of pesticide Common Names : http://www.alanwood.net/pesticides/class_insecticides.html. Retrieved 2018-12-21.

Hladik, M.L., Main, A.R., & Goilson, D., 2018. Environmental risks and challenges associated with neonicotinoid insecticides. Environ. Sci. Technol., 52, 3329−3335.

EFSA, 2018. Neonicotinoids: risks to bees confirmed. European food Safety Authority. 2018-02-28. Retrieved 2018-12-26.

EFSA, 2013. L’EFSA identifie les risques associés aux néonicotinoïdes pour les abeilles. European food Safety Authority. Consulté le 21-12-2018

EPA : EPA Actions to Protect Pollinators. United States Environmental Protection Agency. Retrieved 2018-12-22.

Simon-Delso, N. & al., 2015. Systemic insecticides (neonicotinoids and fipronil): trends, uses, mode of action and metabolites. Environ Sci Pollut Res., 22, 5–34.

Stokstad, E., 2018. European agency concludes controversial ‘neonic’ pesticides threaten bees. Sciences. Retrieved 2018-12-21.

Tomizawa, M. & Casida, J.E., 2005. Neonicotinoid insecticide toxicology: Mechanisms of Selective Action. Annu. Rev. Pharmacol. Toxicol., 45, 247–68.

Wikipedia: Neonocotinoid. Retrieved 2018-12-21.

Contact: Aminou Salifou / csan.niger@gmail.com

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