Larves et adultes du criquet pélerin perchés sur un arbre

Locust Watch : un service d’information sur la situation des criquets dans le monde

Produit par le Locust and Other Migratory Pests Group, Locust Watch est un service de monitoring de la situation des criquets dans le mondial. Grace à ce service, les pays affectés par les invasions des criquets ainsi que les donateurs sont tenus informés de l’évolution de la situation acridienne dans leur pays. Locust Watch comporte en son sein des plateformes de gestion des criquets pèlerins appelées elocust.

Abeille visitant une fleur de citrouille

Un atlas des insectes pour dénoncer l’utilisation des pesticides

Plus de 40% des espèces d’insectes sont en déclin dans le monde à cause de l’agriculture industrielle et de la forte application des pesticides de synthèse et cela constitue une sérieuse menace sur la sécurité alimentaire, déplorent un consortium d’ONGs — Friends of the Earth Europe et l’institut Heinrich Böll.
Les insectes maintiennent l’équilibre écosystémique de la planète et assurent notre production alimentaire. Ces organisations publient un Atlas des Insectes dénonçant l’utilisation des pesticides.

Sac de lâcher de Habrobracon hebetor en milieu paysan au Niger

La guêpe du futur pour la lutte biologique en milieu paysan

Sac de lâcher de Habrobracon hebetor en milieu paysan au Niger

© Garba M. DGPV, Capture d’écran

Habrobracon hebetor : la guêpe du futur pour la lutte biologique contre les ennemis des cultures en milieu paysan

Qu’est-ce que Habrobracon hebetor

Habrobracon hebetor est une petite guêpe parasitoïde (environ 4 mm) de la famille des Braconidae utilisée dans la lutte biologique contre plusieurs espèces de lépidoptères (papillons). C’est un ectoparasite larvaire c’est-à-dire un organisme qui se nourrit sur le tégument (tissu qui recouvre le corps des insectes) de l’hôte. Ce sont les « larves » de la guêpe qui se nourrissent des chenilles jusqu’à achever leur stade de développement larvaire. A l’émergence la petite guêpe adulte qui mesure 4 cm de long sort d’un petit cocon blanchâtre.

Habrabracon et lutte biologique contre la mineuse de l’épi de mil

H. hebetor est une espèce qui est largement repartie dans le monde notamment en Afrique, en Amérique, en Asie et en Europe. Une femelle peut pondre jusqu’à 180 œufs au cours de sa vie. La durée de vie de l’insecte est très courte et de nouveaux individus peuvent apparaître en une semaine. Au Niger, H. hebetor est principalement utilisée dans la lutte contre la chenille mineuse de l’épi de mil (Heliocheilus albipunctella), un plus des importants ravageurs du mil. Ce ravageur redoutable très connu des producteurs de mil peut causer des dégâts importants pouvant aller jusqu’à la perte totale des cultures.

Galerie de la mineuse de l'épi (Heliocheilus albipunctella)

© Salifou Aminou, CSAN Niger

Mode opératoire de la guêpe

En présence de la mineuse de l’épi, la première action de la guêpe est d’anesthésier sa proie en lui infectant un poison. Ensuite, elle pond des œufs sur l’hôte. Après l’éclosion, les jeunes larves s’accrochent au tégument et s’en nourrissant. Ainsi, elles consomment la chair de leur proie et la vidant complètement de son contenu. Au fur et à mesure qu’elle grandisse, la larve de la guêpe tisse un cocon dans lequel elle s’entoure pour passer au stade pupe en se momifiant. Après quelques jours, on voit émerger des adultes qui s’accouplent et pondent des œufs sur les chenilles. La durée totale du cycle sur la chenille varie entre 8 à 12 jours et de nouveaux invendus peuvent apparaître en une semaine. Ceci fait d’Habrabracon hebetor un agent de lutte biologique efficace dans la lutte contre la mineuse de l’épi.

Habrobracon hebetor parasitant une larve

© Garba M. DGPV, Capture d’écran

Méthode simple et efficace en milieu paysan

La production de masse des guêpes se fait au laboratoire dans des petites boîtes. Après l’émergence, les adultes sont laissés pendant 24 heures pour l’accouplement. Ensuite, ils sont transférés dans d’autres endroits, en présence des chenilles, pour le parasitisme. Avant le lâcher, les individus doivent passer par une période d’incubation de 48 heures, leur permettant de pondre sur toutes les chenilles. Enfin, la guêpe est conditionnée dans des petits sacs de 15 à 20 cm qui sont fournis aux agriculteurs qui les installent dans leur champ à l’abri des intempéries. Chaque sac contient 50 à 100 g de mil, 2 femelles de la guêpe et 25 chenilles de Corcyra cephalonica. Cette dernière est utilisée comme hôte de substitution ou alternatif dans laquelle les larves de H hebetor se développent.

Au niveau du village, après une séance de formation et de sensibilisation, les sacs de lâcher sont confiés aux paysans. Une fois placé dans le champ, un sac peut libérer environ 200 parasitoïdes adultes durant une période de deux semaines. Les jeunes guêpes adultes qui émergent vont se rependre dans le champ de mil pour parasiter les chenilles de la mineuse de l’épi.

La particularité de cet insecte indigène, bien adapté aux conditions climatiques nigériennes, est qu’il peut être présent (disponible) durant toute l’année.

Planning familial chez Habrobracon hebetor

Après l’accouplement, la chenille rode autour de la chenille immobilisée. Elle l’attaque pour mesurer la quantité de nourriture en fonction du nombre de l’œuf à pondre, une façon de d’assurer un bon fitness à sa progéniture.

Une méthode de lutte biologique prometteuse importée dans beaucoup de pays dans le monde

Le contrôle biologique des lépidoptères à travers l’utilisation de la petite guêpe est de nos jours largement rependu dans le monde. Cette nouvelle technologie de lutte alternative aux pesticides chimiques et respectueuse de la santé des consommateurs et de l’environnement est exportée dans plusieurs pays de la sous-région (Burkina Faso, Mali, Nigeria, Sénégal) au vue de son efficacité en milieu paysan. En Iran, la petite guêpe est utilisée dans la lutte contre la pyrale des dattes.

Perspectives dans l’utilisation de Habrobracon hebetor

L’utilisation de H. hebetor pour lutter contre la noctuelle de la tomate (Helicoverpa armigera), et la mineuse de la tomate (Tuta absoluta) est en cours d’essai par des chercheurs au Niger. Pour une meilleure compréhension des interactions entre la guêpe et la mineuse de l’épi, 26 microsatellites ont été développés. Cet important arsenal moléculaire très promoteur est un outil incontournable dans l’étude de la génétique des populations de plusieurs espèces de Braconidae utilisées en biologique contre les lépidoptères ravageurs des cultures.

Vidéo réalisée par Garba Madougou, Direction Générale de la Protection des Végétaux, Ministère de l'Agriculture et de l'Elevage

Habrobracon et lutte biologique contre la mineuse de l’épi

AFPP – 8èmeConférence Internationale sur les Ravageurs en Agriculture Montpellier – 22 et 23 octobre 2008

Utilisation de Habrobracon hebetor (Say) dans la Lutte Biologique Contre Heliocheilus albipunctella (De Joannis) Mineuse de l’Epi du Mil

M. Garba1, N. B. Gaoh2

1Chef du Service Etudes Biologiques – Direction de la Protection des Végétaux BP 323 Niamey Niger
2Chef de Section Entomologie – Direction de la Protection des Végétaux BP 323 Niamey Niger

Résumé. Le secteur agricole occupe une place très importante dans l’Economie du Niger. Il participe pour prêt de 36 % au Produit Intérieur Brut (PIB), fournit environ 85 % de l’emploi et 41,6 % des recettes totales d’exportations (DPV, Janvier 2003). Le mil est une culture de grande importance en Afrique, centre de diversification où est produit le tiers de la production mondiale et 70 % de celle du continent Africain. Les principaux pays producteurs sont, par ordre d’importance décroissante le Nigeria, le Niger, le Burkina Faso, le Tchad, le Mali, la Mauritanie et le Sénégal. (Bezançon, et al., 1995). Les superficies emblavées couvrent 15 millions d’hectares avec une production de 10 millions de tonnes de grains, soit un rendement moyen de 670 Kg à l’hectare.

Au Niger et dans d’autres pays, la culture du mil est confrontée à d’énormes difficultés abiotique et biotique. Les contraintes biotiques sont surtout liées aux fortes pressions parasitaires dues aux insectes, maladies et adventices. La mineuse de l’épi du mil, Heliocheilus albipunctella. Les dégâts se traduisent par des pertes de grains et varient selon les années, les régions et le synchronisme entre l’épiaison du mil et l’émergence des adultes.

Au Sénégal, les auteurs ont respectivement donné les taux de 13 à 95 % et 17 à 100 % des épis infestés ;

Au Niger, il a été estimé des taux respectifs de 6 % pour la variété IVSP et 14.9 % pour la variété CIVT ;

Au Mali, divers auteurs ont affirmé obtenir 50 % de perte pour les années de forte pullulation.

Mots-clés. mil, chenille mineuse, Habrobracon hebetor, Heliocheilus albipunctella

*Corresponding author: garba_madougou@yahoo.fr

Loci microsatellites chez des espèces de braconides

Texte traduit de la version anglaise par N. Gauthier
European Journal of Entomology, 2016, 113, 265-269.

Vingt-deux loci microsatellites polymorphes chez la guêpe parasite, Habrobracon hebetor (Hymenoptera, Braconidae) : outils moléculaires très prometteurs dans l’étude de la génétique des populations de plusieurs espèces de braconides bénéfiques

Titre court : Loci microsatellites chez des espèces de braconides

Madougou GARBA1, Anne Loiseau2a, Laure Benoit2b, Nathalie Gauthier2c

1Direction Générale de la Protection des Végétaux, Ministère de l’Agriculture, BP323, Niamey, Niger ; e-mail: garba_madougou@yahoo.fr
2 UMR (INRA a/IRD c/Cirad c/Montpellier SupAgro) Centre de Biologie pour la Gestion des Populations, 755 avenue du Campus Agropolis, CS 30016, F-34988 Montferrier-sur-Lez, France ; e-mails: loiseau@supagro.inra.fr, laure.benoit@cirad.fr, nathalie.gauthier@ird.fr and nathalie.gauthier@supagro.inra.fr

Abstract. En combinant un protocole d’enrichissement par la biotine et une technologie de pyroséquençage via un séquenceur de type 454GS-FLX titanium, nous avons caractérisé 22 loci microsatellites polymorphes chez la guêpe parasite, Habrobracon hebetor (Say) (Hymenoptera, Braconidae), une espèce cosmopolite communément utilisée dans le contrôle biologique d’un grand nombre de lépidoptères s’attaquant aux denrées stockées et aux cultures de plein champs de par le monde. Trois multiplexes PCRs ont été optimisés et testés sur 46 spécimens de l’espèce H. hebetor issus de deux échantillons collectés dans des champs de mil au Niger. Deux à onze allèles ont été observés par locus et l’hétérozygotie observée va de 0.289 à 0.826. Le polymorphisme détecté est caractérisé par un niveau d’hétérozygotie observée (0.482 vs. 0.502) et un nombre d’allèles (4.1 vs. 3.6) comparables dans les deux échantillons. Un écart par rapport aux attendus à l’équilibre de Hardy-Weinberg a été détecté aux cinq mêmes loci pour les deux échantillons et à cinq ou sept loci complémentaires dans chaque échantillon. Cet écart n’est pas associé à un déficit en hétérozygotes. Bien qu’il y ait déséquilibre de liaison pour quelques allèles, les nouveaux loci décrits ségrègent indépendamment les uns des autres. La variabilité démontrée pour ces 22 loci permettra une estimation de la diversité génétique et des panels de structuration des populations de H. hebetor, ainsi que l’étude de leurs flux de gènes à différentes échelles spatiales. Les tests d’amplifications croisées entre les diverses espèces se sont avérés positifs entre les six espèces de Bracon testées et neuf loci seront tout particulièrement appropriés aux études de génétique des populations chez l’espèce B. brevicornis.

Mots clés : Hymenoptera, Braconidae, Habrobracon hebetor, Bracon spp., contrôle biologique, guêpe parasite, microsatellite, génétique des populations, flux de gènes.

*Corresponding author: nathalie.gauthier@ird.fr

Lutte biologique

L’interaction entre les insectes et leurs ennemis naturels (ou auxiliaires) est un processus fondamental qui contribue à la régulation des populations des insectes. Dans le cas où cette interaction est perturbée ou interrompu, on assiste à une pullulation spontanée des populations d’ennemis des cultures et avec le temps, une explosion de ceux-ci. L’explosion des ennemis des cultures peut intervenir en cas d’introduction d’un organisme exotique invasif dans une nouvelle zone géographique sans ses ennemis naturels ou lorsque les insecticides utilisés auraient détruits ces auxiliaires. Par exemple, un ravageur peut devenir un ennemi de culture en cas de modification de l’habitat en sa faveur (cas de la monoculture ou de la destruction de l’habitat de l’auxiliaire).

L’utilisation des auxiliaires dans le cadre de la lutte contre les ennemis des cultures est principalement liée à l’établissement de l’équilibre entre les protagonistes ou par la réintroduction d’ennemis naturels dans l’écosystème. On peut procéder à la création des conditions favorables développement des ennemis naturels.

Quelques définitions utiles

La lutte biologique ou biocontrôle : c’est l’utilisation de substances d’origine biologique ou d’ennemis naturels tels que les prédateurs, les parasitoïdes ou les agents pathogènes pour contrôler les populations d’espèces nuisibles et les maintenir en dessous du seuil de nuisibilité. Dans leur environnement, tous les ennemis des cultures ou bioagresseurs ont des auxiliaires qui les combattent efficacement.

Un ennemi naturel appelé aussi auxiliaire est un organisme utilisé comme agent de lutte pour combattre les insectes, acariens, bactéries, champignons, nématodes, mauvaises herbes ou animaux.

Un ennemi de culture est un organisme qui entre en conflit avec notre profit ou notre santé. Ces organismes sont notamment: les ravageurs (insecte, acariens), les agents phytopathogènes (virus, bactéries, champignons) ou les mauvaises herbes. Le concept d’ennemi de culture intègre la notion de « gestion rationnelle des nuisibles ». Ainsi, une espèce ne peut pas être considérer comme ennemi de culture que si elle atteint un niveau important pour affecter ces ennemis naturelss.

La lutte biologique implique également l’utilisation des substances d’origine biologique obtenues à partir d’extraits de bactérie, de virus, de champignon ou de plante. C’est le cas au Niger, de l’utilisation de l’huile de neem qui est probablement le  produit le plus utilisé par les producteur ruraux. La matière active (l’équivalent du principe actif dans les produits médicaux) de l’huile de neem est l’azadirachtine.

Les différentes catégories de lutte biologique

Il existe 3 principales catégories de lutte intégrée : la lutte biologique classique, la lutte biologique par conservation et la lutte biologique autocide.

La lutte biologique classique

Appelée souvent lutte biologique par inoculation/inondation, la lutte biologique classique vise à réaliser des lâchés d’agents entomophagène (qui mange les insectes) ou acarophages (qui se nourrit d’acariens) contre un ravageurs déjà présent ou nouvellement introduit dans une région du monde.

Plusieurs auxiliaires sont aujourd’hui élevés et commercialisés à travers le monde. Il faut noter que ces produits sont souvent très chers et donc pas du tout accessibles aux producteurs ruraux qui vivent dans beaucoup de pays en développent. La promotion de la lutte biologique dans ces pays doit passer par le développement des techniques visant à favoriser l’activité des ennemis naturels dans leur environnement ou à réduire l’utilisation des pesticides chimiques toxiques (comme les néonicotinoïdes) aux espèces non cibles notamment les abeilles. Des lâchés peuvent également être appliqués dans les champs, comme c’est le cas de Habrabracon hebetor, un parasitoïde de la chenille mineuse de l’épi de mil (Heliocheilus albipunctuella) au Niger.

Lutte biologique par conservation

La lutte biologique par conservation vise à faciliter la multiplication spontanée d’auxiliaires en aménageant judicieusement leur environnement.

Il faut noter que, la plupart des insecticides chimiques utilisés contre les ennemis des cultures se sont révélés toxiques pour ses auxiliaires. Ainsi, pour favoriser et maintenir la présence des auxiliaires dans ou à côté des champs afin de garantir leur efficacité, il est possible de :

  • diversifier la végétation le long des bordures des champs ;
  • aménager des bandes fleuries dans les parcelles cultivées permettant de créer un réservoir d’insectes auxiliaires ;
  • établir des zones refuges pour favoriser un échange faunique entre les auxiliaires et les zones de culture ;
  • favoriser la lutte chimique raisonnée pour éviter toute rencontre spatiotemporelle entre le toxique et les auxiliaires ou par utilisation des matières agrophamaceutiques homologuées, épargnant les auxiliaires.

La lutte biologique autocide

Cette méthode consiste à réaliser des lâchages de ravageurs (généralement des mâles) dont la capacité de reproduction a été détruite par exposition à des rayonnements ionisants.

L’objectif visé, est de réduire la prolifération des ravageurs en rendant infructueux les accouplements. Au court de cette cette méthode, le comportement sexuel des mâles (appelés aussi mâles stériles) restent intact.

Malgré la subtilité de cette méthode de lutte, celle-ci reste applicable à de très rares cas comme la lutte contre la mouche du melon (Dacus cucurbitae), ou le moustique.