Sac de lâcher de Habrobracon hebetor en milieu paysan au Niger

La guêpe du futur pour la lutte biologique en milieu paysan

Sac de lâcher de Habrobracon hebetor en milieu paysan au Niger

© Garba M. DGPV, Capture d’écran

Habrobracon hebetor : la guêpe du futur pour la lutte biologique contre les ennemis des cultures en milieu paysan

Qu’est-ce que Habrobracon hebetor

Habrobracon hebetor est une petite guêpe parasitoïde (environ 4 mm) de la famille des Braconidae utilisée dans la lutte biologique contre plusieurs espèces de lépidoptères (papillons). C’est un ectoparasite larvaire c’est-à-dire un organisme qui se nourrit sur le tégument (tissu qui recouvre le corps des insectes) de l’hôte. Ce sont les « larves » de la guêpe qui se nourrissent des chenilles jusqu’à achever leur stade de développement larvaire. A l’émergence la petite guêpe adulte qui mesure 4 cm de long sort d’un petit cocon blanchâtre.

Habrabracon et lutte biologique contre la mineuse de l’épi de mil

H. hebetor est une espèce qui est largement repartie dans le monde notamment en Afrique, en Amérique, en Asie et en Europe. Une femelle peut pondre jusqu’à 180 œufs au cours de sa vie. La durée de vie de l’insecte est très courte et de nouveaux individus peuvent apparaître en une semaine. Au Niger, H. hebetor est principalement utilisée dans la lutte contre la chenille mineuse de l’épi de mil (Heliocheilus albipunctella), un plus des importants ravageurs du mil. Ce ravageur redoutable très connu des producteurs de mil peut causer des dégâts importants pouvant aller jusqu’à la perte totale des cultures.

Galerie de la mineuse de l'épi (Heliocheilus albipunctella)

© Salifou Aminou, CSAN Niger

Mode opératoire de la guêpe

En présence de la mineuse de l’épi, la première action de la guêpe est d’anesthésier sa proie en lui infectant un poison. Ensuite, elle pond des œufs sur l’hôte. Après l’éclosion, les jeunes larves s’accrochent au tégument et s’en nourrissant. Ainsi, elles consomment la chair de leur proie et la vidant complètement de son contenu. Au fur et à mesure qu’elle grandisse, la larve de la guêpe tisse un cocon dans lequel elle s’entoure pour passer au stade pupe en se momifiant. Après quelques jours, on voit émerger des adultes qui s’accouplent et pondent des œufs sur les chenilles. La durée totale du cycle sur la chenille varie entre 8 à 12 jours et de nouveaux invendus peuvent apparaître en une semaine. Ceci fait d’Habrabracon hebetor un agent de lutte biologique efficace dans la lutte contre la mineuse de l’épi.

Habrobracon hebetor parasitant une larve

© Garba M. DGPV, Capture d’écran

Méthode simple et efficace en milieu paysan

La production de masse des guêpes se fait au laboratoire dans des petites boîtes. Après l’émergence, les adultes sont laissés pendant 24 heures pour l’accouplement. Ensuite, ils sont transférés dans d’autres endroits, en présence des chenilles, pour le parasitisme. Avant le lâcher, les individus doivent passer par une période d’incubation de 48 heures, leur permettant de pondre sur toutes les chenilles. Enfin, la guêpe est conditionnée dans des petits sacs de 15 à 20 cm qui sont fournis aux agriculteurs qui les installent dans leur champ à l’abri des intempéries. Chaque sac contient 50 à 100 g de mil, 2 femelles de la guêpe et 25 chenilles de Corcyra cephalonica. Cette dernière est utilisée comme hôte de substitution ou alternatif dans laquelle les larves de H hebetor se développent.

Au niveau du village, après une séance de formation et de sensibilisation, les sacs de lâcher sont confiés aux paysans. Une fois placé dans le champ, un sac peut libérer environ 200 parasitoïdes adultes durant une période de deux semaines. Les jeunes guêpes adultes qui émergent vont se rependre dans le champ de mil pour parasiter les chenilles de la mineuse de l’épi.

La particularité de cet insecte indigène, bien adapté aux conditions climatiques nigériennes, est qu’il peut être présent (disponible) durant toute l’année.

Planning familial chez Habrobracon hebetor

Après l’accouplement, la chenille rode autour de la chenille immobilisée. Elle l’attaque pour mesurer la quantité de nourriture en fonction du nombre de l’œuf à pondre, une façon de d’assurer un bon fitness à sa progéniture.

Une méthode de lutte biologique prometteuse importée dans beaucoup de pays dans le monde

Le contrôle biologique des lépidoptères à travers l’utilisation de la petite guêpe est de nos jours largement rependu dans le monde. Cette nouvelle technologie de lutte alternative aux pesticides chimiques et respectueuse de la santé des consommateurs et de l’environnement est exportée dans plusieurs pays de la sous-région (Burkina Faso, Mali, Nigeria, Sénégal) au vue de son efficacité en milieu paysan. En Iran, la petite guêpe est utilisée dans la lutte contre la pyrale des dattes.

Perspectives dans l’utilisation de Habrobracon hebetor

L’utilisation de H. hebetor pour lutter contre la noctuelle de la tomate (Helicoverpa armigera), et la mineuse de la tomate (Tuta absoluta) est en cours d’essai par des chercheurs au Niger. Pour une meilleure compréhension des interactions entre la guêpe et la mineuse de l’épi, 26 microsatellites ont été développés. Cet important arsenal moléculaire très promoteur est un outil incontournable dans l’étude de la génétique des populations de plusieurs espèces de Braconidae utilisées en biologique contre les lépidoptères ravageurs des cultures.

Vidéo réalisée par Garba Madougou, Direction Générale de la Protection des Végétaux, Ministère de l'Agriculture et de l'Elevage
Traitement pesticides sur la culture de choux à Niamey

Classification des insecticides et acaricides selon le mode d’action

Traitement pesticides sur la culture de choux à NiameyClassification des insecticides et acaricides selon le mode d’action

Depuis plusieurs décennies, le besoin de contrôler efficacement les ennemis des cultures dans les domaines de l’agriculture, l’élevage et médical a occasionné une utilisation excessive des pesticides chimiques. Ces produits sont utilisés pour réduire les populations des nuisibles qui ravagent les cultures ou leur transmettent des maladies. Malheureusement, ces produits toxiques présentent des risques inhérents pour la santé de l’homme, des animaux et pour l’environnement. A cela s’ajoute le problème de résistance développé par les insectes vis-à-vis des substances toxiques. La résistance aux pesticides intervient lorsque qu’une population de nuisibles réduit sa sensibilité ou cesse carrément de répondre suite à une application d’un produit censé la détruire.

Il existe plusieurs types de résistance et le développement de celles-ci au champ est influencé par plusieurs facteurs qui peuvent être biologiques, génétiques ou opérationnels. Il existe de nos jours plusieurs moyens de gérer efficacement la résistance. Parmi eux figurent l’alternance, l’association ou la réduction de la fréquence d’application des matières actives de mode d’action différents mais complémentaires.

Ce guide a pour objet d’expliquer les différents modes d’action des insecticides et acaricides selon la classification de l’Insecticide Resistance Action Committee (IRAC).

Selon la classification de l’IRAC, il existe dans la nature, au moins 30 modes d’action connus des insecticides et des acaricides. Ce document qui comporte les différents groupes de pesticides ainsi que leurs modes d’action, s’inscrit dans la logique de la gestion rationnelle de la résistance aux insecticides. C’est un outil de prise de décision pour les professionnels dans le choix des pesticides en fonction des différents modes d’action.
Rédigé par Salifou Aminou, CSAN Niger/Bioengineering and Agri-Business Consulting

Maladies des plantes

Qu’est-ce qu’une maladie des plantes ?

Une maladie est une anormalité physiologique et structurale causée par un agent infectieux ou un facteur de l’environnement, qui affecte la structure et/ou les fonctions d’une plante, une partie ou un produit de la plante, tout en réduisant sa valeur économique. L’étude des maladies des cultures est la phytopathologie.

Dans une large mesure, la phytopathologie est pour les plantes, ce que représentent la médecine pour les hommes ou la science vétérinaire pour les animaux.

Agents responsables des maladies chez les plantes

Les organismes vivants causant les maladies chez les plantes sont presque les mêmes que ceux qui sont responsables des maladies chez l’homme. Ce sont pour la plupart des organismes microscopiques (i.e. qu’on ne peut pas voir à l’œil nu). Leur taille varie de l’ordre de nanomètre (10-9 m comme les virus) à quelques millimètres (nématodes), voire des organismes entier (plante parasite).

Pour beaucoup de gens, on parle de maladie lorsqu’une plante est attaquée par au moins un ou des agents infectieux comme les virus ou les champignons. Et bien il n’en est pas le cas, puisque les facteurs environnementaux défavorables comme les carences en éléments minéraux, l’humidité, la lumière, la température, la présence des substances chimiques dans l’air ou dans le sol, peuvent aussi causer d’importantes pertes économiques. Ces agents non infectieux sont donc considérés comme des agents non biologiques responsables des maladies.

Classification des maladies

De nos jours, ce sont des dizaines de milliers de maladies qui affectent les plantes (cultivées ou sauvages). Plusieurs critères permettent de classer les maladies des plantes mais le plus simple est celui qui les classe selon que la cause soit biologique ou non. Ainsi on distingue :

  • les maladies biotiques ou maladies infectieuses (causées par des organismes vivants) ;
  • les maladies abiotiques ou non infectieuses (causées par les facteurs de l’environnement).

Comme pour l’homme, les maladies infectieuses sont causées par des agents pathogènes comme les virus, les bactéries, les champignons, les nématodes, les protozoaires, les phytoplasmes, les viroïdes, les virusoïdes ou les prions. A ceux la , s’ajoute les plantes parasites.

La classification des maladies biotiques, qui est d’ailleurs la plus complexe, est basée sur plusieurs critères. On peut citer par exemple :

  • le type de pathogène qui en est responsable (maladie virale, maladie fongique) ;
  • la nature des symptômes (mosaïque, galles, mildiou, rouille, pourriture) ;
  • le type de culture (maladie des grandes cultures ou des cultures en serre) ;
  • le type de facteur de l’environnement (carence en éléments minéraux ou les brûlures du soleil).

Comment se transmettent les maladies des plantes?

Mode de transmission des virus et des viroïdes

Du fait de l’immobilité de leurs hôtes, la plupart des phytovirus utilisent des vecteurs spécifiques pour passer d’un hôte à l’autre. Ces « véhicules de transport » sont principalement des arthropodes et en grande majorité des insectes. Contrairement aux virus animaux, la plupart des virus des plantes entrent dans la cellule par l’intermédiaire d’un vecteur au cours de l’alimentation de celui-ci ou via une blessure. Ainsi, les virus des plantes (ou phytovirus) possèdent 3 principaux modes de transmission :

  • la transmission par les organismes vivants (insectes) ;
  • la transmission par les semences ;
  • la transmission mécanique par les facteurs physiques.

La transmission par les organismes vivants est le moyen privilégié par les virus pour infecter leur hôte.

Les insectes vecteurs des phytovirus appartiennent à sept ordres mais le plus important est celui des Hémiptères donc tous les représentants ont un appareil buccal de type piqueur-suceur et se nourrissent spécifiquement de sève phloémienne des plantes. Parmi ces insectes, on peut citer les pucerons, les mouches blanches, les cicadelles et les cochenilles (Coccoidae). A ceux la s’ajoute les thrips (Thysanoptères), les coléoptères, les bourdons (Hymenoptera) ou les criquets (Orthoptères).

En plus de leur mode de transmission par des agents pathogènes cités ci-dessus, un grand nombre de virus et viroïdes sont souvent transmis par les semences ou via le pollen. Le terme « transmission par les semences » est utilisé pour désigner le passage du pathogène de la semence à la plantule et à la plante.

Il existe d’autres modes de transmission des virus différents de la transmission par les vecteurs ou par les semences. Ainsi, certains virus peuvent être transmis mécaniquement par :

  • contact entre un plant saint et un plant malade (Potato virus X ou PVX) ;
  • via les débris des cultures comme le Tobacco Mosaic Virus (TMV) ;
  • l’homme soit à travers le matériel de travail, ses mains ou même ses habits.

Mode de transmission des bactéries et des phytoplasmes

La dissémination d’une bactérie phytopathogène d’une plante à l’autre se fait principalement par l’eau, les semences, les insectes, les animaux et l’homme. Par exemple l’eau de pluie ou d’irrigation à travers les éclaboussures, constitue un facteur important dans la propagation des bactéries. Les insectes eux en s’alimentant sur une plante, peuvent transporter des bactéries et les inoculer à une plante saine.

Mode de transmission des champignons et des chromistes

La plupart des champignons et chromistes (faux champignons incluant les espèces responsables des mildious) dépendent de plusieurs agents pour leur dissémination. Ce sont notamment les semences, le vent, le sol, l’eau, les insectes, les oiseaux, l’homme et les animaux.

Mode de transmission des nématodes

Les nématodes sont des vers parasites qui vivent à l’intérieur (endoparasite) ou l’extérieur de (ectoparasite) de la plante hôte en s’en nourrissant. Ce sont des êtres vivants de très petite taille qui ne sont pas spécialisés dans le mouvement sur des longues distances à condition qu’ils trouvent un véhiculant pouvant assurer le déplacement.

Les moyens les plus efficaces pour la propagation des nématodes sont l’eau et le sol. Ils peuvent aussi être disséminés par les semences (y compris les plants produits dans des pépinières contaminés), les insectes, l’homme, le matériel aratoire et même le vent.

 

Types de dégâts causés par les organismes pathogènes

Symptômes causés par les maladies des plantes

Les agents pathogènes sont responsables de plusieurs sortes de symptômes sur les feuilles, les fruits, les racines, les tiges, les tubercules ou les produits des plantes en conservation. Les types de cellules, de tissus ou d’organes affectés déterminent le type de fonction physiologique qui sera initialement perturbée. Par exemple :

  • l’infection des racines peut conduire à la pourriture de celles-ci, les rendant incapables d’absorber l’eau et les sels minéraux du sol ;
  • l’infection des vaisseaux du xylème, comme pour le cas de certains flétrissements ou des chancres, perturbent la circulation de l’eau et des nutriments ;
  • les attaques sur les feuilles (les rouilles, mildiou, mosaïque, duvet blanchâtre) réduisent la photosynthèse ;
  • l’infection des cellules phloémiques au niveau des nervures foliaires et de l’écorce des bourgeons et des tiges, comme pour le cas des chancres et des maladies causées par les virus et les protozoaires interfère avec la circulation de la sève élaborée ;
  • l’infection des fleurs et des fruits interfère avec la reproduction et la production des fruits. Dans certains cas, la partie infectée devient hypertrophiée avec l’apparition d’une tumeur ou des galles (nématodes) (Tableau 1).

Symptômes causés par les virus et les viroïdes

Les virus causent plusieurs types de symptômes, entrainant des réductions de rendement voire des pertes totales de la production. Ces symptômes apparaissent généralement sur les feuilles mais certains virus peuvent également causés des symptômes remarquables sur les tiges, les fruits, les racines et les tubercules. Toutefois, certains virus dits « latents » peuvent échapper aux « radars » et ne pas causer de symptômes visibles sur la plante.

Les symptômes couramment observés sont les taches annulaires et  les mosaïques (zones légèrement vertes, jaune ou blanches mélangées à des zones normales vertes sur les feuilles). Les symptômes pourraient aussi être des zones légèrement colorées entremêlées de zones normales au niveau des fruits ou des fleurs. Selon le degré de décoloration, le terme mosaïque peut être décrit comme marbrures, striures, nécroses foliaires et nervaires, ou taches chlorotiques ou annulaires.

Les taches annulaires sont caractérisées par l’apparition d’anneaux chlorotiques ou nécrotiques sur les feuilles, les fruits, les tubercules ou les tiges.

Symptômes engendrés par les bactéries et les phytoplasmes

Les bactéries sont responsables de plusieurs types de symptômes chez les plantes. Il s’agit notamment des taches foliaires qui sont huileuses, graisseuses, translucides et anguleuses (cas des Xanthomonas spp.), des nécroses et des brulures (feux bactériens, cas des Erwinia spp.), des pourritures molles des fruits, des racines et des organes de réserves (Pectobacterium carotovorum sur tubercules de pomme de terre), des excès de croissance ou des proliférations des tissus (Agrobacterium spp., pseudomonas spp.), des galles et des halos jaunâtres (Xanthomonas spp.) et des chancres (pseudomonas spp.).

La présence des bactéries sur une plante se caractérise aussi par la production d’exsudat bactérien sur les tiges, les feuilles ou les fruits. Des bactéries dites vasculaires sont responsables des brunissements des vaisseaux conducteurs de la plante entrainant des flétrissements.

Symptômes causés par les champignons et les chromistes

En général, les champignons causent des nécroses locales ou généralisées sur les tissus ou des réductions de la croissance de la plante. Certains symptômes peuvent également être spécifiques ou non-spécifiques des champignons. Ces sont notamment :

  • les rouilles  : petites lésions sur feuilles ou tiges habituellement de couleur rouillée ;
  • le mildiou : taches brunes ou une apparence de moisissures blanches et cotonneuses sur feuilles ou des pourritures nauséabondes des tubercules ;
  • l’oïdium : parties des feuilles, des tiges, des fruits ou des fleurs recouvertes de duvet blanchâtre ;
  • la fonte des semis : effondrement ou mort rapide des jeunes plantules ;
  • la pourriture du collet : désintégration de la partie inférieure de la tige (en contact avec la partie souterraine) ;
  • l’anthracnose : nécroses des certaines parties de la plante (feuilles et fruits) ;
  • les brunissures : brunissements rapides et très prononcés, accompagnés de la mort des tissus au niveau des feuilles, des tiges ou des fleurs.

Symptômes causés par les nématodes

Malgré qu’ils soient dans le sol en contact avec la partie souterraine, les attaques des nématodes affectent aussi bien les racines que les parties aériennes de la plante. Les symptômes sont sous forme de lésions racinaires, des nodules ou des galles, des blessures à l’extrémité des racines, une prolifération des radicelles (sous forme de chevelures) et des pourritures au niveau des racines surtout lorsque l’infection est accompagnée par celle des bactéries ou des champignons.

Les symptômes sont souvent accompagnés par d’autres signes non caractéristiques au niveau des parties aériennes de la plantes. Il s’agit principalement de : réduction de la croissance (causée par les carences en nutriments), flétrissement, nanisme, jaunissement, lésion nécrotique, distorsion des feuilles, développement anormal des fleurs, faible qualité des fruits et fatigue du sol.

Symptômes causés par les plantes parasites

Ce sont des plantes qui vivent sur d’autres plantes en puisant les éléments nutritifs de leurs hôtes. On les rencontre en particulier au niveau des racines ou des tiges. Au cours de leur parasitisme, elles développent un suçoir (ou haustorium) qui est une sorte de pont structural leur permettant de puiser des substances nutritives de l’hôte. Ces plantes se développent à côté ou souvent sur la plante hôte et peuvent même parfois enlacer.

Les symptômes causés par ses parasites sont généralement des dépérissements de la partie distale, un développement des renflements (nœuds) et des chancres au niveau de la zone de contact (cas des orobanches ou des Striga), la production de balaie de sorcière, des chloroses, la diminution de la résistance du bois, le retard de croissance, le nanisme, des flétrissements voire la destruction totale de l’hôte.

Leurs attaques favorisent aussi les infections secondaires dues à d’autres parasites. C’est le cas des cuscutes qui peuvent être des vecteurs de virus entre une plante hôte infectée et une plante hôte saine.

Tableau 1 : Type de symptômes causés par les agents pathogènes

SymptômeBactérieChampignon et chromisteNématodePlante parasiteVirusPhytoplasme
Flétrissement
Mosaïque
Nécrose
Taches foliaires & brunissement
Pourriture des fruits
Pourriture des racines
Fonte de semis
Ralentissement de la croissance
Galle & nodule

Dégâts causés par les maladies des plantes

Le type et l’importance des pertes causées par les maladies varient selon plusieurs paramètres qui sont : l’agent pathogène, la plante ou la partie attaquée, l’environnement, les méthodes de lutte utilisées et la combinaison de tous ces facteurs. Les pertes engendrées surviennent généralement en champ, en conservation mais aussi pendant le transport.

Les maladies peuvent également engendrer des pertes en quantité et en qualité avec comme conséquence une augmentation des prix des produits, menaçant ainsi la sécurité alimentaire et nutritionnelle d’un pays. En plus, il ne faut pas se perdre de vue que certains produits des plantes atteints sont souvent toxiques pour l’homme. C’est le cas de :

  • l’ergot du seigle et du blé qui contient un puissant alcaloïde produit par des champignons des genres Sclerotia et Claviceps ;
  • des aflatoxines (contenues dans l’arachide ou le maïs) produites par des espèces de champignons des genres Aspergillus et Penicillium.

L’ampleur des pertes causées par les maladies dépend de plusieurs facteurs, notamment l’intensité et de distribution de celle-ci. Toutefois on sait que, les pertes sont plus importantes en cas d’attaque précoce. Vu qu’il existe plusieurs catégories de maladies (virales, fongique) et que celles-ci dépendent de plusieurs facteurs, il n’est cependant pas aisé d’estimer les pertes causées par les attaques des agents pathogènes.

Tableau 2 : Estimation des dégâts causés par les ennemis des cultures dans le monde

Type de dégâtsExemplesPourcentage (%)
MaladiesVirose, bactériose, maladie fongique12
Insectes et acariensChenilles, criquet, piqueur-suceur, araignée rouge15
Mauvaises herbesStriga, cuscute13
Total40

Perspectives dans la lutte contre les maladies

Les maladies des cultures ont impact considérable sur nous car elles peuvent causer des dégâts importants sur les plantes et leurs produits, pour lesquels dépend l’humanité pour son alimentation, son habillement, son habitation et son environnement. La qualité de la production ou les pertes causées par les ennemis des cultures varient selon le type de climat (chaud, humide, pluvieux, aride, froid, …), la particularité de l’année, la disponibilité en intrant (dont les pesticides), le matériel et les méthodes d’applications des pesticides, les compétences de l’applicateur et le niveau éducationnel des agriculteurs. En plus, l’importance de chaque type d’ennemi de culture (agent pathogène, ravageur ou mauvaise herbe) varie souvent en fonction de la culture.

Depuis le début du 20ème siècle, le domaine de la protection des cultures reposait beaucoup de l’utilisation de substances toxiques (pesticides). Dans beaucoup de pays, la lutte contre les maladies des cultures est essentiellement basée sur l’utilisation des produits chimique.

Face à tous ces problèmes et compte tenu de la toxicité des substances chimiques pour l’homme et son environnement (en particulier les espèces non-cibles), il est important de se tourner vers des approches écologiquement acceptables. De nos jours, la nouvelle approche de lutte en protection des cultures qui consiste à réduire la dépendance de ces toxiques, tout en associant toutes les autres méthodes de contrôle susceptibles de préserver la santé humaine et respectueuses de l’environnement s’appelle la « lutte intégrée ». Cette approche nouvelle intègre plusieurs méthodes, notamment les pratiques culturales, les méthodes biologique et physique, l’utilisation des variétés résistantes ou tolérantes et la lutte chimique.

Quelques références citées

Agrios G.N., 2005. Plant pathology, Fifth Edition. Elsevier Academic Press, CA: USA.

Bragard C., & al., 2013. Status and prospects of plant virus control through interference with vector transmission. Annual Review of Phytopathology, 51, 177–201.

Cooke B.M., Gareth Jones, D. & Kaye B., 2006. The epidemiology of plant diseases, Second Edition. Springer.

Gullino M.L. & Munkvold, 2014. Global Perspectives on the Health of Seeds and Plant Propagation Material, Volume 9. Springer.

Naqvi S.A.M.H., 2004. Diseases of Fruits and Vegetables Diagnosis and Management, Volume II. Kluwer Academic Publishers.

Sastry K.S., 2013. Seed-borne Plant Virus Diseases. Springer.

La lutte intégrée

Généralités sur les maladies des plantes

La croissance galopante de la population associée à des pratiques comme la monoculture, le non-respect des pratiques culturales ont occasionné une utilisation massive d’intrants chimiques. Il est vrai que les ennemis des cultures (ou bioagresseurs) peuvent causer des dégâts importants parfois des pertes totales sur les cultures ou altérer la qualité des produits mais l’utilisation des pesticides chimiques n’est également pas sans conséquence. L’usage de ces produits a engendré l’adaptation aux pesticides chez les insectes et des conséquences néfastes sur la santé humaine et sur l’environnement. De l’autre côté, l’opinion publique exerce une pression sur les producteurs de se tourner vers des méthodes alternatives de lutte, plus respectueuse de l’environnement et de la santé du consommateur.

L’idée de création d’une agriculture avec moins de pesticides a été pour la première fois évoquée en 1962 par Rachel Carson dans son ouvrage Silent spring. Plus tard survient le concept de lutte intégrée ou Integrated pest management (IPM) en réponse à l’apparition des cas de résistances aux pesticides chez certains insectes et acariens. La lutte intégrée qui consiste à associer toutes les techniques écologiquement acceptables se veut un moyen pour combattre les ennemis de cultures sans être dépendant des pesticides chimiques.

Dans cette partie nous développons ce que c’est la lutte intégrée, les différentes méthodes quelle comporte, comment mettre en place un programme de lutte intégrée et enfin, fournir des informations pour aider les producteurs à mieux gérer les bioagresseurs dans leurs champs.

Qu’est-ce que la lutte intégrée ?

La lutte intégrée consiste en l’association de plusieurs méthodes dans le but de maintenir les populations des nuisibles (ennemis des cultures) à des niveaux inférieurs à ceux causant des dommages d’importance économique.

Dans les pays en développement la lutte chimique demeure le moyen privilégié des agriculteurs pour combattre les ennemis des cultures. Mais avec la lutte intégrée, le producteur considère la lutte chimique comme un outil parmi l’éventail de méthode de lutte dont il dispose. Pour mieux comprendre ce que c’est la lutte intégrée, nous allons la traduire en anglais (« Integrated Pest Management« ) et définir chacun des termes.

Integrated ou intégré (en français) indique les relations qui existent entre les ennemis des cultures, la plante, l’environnement et les différentes méthodes de lutte. Ce concept inclut toutes les tactiques et comment ces celle-ci conviennent avec les autres pratiques culturales utilisées.

Pest ou bioagresseur (en français) : Un ennemi de culture est un organisme qui entre en conflit avec notre profit ou notre santé. Ce concept d’ennemi de culture intègre la notion de « gestion rationnelle des nuisibles ». Ainsi, une espèce ne peut pas être considérée comme ennemi de culture que si elle atteint un niveau important pour affecter ces facteurs. Dans ce contexte bioagresseur inclut :

  • les ravageurs (insecte, acarien, vertébré) ;
  • les agents pathogènes (bactérie, champignon, nématode, virus) causant des maladies ;
  • les mauvaises herbes.

Management ou gestion (en français) : c’est un moyen de maintenir les ennemis des cultures en dessous du seuil économique. Le terme « gestion » inclut toute tactique qui soit efficace et économique, tout en réduisant au minimum les risques environnementaux (en aucun cas l’élimination totale des ennemis) et tenant compte des considérations sociales.

Les pesticides chimique font partie de notre quotidien, il ne s’agit nullement ici d’une agriculture sans pesticides chimiques. On parle tout simplement d’une agriculture avec moins de pesticides.

En résumé, la lutte intégrée se définie comme un système de gestion des populations d’ennemis des cultures qui, dans le contexte de l’environnement et des dynamiques des populations des espèces nuisibles, met en œuvre toutes les techniques appropriées, d’une manière aussi compatible que possible, pour les maintenir à des niveaux inférieurs à ceux causant des dommages d’importance économique.

A quand appliquions-nous l’IPM ?

Certes, il faut avoir un savoir-faire ou de l’expertise pour combattre efficacement les nuisibles dans un champ, mais la lutte intégrée fait partie, en quelque sorte, du quotidien des agriculteurs sans qu’ils ne s’en rendent compte. En effet, presque chaque producteur applique au moins la lutte intégrée à travers les pratiques normales ancestrales. Ces dernières impliquent la prise de toute action pour anticiper, d’une part l’explosion des bioagresseurs et d’autre part prévenir les pertes potentielles en utilisant une large gamme de tactiques et de stratégies. L’objectif ici est d’empêcher les ravageurs d’atteindre le seuil économique tout en réduisant les risques inhérents de la méthode de lutte appliquée, sur la santé humaine et sur l’environnement.

Un programme de lutte intégrée peut être spécifique à un site donné. L’IPM est basée sur l’identification des ravageurs, la détermination exacte de leur population, l’évaluation du niveau des dégâts, et la connaissance des stratégies et des tactiques disponibles de gestion des bioagresseurs pour la prise de décision. Elle offre la possibilité d’amélioration du contrôle de ces nuisibles, tout en réduisant les effets négatifs.

Éléments importants d’un programme de lutte intégrée

La planification constitue la pierre angulaire dans un programme de l’IPM. Chaque culture possède des ennemis qui sont inféodés à son cycle de vie et cela doit être pris en compte.

Un bon programme de lutte intégrée comporte au moins 3 composantes :

  • l’identification et le monitoring des ravageurs ;
  • la sélection des meilleures méthodes de lutte disponibles ;
  • l’évaluation de l’efficacité des méthodes appliquées.

Identification et monitoring

Il est important de savoir ce qui se passe dans son champ avant la prise de décision. Un organisme ne peut être considéré comme nuisible que lorsqu’il cause des dommages économiques à la culture. La surveillance (ou monitoring) est donc la clé pour tout programme de l’IPM puisqu’elle permet de déterminer précocement des potentiels problèmes dans un champ. Ainsi, il est important de surveiller régulièrement son champ en utilisant des méthodes d’identification et de monitoring appropriées. Pour surveiller efficacement son champ il faut :

  • connaître les différentes caractéristiques de la plantes et être capable de différencier la plante lorsqu’elle attaquée ou dans un état anormal ;
  • identifier la cause du problème i.e. l’ennemi de culture qui en est responsable puis que chaque ravageurs ou agent pathogène possède des symptômes caractéristiques ;
  • Localiser l’endroit où se trouve le problème ;
  • Déterminer le stade de développement du ravageur (œuf, larve, pupe ou adulte) ;

Sélectionner les meilleures méthodes de lutte

L’objectif visé est d’utiliser les méthodes qui soient pratique, efficaces, économiques et respectueuses de l’environnement. Ainsi il faut :

  • connaître le cycle biologique et le comportement du ravageur. Certaines méthodes ne sont efficaces que lorsqu’elles sont utilisées au bon moment ;
  • déterminer le niveau d’infestation (seuil économique) ;
  • comparer le coût et le bénéfice des différentes méthodes.

La présence des nuisibles n’est pas toujours synonyme de perte. Pour justifier le coût de la méthode, la population des bioagresseurs doit être assez grande pour causer des dégâts importants. Il existe des termes économiques qui permettent de déterminer la rentabilité de l’utilisation d’une méthode de lutte.

(i) Seuil de nuisibilité économique : c’est la plus faible population de ravageur pouvant causer des dégâts. Pour plusieurs ravageurs, il est important de prendre plusieurs mesures avant d’atteindre ce seuil.

(ii) Seuil économique : c’est le niveau de densité de la population de bioagresseur auquel un traitement phytosanitaire devrait être appliqué pour maintenir sa population en dessous du seuil de nuisibilité économique. C’est le niveau au cours duquel le coût de traitement devient inférieur au coût des dégâts estimés.

(iii) Dégâts économiques : c’est lorsque les dégâts causés sur la culture dépassent le coût de la méthode de lutte. A ce niveau toute intervention couterait très chère à l’agriculteur.

Évaluation de l’efficacité des méthodes appliquées

L’évaluation de l’efficacité des méthodes utilisées est une étape cruciale dans un programme de l’IPM. Il est important avant de réexécuter un programme de lutte intégrée, de savoir comment les tactiques utilisées marchent, quelle est leurs efficacités, leurs faiblesses, les changements à opérer et quel est leurs impacts sur l’environnement ?

Méthodes de lutte intégrée

Le but d’un programme de lutte intégrée est de maintenir, les populations des ennemis des cultures à un niveau acceptable à celui causant des pertes économiques sur les cultures tout en réduisant les risques sur la santé humaine et sur l’environnement. Cela implique l’association de plusieurs méthodes en un seul système intégrée.

Méthodes de gestion des ennemis des cultures

Méthodes culturales

Ces techniques visent à défavoriser le développement des bioagresseurs tout en modifiant leur environnement et leur comportement afin de prévenir ou réduire une infestation ou en mettant la culture dans les meilleures conditions possibles.

En plus, ces méthodes consistent à adapter le système cultural afin de limiter les dommages des bioagresseurs. Elles comportent les pratiques culturales notamment : le choix du site, la rotation et l’association culturale, la modification de la date et de la densité de semis, la gestion équilibrée de la fertilisation, les techniques d’irrigation, le labourage, le malching, le désherbage et l’élimination des résidus des cultures.

Ces méthodes interrompent, d’une part les interactions entre le bioagresseur et l’hôte et d’autre part réduisent la croissance et le développement des nuisibles.

Ces techniques sont très avantageuses dans la mesure où elle ne nécessite pas des coûts supplémentaires et où elle peut s’intégrer dans les objectifs économiques de l’agriculteur. Certains s’accordent même à dire que « la lutte culturale peut à elle seule suffit pour maîtriser les ennemis des cultures lorsqu’elle est soigneusement appliquée ».

Méthodes biologiques

La lutte biologique est l’utilisation par l’homme, des substances d’origine biologique ou d’ennemis naturels (ou auxiliaires) tels que les prédateurs, les parasitoïdes, des agents pathogènes pour contrôler les populations d’espèces nuisibles et les maintenir en dessous du seuil de nuisibilité. Dans leur environnement, tous les bioagresseurs ont des ennemis naturels qui les combattent efficacement (dans certaines situations).

Un ennemi naturel est un organisme utilisé comme agent de lutte pour combattre les insectes, acariens, bactéries, champignons, nématodes, mauvaises herbes ou animaux.

Parmi ces ennemis naturels on peut trouver des insectes, des acariens, des agents pathogènes (bactérie, champignon, virus) ou des animaux. La lutte biologique implique aussi l’utilisation des substances d’origine biologique obtenues à partir d’extraits de bactérie, champignon ou de plante.

Plusieurs ennemis naturels sont aujourd’hui élevés et commercialisés à travers le monde. On peut promouvoir le contrôle biologique par utilisation des procédés naturels en favorisant l’activité des ennemis naturels dans leur environnement ou en en effectuant des lâchés (insectes commercialisés) dans les champs.

Méthodes génétiques

Certaines plantes peuvent être sélectionnés et utilisés pour des caractéristiques physiques qui fournissent une résistance physiologique vis-à-vis des bioagresseurs. Cette méthode consiste en la sélection et la diffusion des variétés résistantes ou tolérantes.

Méthodes chimiques

La lutte chimique joue un rôle important dans un programme de lutte intégrée. Pour combattre les bioagresseurs les agriculteurs utilisent très souvent des pesticides chimiques.

Un « pesticide », ou tout simplement « phytos » est une substance ou association de substances destinées à repousser, détruire ou combattre :

  • les ravageurs (insectes, acariens, rongeurs) ;
  • les agents pathogènes causant des dommages pendant la production, le stockage ou la commercialisation des produits agricoles ;
  • les végétaux indésirables appelés mauvaises herbes ou adventices.

Les pesticides peuvent aussi être des substances exerçant une action sur les processus vitaux des plantes. C’est le cas des régulateurs et des stimulateurs de croissance, une nouvelle catégorie de produits commercialisée de nos jours.

On distingue selon leur activité plusieurs types de pesticides :

  • les acaricides pour lutter contre les acariens ;
  • les avicides pour combattre les oiseaux ;
  • les bactéricides contre les bactéries phytopathogènes ;
  • les fongicides pour les combattre les champignons phytopathogènes ;
  • les herbicides pour détruire les mauvaises herbes ;
  • les insecticides pour combattre les insectes ;
  • les nématicides pour lutter contre les nématodes phytopathogènes ;
  • les régulateurs de croissance et les biostimulants pour stimuler la croissance et le développement des plantes ;
  • les rodenticides pour éliminer les rongeurs.

L’utilisation des pesticides considérée comme méthode conventionnelle est la pratique prédominante pour combattre les nuisible à travers le monde, surtout dans les pays en développement. Cette méthode est relativement moins chère et présente un large spectre, autrement dit, elle permet de tuer une large gamme d’espèces de nuisibles. Certes, la méthode chimique est simple et facile à comprendre et à appliquer par les agriculteurs mais celle-ci n’est pas sans conséquence et cela pour plusieurs raisons :

  • elle provoque le développement des résistances vis-à-vis des pesticides ;
  • elle est responsable du problème des résidus sur les denrées alimentaires ;
  • elle crée des problèmes de santé pour les applicateurs ;
  • elle contribue à la destruction des espèces non cibles (en particulier les espèces bénéfiques) ;
  • elle a des effets néfastes sur l’environnement (contamination des ressources en eau) ;
  • elle est responsable des aérosols (après un traitement chimique) qui peuvent atteindre les habitations ou les champs voisins.

Méthodes physiques

La lutte physique est l’utilisation des méthodes non chimiques ou biologiques, permettant de perturber la physiologie ou le comportement d’un ennemi de culture par le biais de différents stimuli d’origine physique (mécanique, thermique, électromagnétique, pneumatique), afin de le combattre dans une zone à protéger. Cette méthode inclut la destruction mécanique des bioagresseurs ou des parties de la plante attaquées, des barrières naturelles (haies), l’utilisation du stress thermique (la chaleur ou le froid), des radiations, des pièges et la solarisation pour prévenir l’activité des bioagresseurs.

Le contrôle mécanique comporte l’utilisation des machines ou autres méthodes physiques pour modifier l’environnement des bioagresseurs.

La lutte thermique contre les insectes phytophages ou les agents phytopathogènes (bactérie, champignon) inclut aussi le traitement thermique des semences, la thermothérapie (cas des cellules) ou le brûlage des résidus de cultures qui hébergent les parasites.

La solarisation est une technique de lutte thermique pour lutter contre les parasites qui se développent dans le sol. Elle consiste à placer une bâche de couleur noire sur le sol à traiter. Le plastique permet de concentrer l’énergie solaire, ce qui conduit à la montée de la température du sol et du coup la destruction des nuisibles.

Mesure de régulation des bioagresseurs

Certains problèmes phytosanitaires ne peuvent pas être réglés au niveau local i.e. dans un champ, à l’échelle d’une localité ou même d’un pays. Il s’agit ici des ennemis des cultures qui constituent une menace pour la sécurité alimentaire mondiale, pour la santé publique ou pour l’environnement. C’est généralement des agences de l’Etat ou des organismes internationaux comme la Convention Phytosanitaire Interafricaine de l’Union Africaine (CPI/UA) ou l’Organisation Européenne et Méditerranéenne pour la Protection des Plantes (OEPP) qui s’occupent de ces cas. Ces agences sont autorisées à saisir ou détruire toute plante ou partie de plante et même tout organisme qui représentent un risque potentiel pour la population ou aux ressources animales dans et autour d’une zone donnée.

Au Niger c’est la Direction Générale de la Protection des Végétaux (DGPV) qui s’occupe de cette question.

Des mesures de quarantaine ou d’éradication sont prises par les agences des Etats conformément aux lois et règlements en vigueurs.

Mesures de quarantaine

Les mesures de quarantaines sont des mesures appliquées à l’importation de produits végétaux, pour empêcher l’introduction accidentelle d’un nouvel organisme dans une zone, pour éradiquer, limiter l’extension, ainsi que la propagation vers des zones non affectées.

Un organisme de quarantaine est un organisme nuisible qui présente un potentiel risque économique pour la zone menacée. Cet organisme peut ne pas être présent dans cette zone ou bien il est présent mais n’y est pas largement disséminé et il est officiellement contrôler.

Si les frontières sont relativement contrôlées dans certaines parties en Europe, en Amérique ou en Asie, il n’en est pas de même dans beaucoup de pays africains où les frontières demeurent encore poreuses. Dans les pays où les mesures sont présentes, il y a des stations d’inspection et de contrôle dans les endroits majeurs où passent les produits pour récupérer les produits contenant ces organismes. Des agences gouvernementales mènent des inspections dans des aéroports, des ports ou tout autre endroit où transitent les produits. Ces produits peuvent être des : produits maraîchers, parties de plante, microorganisme ou tout autre matériel susceptible de contenir un organisme de quarantaine. Une fois la présence d’organisme de quarantaine détectée, les produits sont systématiquement détruits.

Eradication

C’est l’élimination totale de tout organisme désigné comme organisme de quarantaine dans une zone donnée. En cas de nécessité d’intervention, un périmètre de sécurité est défini et des mesures de contrôle sont prises afin d’éliminer l’organisme. Ces procédures peuvent être la destruction systématique du produits, un large programme de pulvérisation, des lâchés d’insectes stériles, l’application des pratiques culturales et un vaste programme de monitoring dans et autour des frontières de la zone infectées.

Pourquoi pratiquer l’IPM ?

Devons-nous nous tourner vers l’IPM même lorsqu’on obtient des résultats satisfaisants avec la lutte chimique ? Plusieurs raisons le justifient :

(i) Les pesticides peuvent être inefficaces.

L’efficacité des substances chimiques n’est pas toujours garantie et les ravageurs peuvent développer des résistances. En plus, les ravageurs peuvent survire lorsque :

  • le produit n’atteint pas sa cible (mauvaise application du produit) ;
  • il est lavé, en cas de pluie ;
  • il est appliqué avec un matériel inadéquat ;
  • il n’est pas utilisé au moment opportun (période d’activité du ravageur) ou à la bonne dose ;
  • il n’est pas utilisé au stade approprié du cycle biologique du ravageur.

(ii) L’IPM permet d’économiser de l’argent.

Elle permet d’éviter des pertes de rendement causées par les ravageurs ou prévenir une utilisation inutile des pesticides

(iii) L’IPM garantit une meilleure santé publique.

Le respect des normes dans l’utilisation des pesticides permettent réduire les risques inhérents des produits chimiques sur la santé des consommateurs.

(iv) Elle permet de maintenir l’équilibre de l’écosystème et réduire les risques sur l’environnement.

Dans un écosystème donné il y a plusieurs organismes selon un équilibre bien établi. Une atteinte à un organisme se répercute le plus souvent sur tous les maillons de la chaîne. Ainsi, l’utilisation des pesticides chimiques peut contrebalancer cet équilibre en détruisant les espèces bénéfiques (agents de lutte biologique) et favoriser les ravageurs eux-mêmes. L’IPM contribue à la sauvegarde de l’environnement par la réduction de la contamination des eaux, la persistance des pesticides et leurs effets sur les organismes vivants comme les poissons ou les vers de terre.

Perspectives de lutte intégrée dans les pays en développement ?

La lutte intégrée n’est nullement une panacée pour la lutte contre les ennemis des cultures. Toutefois, c’est la meilleure approche pour gérer les nuisibles avec moins de conséquences néfastes sur la vie des hommes et des animaux et sur l’environnement. Pour la bonne marche d’un programme de lutte intégrée, de gros efforts doivent être consentis tant au niveau politique que du côté des agriculteurs mais aussi de toute les structures impliquées dans le processus d’appui conseil. En outre, il est important de développer des approches prenant en compte la participation des tous les acteurs, la négociation et le plaidoyer auprès des décideurs politiques.

Pour une meilleure coordination et une réduction de la fragmentation des efforts qui surgissent lors de l’exécution d’un programme de l’IPM, il est important d’adopter le concept de « système d’innovation de l’Agriculture ou SIA ». Le SIA est un système participatif dans lequel l’agriculture moderne ne peut se maintenir que s’il y a une synergie entre les chercheurs, les agents de vulgarisation, les agriculteurs, les organisations des producteurs (OP), les commerçants, la société civile et toute autre structure impliquée dans le développement de l’Agriculture.

Quelques références citées

Abrol D.P., 2014. Integrated pest management: Current concepts and ecological perspectives. Elsevier.

Dan D., 2000. Insect pest management, 2nd Edition. CABI Bioscience, UK.

Herzfeld D., 2011. Private pesticide applicator safety education manual, 19th ed. University of Minnesota Extension.

Horne P. & Page J., 2008. Integrated pest management for crops and pastures. Landslinks Press.

Peshin R., Jayaratne K.S.U. & Sharma R., 2014. IPM Extension: A global Overview. Chapter 22. In Abrol, D. P. ed. Integrated Pest Management. Elsevier.

Radcliffe E.B., Hutchinson W.D. & Cancelado R.E., 2009. Integrated pest management: Concept, tactics, strategies and case of studies. Cambridge University Press.

Lutte biologique

L’interaction entre les insectes et leurs ennemis naturels (ou auxiliaires) est un processus fondamental qui contribue à la régulation des populations des insectes. Dans le cas où cette interaction est perturbée ou interrompu, on assiste à une pullulation spontanée des populations d’ennemis des cultures et avec le temps, une explosion de ceux-ci. L’explosion des ennemis des cultures peut intervenir en cas d’introduction d’un organisme exotique invasif dans une nouvelle zone géographique sans ses ennemis naturels ou lorsque les insecticides utilisés auraient détruits ces auxiliaires. Par exemple, un ravageur peut devenir un ennemi de culture en cas de modification de l’habitat en sa faveur (cas de la monoculture ou de la destruction de l’habitat de l’auxiliaire).

L’utilisation des auxiliaires dans le cadre de la lutte contre les ennemis des cultures est principalement liée à l’établissement de l’équilibre entre les protagonistes ou par la réintroduction d’ennemis naturels dans l’écosystème. On peut procéder à la création des conditions favorables développement des ennemis naturels.

Quelques définitions utiles

La lutte biologique ou biocontrôle : c’est l’utilisation de substances d’origine biologique ou d’ennemis naturels tels que les prédateurs, les parasitoïdes ou les agents pathogènes pour contrôler les populations d’espèces nuisibles et les maintenir en dessous du seuil de nuisibilité. Dans leur environnement, tous les ennemis des cultures ou bioagresseurs ont des auxiliaires qui les combattent efficacement.

Un ennemi naturel appelé aussi auxiliaire est un organisme utilisé comme agent de lutte pour combattre les insectes, acariens, bactéries, champignons, nématodes, mauvaises herbes ou animaux.

Un ennemi de culture est un organisme qui entre en conflit avec notre profit ou notre santé. Ces organismes sont notamment: les ravageurs (insecte, acariens), les agents phytopathogènes (virus, bactéries, champignons) ou les mauvaises herbes. Le concept d’ennemi de culture intègre la notion de « gestion rationnelle des nuisibles ». Ainsi, une espèce ne peut pas être considérer comme ennemi de culture que si elle atteint un niveau important pour affecter ces ennemis naturelss.

La lutte biologique implique également l’utilisation des substances d’origine biologique obtenues à partir d’extraits de bactérie, de virus, de champignon ou de plante. C’est le cas au Niger, de l’utilisation de l’huile de neem qui est probablement le  produit le plus utilisé par les producteur ruraux. La matière active (l’équivalent du principe actif dans les produits médicaux) de l’huile de neem est l’azadirachtine.

Les différentes catégories de lutte biologique

Il existe 3 principales catégories de lutte intégrée : la lutte biologique classique, la lutte biologique par conservation et la lutte biologique autocide.

La lutte biologique classique

Appelée souvent lutte biologique par inoculation/inondation, la lutte biologique classique vise à réaliser des lâchés d’agents entomophagène (qui mange les insectes) ou acarophages (qui se nourrit d’acariens) contre un ravageurs déjà présent ou nouvellement introduit dans une région du monde.

Plusieurs auxiliaires sont aujourd’hui élevés et commercialisés à travers le monde. Il faut noter que ces produits sont souvent très chers et donc pas du tout accessibles aux producteurs ruraux qui vivent dans beaucoup de pays en développent. La promotion de la lutte biologique dans ces pays doit passer par le développement des techniques visant à favoriser l’activité des ennemis naturels dans leur environnement ou à réduire l’utilisation des pesticides chimiques toxiques (comme les néonicotinoïdes) aux espèces non cibles notamment les abeilles. Des lâchés peuvent également être appliqués dans les champs, comme c’est le cas de Habrabracon hebetor, un parasitoïde de la chenille mineuse de l’épi de mil (Heliocheilus albipunctuella) au Niger.

Lutte biologique par conservation

La lutte biologique par conservation vise à faciliter la multiplication spontanée d’auxiliaires en aménageant judicieusement leur environnement.

Il faut noter que, la plupart des insecticides chimiques utilisés contre les ennemis des cultures se sont révélés toxiques pour ses auxiliaires. Ainsi, pour favoriser et maintenir la présence des auxiliaires dans ou à côté des champs afin de garantir leur efficacité, il est possible de :

  • diversifier la végétation le long des bordures des champs ;
  • aménager des bandes fleuries dans les parcelles cultivées permettant de créer un réservoir d’insectes auxiliaires ;
  • établir des zones refuges pour favoriser un échange faunique entre les auxiliaires et les zones de culture ;
  • favoriser la lutte chimique raisonnée pour éviter toute rencontre spatiotemporelle entre le toxique et les auxiliaires ou par utilisation des matières agrophamaceutiques homologuées, épargnant les auxiliaires.

La lutte biologique autocide

Cette méthode consiste à réaliser des lâchages de ravageurs (généralement des mâles) dont la capacité de reproduction a été détruite par exposition à des rayonnements ionisants.

L’objectif visé, est de réduire la prolifération des ravageurs en rendant infructueux les accouplements. Au court de cette cette méthode, le comportement sexuel des mâles (appelés aussi mâles stériles) restent intact.

Malgré la subtilité de cette méthode de lutte, celle-ci reste applicable à de très rares cas comme la lutte contre la mouche du melon (Dacus cucurbitae), ou le moustique.

Les acariens phytophages

Généralité sur les Arachnides phytophages

L’histoire des Arachnides est trop vieille et les premiers spécimens datent d’environ 540 millions d’années. Les Arachnides appartiennent à l’embranchement des Arthropodes i.e. les animaux invertébrés (i.e. qui ne possèdent pas de colonne vertébrale) à corps articulé. Les éléments de la classe des Arachnides comporte des individus qui ont colonisés tous les milieux notamment l’eau et la terre ferme. Parmi eux on trouve les acariens, un groupe d’invertébrés qui présente un rôle important dans notre vie socioéconomique notamment en agronomie. La classe des Arachnides comprend également des groupes bien connus de tous : les araignées ou le scorpion. Les acariens sont des « cousins » à d’autres Arthropodes que sont les insectes (mouche, papillon) et les crustacées (crevette).

L’acarologie est la science qui étudie les acariens et les tiques. Tous les tiques sont des acariens mais tous les acariens ne pas des tiques. Les tiques se définissent comme des pestes qui provoquent des maladies aux animaux et à l’homme ou qui leur causent des irritations ou des inflammations (puce, pou). Les acariens eux, sont des ravageurs causant des dégâts sur les cultures par la succion de la sève ou en leur transmettant des maladies.

Qu’est-ce qu’un acarien

Les acariens sont des arachnides généralement de petits taille qui attaquent les cultures, l’homme ou les animaux. Comme tous les arthropodes, les acariens ont un corps articulé possédant un squelette externe (exosquelette) chitineux. Ils sont généralement de microscopiques et quelques micromètres (8 µ). Les plus grands atteignent jusqu’à 1 à 2 cm de long. La morphologie des acariens est unique, en raison de la fusion des différentes parties du corps.

Ils se distinguent des autres arthropodes comme les insectes par plusieurs caractères :

  • quatre (4) paires de pattes notamment chez l’adulte ;
  • un corps composé de deux parties : céphalothorax (tête et thorax combinés) et de l’abdomen ;
  • pas d’antennes et pas d’ailes ;
  • des yeux simples ;
  • un céphalothorax fortement chitineux.

Les acariens jouent un rôle important dans la vie socioéconomique de l’homme. Plusieurs espèces sont des ectoparasites de l’homme et des animaux et sont responsables des maladies. D’autres sont des ravageurs des cultures qu’on trouve dans les bergers, dans les champs et dans les serres où ils causent des dégâts sur les cultures. Ils peuvent attaquer toutes les cultures notamment les cultures maraîchères, les cultures pluviales et fruitières.

Certes cet article traite des acariens d’une manière générale mais nous portons un accent particulier sur les acariens phytophages c’est-à-dire ceux qui causent des dégâts sur les cultures.

Distribution et diversité au sein des acariens

Les acariens sont cosmopolites (i.e. ils sont partout dans monde). Ces petites bêtes ont colonisé tous les habitats terrestres, y compris les eaux douces et les océans. On les trouve sur tous les continents en Afrique, Amérique, Asie, Europe et Océanie. Concernant les acariens phytophages, leur activité est plus importante pendant les périodes chaudes de l’année.

On estime qu’il y a environ 80.000 espèces d’acariens sur terre, mais ce nombre est loin d’être celui de la biodiversité réelle du groupe qui se situe probablement entre 500.000 à 1 million d’espèces. Parmi ces espèces certaines détritivores (ils se nourrissent de la matière organique) contribuant à la fertilisation du sol ou en décomposant les cellules mortes sur le corps humain. D’autres acariens sont phytophages et peuvent causer des dégâts sur les cultures. On connaît depuis un certain temps, la présence d’acariens cannibales. Ces derniers sont utilisés en lutte biologique pour combattre les acariens phytophages.

Classification des acariens

La classification des acariens est trop controversée. Certains acarologues considèrent les acariens comme une sous classe tandis que d’autres les considèrent comme un ordre. Les individus appartenant à la sous-classe des Acari (un taxon de la classe des Arachnida) comportent 6 ordres répartis dans 3 principaux super-ordres. Il s’agit notamment des :

  • Acariformes ou Actinotrichida ;
  • Le super-ordre des Acariformes est le groupe le plus diversifié. Il comporte 2 sous-ordres :
    • Trombidiformes incluant les plus importants acariens ravageurs des plantes (araignées rouges, les acariens à galles, les acariens à pattes rouges) ;
    • Sacariformes qui comportent en leur sein les Orbatidae.
  • Parasitiformes ou Anactinotrichida,

Ce groupe comporte surtout les acariens parasites de l’homme et les animaux. Il contient également les acariens de la famille des Phytoseiidae regroupant des espèces utilisées dans la lutte biologique.

  • Opilioacariformes considérées souvent comme un sous-groupe des Parasitiformes.

Comme tous les êtres vivants, les noms des acariens sont désignés par deux mots latinisés (binôme linnéen). Le premier, le nom de genre, porte une majuscule et le second nom, sans majuscule, est le nom de l’espèce. Les deux noms doivent être en italiques ou soulignés.

Exemple de tétranyque tisserand :

Le nom scientifique de cette espèce d’acarien est Tetranycus urticae. Cet acarien cosmopolite et qui cause d’importants dégâts sur les cultures est également présent au Niger et dans toute la zone tropicale. Des noms vernaculaires lui sont aussi attribués et cela diffèrent d’un pays à l’autre ou d’une localité à l’autre (Tableau 1).

Tableau 1: Classification de l’araignée rouge (Tetranycus urticae).

RoyaumeAnimalia
PhylumArthropoda
Sous-phylumChelicerata
ClasseArachnida
Sous-classeAcari
Super-OrdreAcariformes
OrderThrombidiformes
Sous-ordreProstigmata
FamillesTetranychidae
GenreTetranycus
Nom completTetranycus urtica (Koch 1836)
Nom ordinaireHausa : Gizo gizon tumati, Jan taw taw, Jan kwaro
Autres nomsFrançais : araignée rouge du cotonnier; l'acarien jaune commun; tétranyque à deux points; tétranyque à deux points; tétranyque commun, tétranyque tisserand.
English : two spotted mite; twospotted spider mite, glasshouse red spider mite; greenhouse red spider mite.

Biologie des acariens

La plupart des acariens phytophages (qui nourrissent des plantes) sont des organismes microscopiques (difficiles à voir à l’œil nu). Ce sont êtres vivants de petite taille : de l’ordre du micromètre (8 µ) à quelques centimètres (1 à 2 cm). Les espèces au sein du groupe ont une anatomie unique en son genre dans le règne animale. Ainsi, ils comportent deux principales parties : le céphalothorax (issu de la fusion de la tête et du thorax) et l’abdomen.

Les acariens sont des espèces ovipares (i.e. qui se reproduisent par des œufs) et leur cycle est très complexe comparativement à celui des insectes. Ce cycle comporte quatre principales parties appelées souvent stases : (i) œuf, (2) larve, (3) nymphe et (4) adulte.

Ainsi, après la ponte des œufs, se succèdent plusieurs étapes appelées « stases ». Chez les acariens le terme « stase » est utilisé pour désigner les stades larvaire, nymphale et adulte, contrairement aux insectes où l’on parle tout simplement de « stade ». Le terme stase est utilisé par les acarologues à cause de la complexité du cycle, juste une manière de différencier les différentes étapes ou stases des étapes intermédiaires ou stades. De ce fait, les stases larvaire, nymphale et adulte sont intercalées par des stades.

Contrairement aux insectes, les acariens possèdent 4 paires de pattes qui apparaissent progressivement au cours de leur développement. En effet, après l’éclosion de l’œuf, la larve (appelée hexapode) possède 3 paires de pattes. Ce n’est qu’au cours de sa croissance qu’elle acquière la quatrième paire de pattes. En général, le cycle biologique des acariens comportent 4 principales stases : œuf, larve, nymphe et adulte. La durée du cycle est variable selon l’espèce et les conditions du milieu. Par exemple, le cycle du tétranyque tisserand (Tetranycus urticae) varie entre 8 à 12 jours à 30-32° C. l’optimun de développement se situe entre 23 à 30° C et à une humidité relative inférieure à 50%. Il peut y avoir plus de 30 générations par ans dans les régions tropicales ou dans les serres (culture en conditions contrôlées). Néanmoins, ce cycle peut aller jusqu’à plus de 40 jours dans les zones où il fait froid.

Comportement des acariens

Sur les cultures, les acariens se cachent habituellement sur la face inférieure des feuilles surtout pendant les périodes chaudes de la journée. Ils peuvent également attaquer les autres parties de la plante (tiges, fruits et fleurs) et s’y nourrissent. Par exemple sur les feuilles, les acariens effectuent des piqures nutritionnelles en suçant les éléments nutritifs de la plante. Ils sont de couleur variable : rouge, rouge-orangé, jaune, jaune avec des points rouges, verte, etc. Cependant, la couleur peut changer en fonction de plusieurs facteurs tels que l’âge, la nourriture et le sexe. Il existe également un dimorphisme chez certaines espèces d’acariens. Par exemple chez tétranyque tisserand, la femelle est plus robuste que le mâle.

Les acariens se sont adaptés au cours de l’évolution à des conditions climatiques drastiques. Ils aiment beaucoup les températures élevées et peuvent résister à des faibles hygrométries. C’est pour cela on les considère comme l’un des plus important ravageurs dans les pays du Sahel. L’espèce appelée tetranyque tisserand tissent une toile soyeuse (comme pour les araignées) dans leur habitat. La toile leur procurer beaucoup d’avantages notamment le maintien de l’humidité, de la protection contre les aléas climatiques (le vent, l’eau) ou les prédateurs (auxiliaires). Elle permet aussi de se déplacer pour coloniser d’autres endroits en passant d’une plante à l’autre.

L’impact des acariens sur nous

Les acariens s’attaquent aussi bien aux animaux qu’aux plantes. Ainsi, plusieurs espèces d’acariens (appelés souvent tiques) sont parasites pour l’homme et pour les animaux. C’est l’exemple des tiques, des puces qui sucent le sang. Certains acariens constituent une menace pour la sécurité alimentaire parce qu’ils s’attaquent aux insectes pollinisateurs (abeilles).

Dans les champs (comme les insectes), les acariens sont également responsables des dégâts importants sur les cultures. Cependant, il y a des espèces d’acariens qui sont des prédateurs naturels (agent de lutte biologique) des acariens qui s’attaquent à nos cultures.

Il y a ici un besoin crucial de savoir quelles méthodes de lutte (par exemple le choix de pesticide adéquat) on doit utiliser pour ne pas nuire à cette catégorie d’acariens qui nous aident à combattre les acariens qui ravagent nos cultures.

Acariens ravageurs des plantes

Les acariens causent des dégâts énormes sur les cultures en s’attaquant directement aux plantes. Tous les acariens phytophages se nourrissent de la sève des plantes qu’ils sucent à travers leurs pièces buccales. C’est type de dommage est appelé « dégât direct ».

Bien qu’ils soient connus pour leurs actions dévastatrices par succion de la sève, on connaît récemment que certaines espèces d’acariens sont aussi impliquées dans la transmission des virus. Les acariens transmettant des virus appartiennent aux genres Aceria, Cecidophyopsis, Brevipalpus, Phytoptus, et Phyllocoptes.

Les acariens ayant une importance agronomique se rencontrent principalement autour 5 grandes familles :

  • Tetranychidae ou les vrais acariens rouges ;
  • Tarsonemidae communément appelés tarsonèmes ;
  • Eriophyidae, regroupant les acariens qui provoquent des galles chez les plantes ;
  • Tenuipalpidae, ou faux acariens tisserands ;
  • Phytoseiida, comportant pour l’essentiel des acariens prédateurs.

Acariens comme agents de lutte biologique

Les acariens d’intérêt agronomiques ne sont tous dommageables pour les cultures. En effet, il existe des acariens prédateurs naturels qui se nourrissent d’autres espèces d’acariens ravageurs des cultures. C’est le cas des espèces appartenant aux familles des Phytoseiidae (ou phytoséïdes), Anystidae, Stigmaeidae. Des espèces de la famille des Phytoseiidae, qui comporte jusqu’à environ plus de 2000 espèces, sont utilisées dans la lutte biologique pour combattre les acariens rouges et les acariens jaunes.

Il est important dans un programme de lutte contre les acariens phytophages, de prendre en compte la présence des ennemis naturels, soit :

  • en favorisant la présence et l’activité des acariens prédateurs ;
  • ou en réalisant une lutte chimique raisonnée (en cas de nécessité d’un traitement chimique) épargnant les prédateurs.

Certains acariens aussi jouent un rôle important dans la fertilisation des sols en dégradant la matière organique.

Dégâts causés par les acariens

Sur les cultures, les acariens engendrent des dégâts énormes qui vont jusqu’à la perte totale de la production. Par exemple au Niger, les dégâts des acariens rouges peuvent persister même durant les périodes de fortes chaleurs (entre avril et juin) où les températures dépassent souvent les 40° C. en s’attaquant aux plantes, ils sucent le contenu cellulaire dont la chlorophylle et engendrent des jaunissements et des chloroses sur les feuilles. Les feuilles sont piquetées de points blancs et deviennent ternes (aubergine, arachide). Les feuilles peuvent aussi avoir un teinte bronze à brunâtre (tomate).

Certaines espèces d’acariens provoquent des enroulements, des déformations des feuilles. C’est le cas de l’espèce Eriopyes vitis qui provoque l’érionose sur la vigne (déformation des feuilles). Les acariens sont aussi responsables de dessèchement et la chute des feuilles, l’avortement des fleurs ainsi que l’apparition des taches liégeuses et crevassées sur les fruits (poivron, aubergine, concombre). Les acariens de la famille des Tetranychidae tissent des toiles comme celles des araignées.

Stratégies de lutte contre les acariens

A cause leur biologie et de leur comportement, les acariens sont difficiles à contrôler. Ils ont un cycle de vie très court (jusqu’à 30 générations par an dans les pays tropicaux). En plus, ils sont trop polyphages car ils possèdent plusieurs plantes hôtes cultivées et sauvages (le tétranyque tisserand peut s’attaquer à plus de 900 espèces de plantes).

Ce phénomène a facilité le développement des résistances vis-à-vis de plusieurs matières actives. De ce fait, il est nécessaire d’adopter un schéma de lutte intégrée en combinant plusieurs méthodes (surveillance, bonnes pratiques agricoles, méthodes biologique et chimique) pour combattre effacement les acariens. Ce schéma retrace les différentes stratégies qui peuvent être adaptées, en fonction des conditions climatiques, de la localité ou des exigences en matière de la lutte phytosanitaire (lutte chimique) dans votre pays.

Stratégie I : Monitoring et Réduction des populations des acariens

Il s’agit ici de l’inspection (monitoring) des parcelles pour détecter la présence des acariens. Ces derniers sont surtout présents sur la face inférieure des feuilles ou dans les toiles qu’ils tissent (surtout au niveau des parties apicales des plantes). Concernant les cultures maraîchères, le monitoring doit commencer depuis la pépinière. Dans tous les cas, il doit se poursuivre régulièrement du semis jusqu’à la récolte.
L’objectif visé à travers cette stratégie est de permettre d’évaluer les populations de nuisibles (détermination du seuil d’intervention) avant d’engager toute méthode de lutte susceptible de coûter de l’argent.

Utilisation des pièges

Les pièges attrapent physiquement les acariens dans un champ. De nos jours, plusieurs sociétés sont spécialisées dans la commercialisation des pièges. L’utilisation des pièges présente plusieurs avantages :

  • suivre l’évolution de nouvelles populations d’acariens ;
  • indiquer précisément la zone la plus affectée (dans le champ) et adopter des mesures additionnelles ;
  • réduire les populations des acariens ;
  • déterminer la période optimale pour engager toute méthode de lutte ;
  • intervenir sous seuil i.e. réduire l’utilisation des pesticides chimiques.

Stratégie II : Pratique culturale

Plusieurs méthodes de lutte culturale peuvent être appliquées pour combattre efficacement les acariens phytophages.

  • harmoniser la lutte avec ses voisins (champs environnants) ;
  • inspecter les parcelles régulièrement pour détecter les premiers foyers  d’infection puis effeuiller les feuilles attaquées ;
  • réaliser la rotation et/ou l’association culturale avec des plantes non hôtes ;
  • réduire la migration des individus par la formation des haies au tour des champs ;
  • appliquer un labour profond ou la solarisation pour détruire les formes de survie des acariens ;
  • produire des plants dans un abri insect-proof (sous une moustiquaire ou en utilisant un filet anti-insectes) ;
  • surveiller la qualité sanitaire des plants puis éliminer ceux qui présentent des signes suspects ;
  • assurer une fertilisation adéquate dans le champ ;
  • augmenter le taux d’humidité surtout en serre car les acariens n’aiment pas l’humidité (mais attention aux champignons) ;
  • en cas de fortes pullulations, traiter les plants avec des acaricides homologués avant de les arracher ;
  • ramasser, détruire ou brûler les feuilles et les fruits attaqués qui sont tombés sur sol ;
  • détruire les plantes adventices (ou mauvaises herbes).

Stratégie III : Lutte biologique par utilisation des ennemis naturels

Les acariens comportent plusieurs ennemis naturels ou prédateurs qui sont pour la plupart du dit groupe. Ainsi, les acariens prédateurs se trouvent principalement dans les familles de Phytoseiidae, Anystidae, Stigmaeidae. C’est le cas Phytoseiulus persimilis, un prédateur du tétranyque tisserand.

Cette technique consiste à faire des lâchés de préparations d’acariens prédateurs dans un champ. En consommant les acariens ravageurs, les prédateurs vont contribuer à la réduction de de leurs populations. De nos jours, plusieurs sociétés commercialisent des préparations de cet acarien prédateur.

En plus, il existe parmi les insectes des prédateurs des acariens. Certaines espèces de thrips ou de chrysopes se nourrissent des acariens.

Stratégie IV : Lutte chimique et gestion de la résistance

La méthode la plus utilisée pour combattre les acariens demeure la lutte chimique. L’impact économique des dégâts causés sur les cultures conduit à une utilisation excessive d’acaricides par les producteurs. Ce phénomène n’est pas sans conséquence puisqu’il a engendré, presque partout dans le monde, l’apparition des résistances vis-à-vis de plusieurs familles de pesticides.

Les acariens ont développé des résistances à la plupart des organophosphorés, entrainant le retrait de leur usage acaricide dans beaucoup de pays de l’Union Européenne. En plus, la gamme de matières actives recommandées contre les acariens est restreinte contrairement aux insectes. Des pesticides contenant les matières actives comme l’Abamectine, l’Acrinathine, l’Etoxazole, le Fenazaquin ou l’Hexythiazox sont recommandées contre ces ravageurs.

De toutes ces matières actives seule l’Abamectine est présente dans les produits homologués utilisés au Niger en 2016. Ce phénomène augmente les risques de développement de résistance.

La plupart des producteurs nigériens utilisent des pesticides contenant la matière active appelée Dichlorvos ou DDVP (on l’appelle Pia-pia en Hausa). L’utilisation systématique et abusive (sans respect de la dose et de l’intervalle entre les traitements) de ces produits a fait que les acariens ont développé des résistances et cela depuis plusieurs années.

La résistance aux acaricides est un sérieux problème surtout concernant les tétranyques tisserands qui sont des champions parmi les espèces ayant développés des résistances vis-à-vis des pesticides chimiques. Par exemple, l’araignée rouge a développé des résistances sur plus de 80 acaricides dans le monde.

Notons qu’un traitement chimique ne peut être efficace que s’il est appliqué en temps voulu (période d’activité de l’insecte), à la bonne dose, avec un volume de bouillie suffisant et un matériel de pulvérisation adapté à la culture.

De plus, quelle que soit la batterie de méthodes de lutte mises en place par un producteur, celles-ci ne peut être efficaces que lorsqu’il y a une concertation entre les champs environnants. Cette stratégie est cruciale dans les pays en développement notamment au Niger où se pratique l’agriculture familiale. Cette dernières est un système de culture où les agriculteurs groupés sur un site de quelques dizaines d’hectares, les cultures sont réalisées sur plusieurs petites exploitations d’environ 200 à 1000 m².

Quelques références citées

Alford D.V., 1999. A textbook of agricultural entomology. Blackwell Science.
Gulati, R., 2014. Eco-Friendly Management of Phytophagous Mites. In D. P. Abrol Ed: Integrated Pest Management. Elsevier Inc.
Hoy M.A., 2011. Agricultural Acarology: Introduction to Integrated Mite Management. CRC Press.
Yu S.J., 2008. The toxicology and biochemistry of insecticides. CRC Press.

Quelques liens utiles en Acarologie

La recherche de document en Acarologie étant difficile, nous vous proposons à travers cet article des liens qui pourraient vous aider dans vos recherches.

Acarology homepage: http://www.nhm.ac.uk/hosted_sites/acarology/
Acarology.org: http://www.acarology.org/
Acarological Society of America: http://www.acariweb.com/ASA
Experimental and Applied Acarology: http://www.springerlink.com/content/100158/
European Association of Acarologists: https://euraac.webs.upv.es/index.php
Ohio State Acarology Laboratory (OSAL): http://www.biosci.ohio-state.edu/~acarolog/index.html
Journal: http://tolweb.org/tree?group=Acari&contgroup=Arachnida