La lutte intégrée

Généralités sur les maladies des plantes

La croissance galopante de la population associée à des pratiques comme la monoculture, le non-respect des pratiques culturales ont occasionné une utilisation massive d’intrants chimiques. Il est vrai que les ennemis des cultures (ou bioagresseurs) peuvent causer des dégâts importants parfois des pertes totales sur les cultures ou altérer la qualité des produits mais l’utilisation des pesticides chimiques n’est également pas sans conséquence. L’usage de ces produits a engendré l’adaptation aux pesticides chez les insectes et des conséquences néfastes sur la santé humaine et sur l’environnement. De l’autre côté, l’opinion publique exerce une pression sur les producteurs de se tourner vers des méthodes alternatives de lutte, plus respectueuse de l’environnement et de la santé du consommateur.

L’idée de création d’une agriculture avec moins de pesticides a été pour la première fois évoquée en 1962 par Rachel Carson dans son ouvrage Silent spring. Plus tard survient le concept de lutte intégrée ou Integrated pest management (IPM) en réponse à l’apparition des cas de résistances aux pesticides chez certains insectes et acariens. La lutte intégrée qui consiste à associer toutes les techniques écologiquement acceptables se veut un moyen pour combattre les ennemis de cultures sans être dépendant des pesticides chimiques.

Dans cette partie nous développons ce que c’est la lutte intégrée, les différentes méthodes quelle comporte, comment mettre en place un programme de lutte intégrée et enfin, fournir des informations pour aider les producteurs à mieux gérer les bioagresseurs dans leurs champs.

Qu’est-ce que la lutte intégrée ?

La lutte intégrée consiste en l’association de plusieurs méthodes dans le but de maintenir les populations des nuisibles (ennemis des cultures) à des niveaux inférieurs à ceux causant des dommages d’importance économique.

Dans les pays en développement la lutte chimique demeure le moyen privilégié des agriculteurs pour combattre les ennemis des cultures. Mais avec la lutte intégrée, le producteur considère la lutte chimique comme un outil parmi l’éventail de méthode de lutte dont il dispose. Pour mieux comprendre ce que c’est la lutte intégrée, nous allons la traduire en anglais (« Integrated Pest Management« ) et définir chacun des termes.

Integrated ou intégré (en français) indique les relations qui existent entre les ennemis des cultures, la plante, l’environnement et les différentes méthodes de lutte. Ce concept inclut toutes les tactiques et comment ces celle-ci conviennent avec les autres pratiques culturales utilisées.

Pest ou bioagresseur (en français) : Un ennemi de culture est un organisme qui entre en conflit avec notre profit ou notre santé. Ce concept d’ennemi de culture intègre la notion de « gestion rationnelle des nuisibles ». Ainsi, une espèce ne peut pas être considérée comme ennemi de culture que si elle atteint un niveau important pour affecter ces facteurs. Dans ce contexte bioagresseur inclut :

  • les ravageurs (insecte, acarien, vertébré) ;
  • les agents pathogènes (bactérie, champignon, nématode, virus) causant des maladies ;
  • les mauvaises herbes.

Management ou gestion (en français) : c’est un moyen de maintenir les ennemis des cultures en dessous du seuil économique. Le terme « gestion » inclut toute tactique qui soit efficace et économique, tout en réduisant au minimum les risques environnementaux (en aucun cas l’élimination totale des ennemis) et tenant compte des considérations sociales.

Les pesticides chimique font partie de notre quotidien, il ne s’agit nullement ici d’une agriculture sans pesticides chimiques. On parle tout simplement d’une agriculture avec moins de pesticides.

En résumé, la lutte intégrée se définie comme un système de gestion des populations d’ennemis des cultures qui, dans le contexte de l’environnement et des dynamiques des populations des espèces nuisibles, met en œuvre toutes les techniques appropriées, d’une manière aussi compatible que possible, pour les maintenir à des niveaux inférieurs à ceux causant des dommages d’importance économique.

A quand appliquions-nous l’IPM ?

Certes, il faut avoir un savoir-faire ou de l’expertise pour combattre efficacement les nuisibles dans un champ, mais la lutte intégrée fait partie, en quelque sorte, du quotidien des agriculteurs sans qu’ils ne s’en rendent compte. En effet, presque chaque producteur applique au moins la lutte intégrée à travers les pratiques normales ancestrales. Ces dernières impliquent la prise de toute action pour anticiper, d’une part l’explosion des bioagresseurs et d’autre part prévenir les pertes potentielles en utilisant une large gamme de tactiques et de stratégies. L’objectif ici est d’empêcher les ravageurs d’atteindre le seuil économique tout en réduisant les risques inhérents de la méthode de lutte appliquée, sur la santé humaine et sur l’environnement.

Un programme de lutte intégrée peut être spécifique à un site donné. L’IPM est basée sur l’identification des ravageurs, la détermination exacte de leur population, l’évaluation du niveau des dégâts, et la connaissance des stratégies et des tactiques disponibles de gestion des bioagresseurs pour la prise de décision. Elle offre la possibilité d’amélioration du contrôle de ces nuisibles, tout en réduisant les effets négatifs.

Éléments importants d’un programme de lutte intégrée

La planification constitue la pierre angulaire dans un programme de l’IPM. Chaque culture possède des ennemis qui sont inféodés à son cycle de vie et cela doit être pris en compte.

Un bon programme de lutte intégrée comporte au moins 3 composantes :

  • l’identification et le monitoring des ravageurs ;
  • la sélection des meilleures méthodes de lutte disponibles ;
  • l’évaluation de l’efficacité des méthodes appliquées.

Identification et monitoring

Il est important de savoir ce qui se passe dans son champ avant la prise de décision. Un organisme ne peut être considéré comme nuisible que lorsqu’il cause des dommages économiques à la culture. La surveillance (ou monitoring) est donc la clé pour tout programme de l’IPM puisqu’elle permet de déterminer précocement des potentiels problèmes dans un champ. Ainsi, il est important de surveiller régulièrement son champ en utilisant des méthodes d’identification et de monitoring appropriées. Pour surveiller efficacement son champ il faut :

  • connaître les différentes caractéristiques de la plantes et être capable de différencier la plante lorsqu’elle attaquée ou dans un état anormal ;
  • identifier la cause du problème i.e. l’ennemi de culture qui en est responsable puis que chaque ravageurs ou agent pathogène possède des symptômes caractéristiques ;
  • Localiser l’endroit où se trouve le problème ;
  • Déterminer le stade de développement du ravageur (œuf, larve, pupe ou adulte) ;

Sélectionner les meilleures méthodes de lutte

L’objectif visé est d’utiliser les méthodes qui soient pratique, efficaces, économiques et respectueuses de l’environnement. Ainsi il faut :

  • connaître le cycle biologique et le comportement du ravageur. Certaines méthodes ne sont efficaces que lorsqu’elles sont utilisées au bon moment ;
  • déterminer le niveau d’infestation (seuil économique) ;
  • comparer le coût et le bénéfice des différentes méthodes.

La présence des nuisibles n’est pas toujours synonyme de perte. Pour justifier le coût de la méthode, la population des bioagresseurs doit être assez grande pour causer des dégâts importants. Il existe des termes économiques qui permettent de déterminer la rentabilité de l’utilisation d’une méthode de lutte.

(i) Seuil de nuisibilité économique : c’est la plus faible population de ravageur pouvant causer des dégâts. Pour plusieurs ravageurs, il est important de prendre plusieurs mesures avant d’atteindre ce seuil.

(ii) Seuil économique : c’est le niveau de densité de la population de bioagresseur auquel un traitement phytosanitaire devrait être appliqué pour maintenir sa population en dessous du seuil de nuisibilité économique. C’est le niveau au cours duquel le coût de traitement devient inférieur au coût des dégâts estimés.

(iii) Dégâts économiques : c’est lorsque les dégâts causés sur la culture dépassent le coût de la méthode de lutte. A ce niveau toute intervention couterait très chère à l’agriculteur.

Évaluation de l’efficacité des méthodes appliquées

L’évaluation de l’efficacité des méthodes utilisées est une étape cruciale dans un programme de l’IPM. Il est important avant de réexécuter un programme de lutte intégrée, de savoir comment les tactiques utilisées marchent, quelle est leurs efficacités, leurs faiblesses, les changements à opérer et quel est leurs impacts sur l’environnement ?

Méthodes de lutte intégrée

Le but d’un programme de lutte intégrée est de maintenir, les populations des ennemis des cultures à un niveau acceptable à celui causant des pertes économiques sur les cultures tout en réduisant les risques sur la santé humaine et sur l’environnement. Cela implique l’association de plusieurs méthodes en un seul système intégrée.

Méthodes de gestion des ennemis des cultures

Méthodes culturales

Ces techniques visent à défavoriser le développement des bioagresseurs tout en modifiant leur environnement et leur comportement afin de prévenir ou réduire une infestation ou en mettant la culture dans les meilleures conditions possibles.

En plus, ces méthodes consistent à adapter le système cultural afin de limiter les dommages des bioagresseurs. Elles comportent les pratiques culturales notamment : le choix du site, la rotation et l’association culturale, la modification de la date et de la densité de semis, la gestion équilibrée de la fertilisation, les techniques d’irrigation, le labourage, le malching, le désherbage et l’élimination des résidus des cultures.

Ces méthodes interrompent, d’une part les interactions entre le bioagresseur et l’hôte et d’autre part réduisent la croissance et le développement des nuisibles.

Ces techniques sont très avantageuses dans la mesure où elle ne nécessite pas des coûts supplémentaires et où elle peut s’intégrer dans les objectifs économiques de l’agriculteur. Certains s’accordent même à dire que « la lutte culturale peut à elle seule suffit pour maîtriser les ennemis des cultures lorsqu’elle est soigneusement appliquée ».

Méthodes biologiques

La lutte biologique est l’utilisation par l’homme, des substances d’origine biologique ou d’ennemis naturels (ou auxiliaires) tels que les prédateurs, les parasitoïdes, des agents pathogènes pour contrôler les populations d’espèces nuisibles et les maintenir en dessous du seuil de nuisibilité. Dans leur environnement, tous les bioagresseurs ont des ennemis naturels qui les combattent efficacement (dans certaines situations).

Un ennemi naturel est un organisme utilisé comme agent de lutte pour combattre les insectes, acariens, bactéries, champignons, nématodes, mauvaises herbes ou animaux.

Parmi ces ennemis naturels on peut trouver des insectes, des acariens, des agents pathogènes (bactérie, champignon, virus) ou des animaux. La lutte biologique implique aussi l’utilisation des substances d’origine biologique obtenues à partir d’extraits de bactérie, champignon ou de plante.

Plusieurs ennemis naturels sont aujourd’hui élevés et commercialisés à travers le monde. On peut promouvoir le contrôle biologique par utilisation des procédés naturels en favorisant l’activité des ennemis naturels dans leur environnement ou en en effectuant des lâchés (insectes commercialisés) dans les champs.

Méthodes génétiques

Certaines plantes peuvent être sélectionnés et utilisés pour des caractéristiques physiques qui fournissent une résistance physiologique vis-à-vis des bioagresseurs. Cette méthode consiste en la sélection et la diffusion des variétés résistantes ou tolérantes.

Méthodes chimiques

La lutte chimique joue un rôle important dans un programme de lutte intégrée. Pour combattre les bioagresseurs les agriculteurs utilisent très souvent des pesticides chimiques.

Un « pesticide », ou tout simplement « phytos » est une substance ou association de substances destinées à repousser, détruire ou combattre :

  • les ravageurs (insectes, acariens, rongeurs) ;
  • les agents pathogènes causant des dommages pendant la production, le stockage ou la commercialisation des produits agricoles ;
  • les végétaux indésirables appelés mauvaises herbes ou adventices.

Les pesticides peuvent aussi être des substances exerçant une action sur les processus vitaux des plantes. C’est le cas des régulateurs et des stimulateurs de croissance, une nouvelle catégorie de produits commercialisée de nos jours.

On distingue selon leur activité plusieurs types de pesticides :

  • les acaricides pour lutter contre les acariens ;
  • les avicides pour combattre les oiseaux ;
  • les bactéricides contre les bactéries phytopathogènes ;
  • les fongicides pour les combattre les champignons phytopathogènes ;
  • les herbicides pour détruire les mauvaises herbes ;
  • les insecticides pour combattre les insectes ;
  • les nématicides pour lutter contre les nématodes phytopathogènes ;
  • les régulateurs de croissance et les biostimulants pour stimuler la croissance et le développement des plantes ;
  • les rodenticides pour éliminer les rongeurs.

L’utilisation des pesticides considérée comme méthode conventionnelle est la pratique prédominante pour combattre les nuisible à travers le monde, surtout dans les pays en développement. Cette méthode est relativement moins chère et présente un large spectre, autrement dit, elle permet de tuer une large gamme d’espèces de nuisibles. Certes, la méthode chimique est simple et facile à comprendre et à appliquer par les agriculteurs mais celle-ci n’est pas sans conséquence et cela pour plusieurs raisons :

  • elle provoque le développement des résistances vis-à-vis des pesticides ;
  • elle est responsable du problème des résidus sur les denrées alimentaires ;
  • elle crée des problèmes de santé pour les applicateurs ;
  • elle contribue à la destruction des espèces non cibles (en particulier les espèces bénéfiques) ;
  • elle a des effets néfastes sur l’environnement (contamination des ressources en eau) ;
  • elle est responsable des aérosols (après un traitement chimique) qui peuvent atteindre les habitations ou les champs voisins.

Méthodes physiques

La lutte physique est l’utilisation des méthodes non chimiques ou biologiques, permettant de perturber la physiologie ou le comportement d’un ennemi de culture par le biais de différents stimuli d’origine physique (mécanique, thermique, électromagnétique, pneumatique), afin de le combattre dans une zone à protéger. Cette méthode inclut la destruction mécanique des bioagresseurs ou des parties de la plante attaquées, des barrières naturelles (haies), l’utilisation du stress thermique (la chaleur ou le froid), des radiations, des pièges et la solarisation pour prévenir l’activité des bioagresseurs.

Le contrôle mécanique comporte l’utilisation des machines ou autres méthodes physiques pour modifier l’environnement des bioagresseurs.

La lutte thermique contre les insectes phytophages ou les agents phytopathogènes (bactérie, champignon) inclut aussi le traitement thermique des semences, la thermothérapie (cas des cellules) ou le brûlage des résidus de cultures qui hébergent les parasites.

La solarisation est une technique de lutte thermique pour lutter contre les parasites qui se développent dans le sol. Elle consiste à placer une bâche de couleur noire sur le sol à traiter. Le plastique permet de concentrer l’énergie solaire, ce qui conduit à la montée de la température du sol et du coup la destruction des nuisibles.

Mesure de régulation des bioagresseurs

Certains problèmes phytosanitaires ne peuvent pas être réglés au niveau local i.e. dans un champ, à l’échelle d’une localité ou même d’un pays. Il s’agit ici des ennemis des cultures qui constituent une menace pour la sécurité alimentaire mondiale, pour la santé publique ou pour l’environnement. C’est généralement des agences de l’Etat ou des organismes internationaux comme la Convention Phytosanitaire Interafricaine de l’Union Africaine (CPI/UA) ou l’Organisation Européenne et Méditerranéenne pour la Protection des Plantes (OEPP) qui s’occupent de ces cas. Ces agences sont autorisées à saisir ou détruire toute plante ou partie de plante et même tout organisme qui représentent un risque potentiel pour la population ou aux ressources animales dans et autour d’une zone donnée.

Au Niger c’est la Direction Générale de la Protection des Végétaux (DGPV) qui s’occupe de cette question.

Des mesures de quarantaine ou d’éradication sont prises par les agences des Etats conformément aux lois et règlements en vigueurs.

Mesures de quarantaine

Les mesures de quarantaines sont des mesures appliquées à l’importation de produits végétaux, pour empêcher l’introduction accidentelle d’un nouvel organisme dans une zone, pour éradiquer, limiter l’extension, ainsi que la propagation vers des zones non affectées.

Un organisme de quarantaine est un organisme nuisible qui présente un potentiel risque économique pour la zone menacée. Cet organisme peut ne pas être présent dans cette zone ou bien il est présent mais n’y est pas largement disséminé et il est officiellement contrôler.

Si les frontières sont relativement contrôlées dans certaines parties en Europe, en Amérique ou en Asie, il n’en est pas de même dans beaucoup de pays africains où les frontières demeurent encore poreuses. Dans les pays où les mesures sont présentes, il y a des stations d’inspection et de contrôle dans les endroits majeurs où passent les produits pour récupérer les produits contenant ces organismes. Des agences gouvernementales mènent des inspections dans des aéroports, des ports ou tout autre endroit où transitent les produits. Ces produits peuvent être des : produits maraîchers, parties de plante, microorganisme ou tout autre matériel susceptible de contenir un organisme de quarantaine. Une fois la présence d’organisme de quarantaine détectée, les produits sont systématiquement détruits.

Eradication

C’est l’élimination totale de tout organisme désigné comme organisme de quarantaine dans une zone donnée. En cas de nécessité d’intervention, un périmètre de sécurité est défini et des mesures de contrôle sont prises afin d’éliminer l’organisme. Ces procédures peuvent être la destruction systématique du produits, un large programme de pulvérisation, des lâchés d’insectes stériles, l’application des pratiques culturales et un vaste programme de monitoring dans et autour des frontières de la zone infectées.

Pourquoi pratiquer l’IPM ?

Devons-nous nous tourner vers l’IPM même lorsqu’on obtient des résultats satisfaisants avec la lutte chimique ? Plusieurs raisons le justifient :

(i) Les pesticides peuvent être inefficaces.

L’efficacité des substances chimiques n’est pas toujours garantie et les ravageurs peuvent développer des résistances. En plus, les ravageurs peuvent survire lorsque :

  • le produit n’atteint pas sa cible (mauvaise application du produit) ;
  • il est lavé, en cas de pluie ;
  • il est appliqué avec un matériel inadéquat ;
  • il n’est pas utilisé au moment opportun (période d’activité du ravageur) ou à la bonne dose ;
  • il n’est pas utilisé au stade approprié du cycle biologique du ravageur.

(ii) L’IPM permet d’économiser de l’argent.

Elle permet d’éviter des pertes de rendement causées par les ravageurs ou prévenir une utilisation inutile des pesticides

(iii) L’IPM garantit une meilleure santé publique.

Le respect des normes dans l’utilisation des pesticides permettent réduire les risques inhérents des produits chimiques sur la santé des consommateurs.

(iv) Elle permet de maintenir l’équilibre de l’écosystème et réduire les risques sur l’environnement.

Dans un écosystème donné il y a plusieurs organismes selon un équilibre bien établi. Une atteinte à un organisme se répercute le plus souvent sur tous les maillons de la chaîne. Ainsi, l’utilisation des pesticides chimiques peut contrebalancer cet équilibre en détruisant les espèces bénéfiques (agents de lutte biologique) et favoriser les ravageurs eux-mêmes. L’IPM contribue à la sauvegarde de l’environnement par la réduction de la contamination des eaux, la persistance des pesticides et leurs effets sur les organismes vivants comme les poissons ou les vers de terre.

Perspectives de lutte intégrée dans les pays en développement ?

La lutte intégrée n’est nullement une panacée pour la lutte contre les ennemis des cultures. Toutefois, c’est la meilleure approche pour gérer les nuisibles avec moins de conséquences néfastes sur la vie des hommes et des animaux et sur l’environnement. Pour la bonne marche d’un programme de lutte intégrée, de gros efforts doivent être consentis tant au niveau politique que du côté des agriculteurs mais aussi de toute les structures impliquées dans le processus d’appui conseil. En outre, il est important de développer des approches prenant en compte la participation des tous les acteurs, la négociation et le plaidoyer auprès des décideurs politiques.

Pour une meilleure coordination et une réduction de la fragmentation des efforts qui surgissent lors de l’exécution d’un programme de l’IPM, il est important d’adopter le concept de « système d’innovation de l’Agriculture ou SIA ». Le SIA est un système participatif dans lequel l’agriculture moderne ne peut se maintenir que s’il y a une synergie entre les chercheurs, les agents de vulgarisation, les agriculteurs, les organisations des producteurs (OP), les commerçants, la société civile et toute autre structure impliquée dans le développement de l’Agriculture.

Quelques références citées

Abrol D.P., 2014. Integrated pest management: Current concepts and ecological perspectives. Elsevier.

Dan D., 2000. Insect pest management, 2nd Edition. CABI Bioscience, UK.

Herzfeld D., 2011. Private pesticide applicator safety education manual, 19th ed. University of Minnesota Extension.

Horne P. & Page J., 2008. Integrated pest management for crops and pastures. Landslinks Press.

Peshin R., Jayaratne K.S.U. & Sharma R., 2014. IPM Extension: A global Overview. Chapter 22. In Abrol, D. P. ed. Integrated Pest Management. Elsevier.

Radcliffe E.B., Hutchinson W.D. & Cancelado R.E., 2009. Integrated pest management: Concept, tactics, strategies and case of studies. Cambridge University Press.

Lutte biologique

L’interaction entre les insectes et leurs ennemis naturels (ou auxiliaires) est un processus fondamental qui contribue à la régulation des populations des insectes. Dans le cas où cette interaction est perturbée ou interrompu, on assiste à une pullulation spontanée des populations d’ennemis des cultures et avec le temps, une explosion de ceux-ci. L’explosion des ennemis des cultures peut intervenir en cas d’introduction d’un organisme exotique invasif dans une nouvelle zone géographique sans ses ennemis naturels ou lorsque les insecticides utilisés auraient détruits ces auxiliaires. Par exemple, un ravageur peut devenir un ennemi de culture en cas de modification de l’habitat en sa faveur (cas de la monoculture ou de la destruction de l’habitat de l’auxiliaire).

L’utilisation des auxiliaires dans le cadre de la lutte contre les ennemis des cultures est principalement liée à l’établissement de l’équilibre entre les protagonistes ou par la réintroduction d’ennemis naturels dans l’écosystème. On peut procéder à la création des conditions favorables développement des ennemis naturels.

Quelques définitions utiles

La lutte biologique ou biocontrôle : c’est l’utilisation de substances d’origine biologique ou d’ennemis naturels tels que les prédateurs, les parasitoïdes ou les agents pathogènes pour contrôler les populations d’espèces nuisibles et les maintenir en dessous du seuil de nuisibilité. Dans leur environnement, tous les ennemis des cultures ou bioagresseurs ont des auxiliaires qui les combattent efficacement.

Un ennemi naturel appelé aussi auxiliaire est un organisme utilisé comme agent de lutte pour combattre les insectes, acariens, bactéries, champignons, nématodes, mauvaises herbes ou animaux.

Un ennemi de culture est un organisme qui entre en conflit avec notre profit ou notre santé. Ces organismes sont notamment: les ravageurs (insecte, acariens), les agents phytopathogènes (virus, bactéries, champignons) ou les mauvaises herbes. Le concept d’ennemi de culture intègre la notion de « gestion rationnelle des nuisibles ». Ainsi, une espèce ne peut pas être considérer comme ennemi de culture que si elle atteint un niveau important pour affecter ces ennemis naturelss.

La lutte biologique implique également l’utilisation des substances d’origine biologique obtenues à partir d’extraits de bactérie, de virus, de champignon ou de plante. C’est le cas au Niger, de l’utilisation de l’huile de neem qui est probablement le  produit le plus utilisé par les producteur ruraux. La matière active (l’équivalent du principe actif dans les produits médicaux) de l’huile de neem est l’azadirachtine.

Les différentes catégories de lutte biologique

Il existe 3 principales catégories de lutte intégrée : la lutte biologique classique, la lutte biologique par conservation et la lutte biologique autocide.

La lutte biologique classique

Appelée souvent lutte biologique par inoculation/inondation, la lutte biologique classique vise à réaliser des lâchés d’agents entomophagène (qui mange les insectes) ou acarophages (qui se nourrit d’acariens) contre un ravageurs déjà présent ou nouvellement introduit dans une région du monde.

Plusieurs auxiliaires sont aujourd’hui élevés et commercialisés à travers le monde. Il faut noter que ces produits sont souvent très chers et donc pas du tout accessibles aux producteurs ruraux qui vivent dans beaucoup de pays en développent. La promotion de la lutte biologique dans ces pays doit passer par le développement des techniques visant à favoriser l’activité des ennemis naturels dans leur environnement ou à réduire l’utilisation des pesticides chimiques toxiques (comme les néonicotinoïdes) aux espèces non cibles notamment les abeilles. Des lâchés peuvent également être appliqués dans les champs, comme c’est le cas de Habrabracon hebetor, un parasitoïde de la chenille mineuse de l’épi de mil (Heliocheilus albipunctuella) au Niger.

Lutte biologique par conservation

La lutte biologique par conservation vise à faciliter la multiplication spontanée d’auxiliaires en aménageant judicieusement leur environnement.

Il faut noter que, la plupart des insecticides chimiques utilisés contre les ennemis des cultures se sont révélés toxiques pour ses auxiliaires. Ainsi, pour favoriser et maintenir la présence des auxiliaires dans ou à côté des champs afin de garantir leur efficacité, il est possible de :

  • diversifier la végétation le long des bordures des champs ;
  • aménager des bandes fleuries dans les parcelles cultivées permettant de créer un réservoir d’insectes auxiliaires ;
  • établir des zones refuges pour favoriser un échange faunique entre les auxiliaires et les zones de culture ;
  • favoriser la lutte chimique raisonnée pour éviter toute rencontre spatiotemporelle entre le toxique et les auxiliaires ou par utilisation des matières agrophamaceutiques homologuées, épargnant les auxiliaires.

La lutte biologique autocide

Cette méthode consiste à réaliser des lâchages de ravageurs (généralement des mâles) dont la capacité de reproduction a été détruite par exposition à des rayonnements ionisants.

L’objectif visé, est de réduire la prolifération des ravageurs en rendant infructueux les accouplements. Au court de cette cette méthode, le comportement sexuel des mâles (appelés aussi mâles stériles) restent intact.

Malgré la subtilité de cette méthode de lutte, celle-ci reste applicable à de très rares cas comme la lutte contre la mouche du melon (Dacus cucurbitae), ou le moustique.

Les acariens phytophages

Généralité sur les Arachnides phytophages

L’histoire des Arachnides est trop vieille et les premiers spécimens datent d’environ 540 millions d’années. Les Arachnides appartiennent à l’embranchement des Arthropodes i.e. les animaux invertébrés (i.e. qui ne possèdent pas de colonne vertébrale) à corps articulé. Les éléments de la classe des Arachnides comporte des individus qui ont colonisés tous les milieux notamment l’eau et la terre ferme. Parmi eux on trouve les acariens, un groupe d’invertébrés qui présente un rôle important dans notre vie socioéconomique notamment en agronomie. La classe des Arachnides comprend également des groupes bien connus de tous : les araignées ou le scorpion. Les acariens sont des « cousins » à d’autres Arthropodes que sont les insectes (mouche, papillon) et les crustacées (crevette).

L’acarologie est la science qui étudie les acariens et les tiques. Tous les tiques sont des acariens mais tous les acariens ne pas des tiques. Les tiques se définissent comme des pestes qui provoquent des maladies aux animaux et à l’homme ou qui leur causent des irritations ou des inflammations (puce, pou). Les acariens eux, sont des ravageurs causant des dégâts sur les cultures par la succion de la sève ou en leur transmettant des maladies.

Qu’est-ce qu’un acarien

Les acariens sont des arachnides généralement de petits taille qui attaquent les cultures, l’homme ou les animaux. Comme tous les arthropodes, les acariens ont un corps articulé possédant un squelette externe (exosquelette) chitineux. Ils sont généralement de microscopiques et quelques micromètres (8 µ). Les plus grands atteignent jusqu’à 1 à 2 cm de long. La morphologie des acariens est unique, en raison de la fusion des différentes parties du corps.

Ils se distinguent des autres arthropodes comme les insectes par plusieurs caractères :

  • quatre (4) paires de pattes notamment chez l’adulte ;
  • un corps composé de deux parties : céphalothorax (tête et thorax combinés) et de l’abdomen ;
  • pas d’antennes et pas d’ailes ;
  • des yeux simples ;
  • un céphalothorax fortement chitineux.

Les acariens jouent un rôle important dans la vie socioéconomique de l’homme. Plusieurs espèces sont des ectoparasites de l’homme et des animaux et sont responsables des maladies. D’autres sont des ravageurs des cultures qu’on trouve dans les bergers, dans les champs et dans les serres où ils causent des dégâts sur les cultures. Ils peuvent attaquer toutes les cultures notamment les cultures maraîchères, les cultures pluviales et fruitières.

Certes cet article traite des acariens d’une manière générale mais nous portons un accent particulier sur les acariens phytophages c’est-à-dire ceux qui causent des dégâts sur les cultures.

Distribution et diversité au sein des acariens

Les acariens sont cosmopolites (i.e. ils sont partout dans monde). Ces petites bêtes ont colonisé tous les habitats terrestres, y compris les eaux douces et les océans. On les trouve sur tous les continents en Afrique, Amérique, Asie, Europe et Océanie. Concernant les acariens phytophages, leur activité est plus importante pendant les périodes chaudes de l’année.

On estime qu’il y a environ 80.000 espèces d’acariens sur terre, mais ce nombre est loin d’être celui de la biodiversité réelle du groupe qui se situe probablement entre 500.000 à 1 million d’espèces. Parmi ces espèces certaines détritivores (ils se nourrissent de la matière organique) contribuant à la fertilisation du sol ou en décomposant les cellules mortes sur le corps humain. D’autres acariens sont phytophages et peuvent causer des dégâts sur les cultures. On connaît depuis un certain temps, la présence d’acariens cannibales. Ces derniers sont utilisés en lutte biologique pour combattre les acariens phytophages.

Classification des acariens

La classification des acariens est trop controversée. Certains acarologues considèrent les acariens comme une sous classe tandis que d’autres les considèrent comme un ordre. Les individus appartenant à la sous-classe des Acari (un taxon de la classe des Arachnida) comportent 6 ordres répartis dans 3 principaux super-ordres. Il s’agit notamment des :

  • Acariformes ou Actinotrichida ;
  • Le super-ordre des Acariformes est le groupe le plus diversifié. Il comporte 2 sous-ordres :
    • Trombidiformes incluant les plus importants acariens ravageurs des plantes (araignées rouges, les acariens à galles, les acariens à pattes rouges) ;
    • Sacariformes qui comportent en leur sein les Orbatidae.
  • Parasitiformes ou Anactinotrichida,

Ce groupe comporte surtout les acariens parasites de l’homme et les animaux. Il contient également les acariens de la famille des Phytoseiidae regroupant des espèces utilisées dans la lutte biologique.

  • Opilioacariformes considérées souvent comme un sous-groupe des Parasitiformes.

Comme tous les êtres vivants, les noms des acariens sont désignés par deux mots latinisés (binôme linnéen). Le premier, le nom de genre, porte une majuscule et le second nom, sans majuscule, est le nom de l’espèce. Les deux noms doivent être en italiques ou soulignés.

Exemple de tétranyque tisserand :

Le nom scientifique de cette espèce d’acarien est Tetranycus urticae. Cet acarien cosmopolite et qui cause d’importants dégâts sur les cultures est également présent au Niger et dans toute la zone tropicale. Des noms vernaculaires lui sont aussi attribués et cela diffèrent d’un pays à l’autre ou d’une localité à l’autre (Tableau 1).

Tableau 1: Classification de l’araignée rouge (Tetranycus urticae).

RoyaumeAnimalia
PhylumArthropoda
Sous-phylumChelicerata
ClasseArachnida
Sous-classeAcari
Super-OrdreAcariformes
OrderThrombidiformes
Sous-ordreProstigmata
FamillesTetranychidae
GenreTetranycus
Nom completTetranycus urtica (Koch 1836)
Nom ordinaireHausa : Gizo gizon tumati, Jan taw taw, Jan kwaro
Autres nomsFrançais : araignée rouge du cotonnier; l'acarien jaune commun; tétranyque à deux points; tétranyque à deux points; tétranyque commun, tétranyque tisserand.
English : two spotted mite; twospotted spider mite, glasshouse red spider mite; greenhouse red spider mite.

Biologie des acariens

La plupart des acariens phytophages (qui nourrissent des plantes) sont des organismes microscopiques (difficiles à voir à l’œil nu). Ce sont êtres vivants de petite taille : de l’ordre du micromètre (8 µ) à quelques centimètres (1 à 2 cm). Les espèces au sein du groupe ont une anatomie unique en son genre dans le règne animale. Ainsi, ils comportent deux principales parties : le céphalothorax (issu de la fusion de la tête et du thorax) et l’abdomen.

Les acariens sont des espèces ovipares (i.e. qui se reproduisent par des œufs) et leur cycle est très complexe comparativement à celui des insectes. Ce cycle comporte quatre principales parties appelées souvent stases : (i) œuf, (2) larve, (3) nymphe et (4) adulte.

Ainsi, après la ponte des œufs, se succèdent plusieurs étapes appelées « stases ». Chez les acariens le terme « stase » est utilisé pour désigner les stades larvaire, nymphale et adulte, contrairement aux insectes où l’on parle tout simplement de « stade ». Le terme stase est utilisé par les acarologues à cause de la complexité du cycle, juste une manière de différencier les différentes étapes ou stases des étapes intermédiaires ou stades. De ce fait, les stases larvaire, nymphale et adulte sont intercalées par des stades.

Contrairement aux insectes, les acariens possèdent 4 paires de pattes qui apparaissent progressivement au cours de leur développement. En effet, après l’éclosion de l’œuf, la larve (appelée hexapode) possède 3 paires de pattes. Ce n’est qu’au cours de sa croissance qu’elle acquière la quatrième paire de pattes. En général, le cycle biologique des acariens comportent 4 principales stases : œuf, larve, nymphe et adulte. La durée du cycle est variable selon l’espèce et les conditions du milieu. Par exemple, le cycle du tétranyque tisserand (Tetranycus urticae) varie entre 8 à 12 jours à 30-32° C. l’optimun de développement se situe entre 23 à 30° C et à une humidité relative inférieure à 50%. Il peut y avoir plus de 30 générations par ans dans les régions tropicales ou dans les serres (culture en conditions contrôlées). Néanmoins, ce cycle peut aller jusqu’à plus de 40 jours dans les zones où il fait froid.

Comportement des acariens

Sur les cultures, les acariens se cachent habituellement sur la face inférieure des feuilles surtout pendant les périodes chaudes de la journée. Ils peuvent également attaquer les autres parties de la plante (tiges, fruits et fleurs) et s’y nourrissent. Par exemple sur les feuilles, les acariens effectuent des piqures nutritionnelles en suçant les éléments nutritifs de la plante. Ils sont de couleur variable : rouge, rouge-orangé, jaune, jaune avec des points rouges, verte, etc. Cependant, la couleur peut changer en fonction de plusieurs facteurs tels que l’âge, la nourriture et le sexe. Il existe également un dimorphisme chez certaines espèces d’acariens. Par exemple chez tétranyque tisserand, la femelle est plus robuste que le mâle.

Les acariens se sont adaptés au cours de l’évolution à des conditions climatiques drastiques. Ils aiment beaucoup les températures élevées et peuvent résister à des faibles hygrométries. C’est pour cela on les considère comme l’un des plus important ravageurs dans les pays du Sahel. L’espèce appelée tetranyque tisserand tissent une toile soyeuse (comme pour les araignées) dans leur habitat. La toile leur procurer beaucoup d’avantages notamment le maintien de l’humidité, de la protection contre les aléas climatiques (le vent, l’eau) ou les prédateurs (auxiliaires). Elle permet aussi de se déplacer pour coloniser d’autres endroits en passant d’une plante à l’autre.

L’impact des acariens sur nous

Les acariens s’attaquent aussi bien aux animaux qu’aux plantes. Ainsi, plusieurs espèces d’acariens (appelés souvent tiques) sont parasites pour l’homme et pour les animaux. C’est l’exemple des tiques, des puces qui sucent le sang. Certains acariens constituent une menace pour la sécurité alimentaire parce qu’ils s’attaquent aux insectes pollinisateurs (abeilles).

Dans les champs (comme les insectes), les acariens sont également responsables des dégâts importants sur les cultures. Cependant, il y a des espèces d’acariens qui sont des prédateurs naturels (agent de lutte biologique) des acariens qui s’attaquent à nos cultures.

Il y a ici un besoin crucial de savoir quelles méthodes de lutte (par exemple le choix de pesticide adéquat) on doit utiliser pour ne pas nuire à cette catégorie d’acariens qui nous aident à combattre les acariens qui ravagent nos cultures.

Acariens ravageurs des plantes

Les acariens causent des dégâts énormes sur les cultures en s’attaquant directement aux plantes. Tous les acariens phytophages se nourrissent de la sève des plantes qu’ils sucent à travers leurs pièces buccales. C’est type de dommage est appelé « dégât direct ».

Bien qu’ils soient connus pour leurs actions dévastatrices par succion de la sève, on connaît récemment que certaines espèces d’acariens sont aussi impliquées dans la transmission des virus. Les acariens transmettant des virus appartiennent aux genres Aceria, Cecidophyopsis, Brevipalpus, Phytoptus, et Phyllocoptes.

Les acariens ayant une importance agronomique se rencontrent principalement autour 5 grandes familles :

  • Tetranychidae ou les vrais acariens rouges ;
  • Tarsonemidae communément appelés tarsonèmes ;
  • Eriophyidae, regroupant les acariens qui provoquent des galles chez les plantes ;
  • Tenuipalpidae, ou faux acariens tisserands ;
  • Phytoseiida, comportant pour l’essentiel des acariens prédateurs.

Acariens comme agents de lutte biologique

Les acariens d’intérêt agronomiques ne sont tous dommageables pour les cultures. En effet, il existe des acariens prédateurs naturels qui se nourrissent d’autres espèces d’acariens ravageurs des cultures. C’est le cas des espèces appartenant aux familles des Phytoseiidae (ou phytoséïdes), Anystidae, Stigmaeidae. Des espèces de la famille des Phytoseiidae, qui comporte jusqu’à environ plus de 2000 espèces, sont utilisées dans la lutte biologique pour combattre les acariens rouges et les acariens jaunes.

Il est important dans un programme de lutte contre les acariens phytophages, de prendre en compte la présence des ennemis naturels, soit :

  • en favorisant la présence et l’activité des acariens prédateurs ;
  • ou en réalisant une lutte chimique raisonnée (en cas de nécessité d’un traitement chimique) épargnant les prédateurs.

Certains acariens aussi jouent un rôle important dans la fertilisation des sols en dégradant la matière organique.

Dégâts causés par les acariens

Sur les cultures, les acariens engendrent des dégâts énormes qui vont jusqu’à la perte totale de la production. Par exemple au Niger, les dégâts des acariens rouges peuvent persister même durant les périodes de fortes chaleurs (entre avril et juin) où les températures dépassent souvent les 40° C. en s’attaquant aux plantes, ils sucent le contenu cellulaire dont la chlorophylle et engendrent des jaunissements et des chloroses sur les feuilles. Les feuilles sont piquetées de points blancs et deviennent ternes (aubergine, arachide). Les feuilles peuvent aussi avoir un teinte bronze à brunâtre (tomate).

Certaines espèces d’acariens provoquent des enroulements, des déformations des feuilles. C’est le cas de l’espèce Eriopyes vitis qui provoque l’érionose sur la vigne (déformation des feuilles). Les acariens sont aussi responsables de dessèchement et la chute des feuilles, l’avortement des fleurs ainsi que l’apparition des taches liégeuses et crevassées sur les fruits (poivron, aubergine, concombre). Les acariens de la famille des Tetranychidae tissent des toiles comme celles des araignées.

Stratégies de lutte contre les acariens

A cause leur biologie et de leur comportement, les acariens sont difficiles à contrôler. Ils ont un cycle de vie très court (jusqu’à 30 générations par an dans les pays tropicaux). En plus, ils sont trop polyphages car ils possèdent plusieurs plantes hôtes cultivées et sauvages (le tétranyque tisserand peut s’attaquer à plus de 900 espèces de plantes).

Ce phénomène a facilité le développement des résistances vis-à-vis de plusieurs matières actives. De ce fait, il est nécessaire d’adopter un schéma de lutte intégrée en combinant plusieurs méthodes (surveillance, bonnes pratiques agricoles, méthodes biologique et chimique) pour combattre effacement les acariens. Ce schéma retrace les différentes stratégies qui peuvent être adaptées, en fonction des conditions climatiques, de la localité ou des exigences en matière de la lutte phytosanitaire (lutte chimique) dans votre pays.

Stratégie I : Monitoring et Réduction des populations des acariens

Il s’agit ici de l’inspection (monitoring) des parcelles pour détecter la présence des acariens. Ces derniers sont surtout présents sur la face inférieure des feuilles ou dans les toiles qu’ils tissent (surtout au niveau des parties apicales des plantes). Concernant les cultures maraîchères, le monitoring doit commencer depuis la pépinière. Dans tous les cas, il doit se poursuivre régulièrement du semis jusqu’à la récolte.
L’objectif visé à travers cette stratégie est de permettre d’évaluer les populations de nuisibles (détermination du seuil d’intervention) avant d’engager toute méthode de lutte susceptible de coûter de l’argent.

Utilisation des pièges

Les pièges attrapent physiquement les acariens dans un champ. De nos jours, plusieurs sociétés sont spécialisées dans la commercialisation des pièges. L’utilisation des pièges présente plusieurs avantages :

  • suivre l’évolution de nouvelles populations d’acariens ;
  • indiquer précisément la zone la plus affectée (dans le champ) et adopter des mesures additionnelles ;
  • réduire les populations des acariens ;
  • déterminer la période optimale pour engager toute méthode de lutte ;
  • intervenir sous seuil i.e. réduire l’utilisation des pesticides chimiques.

Stratégie II : Pratique culturale

Plusieurs méthodes de lutte culturale peuvent être appliquées pour combattre efficacement les acariens phytophages.

  • harmoniser la lutte avec ses voisins (champs environnants) ;
  • inspecter les parcelles régulièrement pour détecter les premiers foyers  d’infection puis effeuiller les feuilles attaquées ;
  • réaliser la rotation et/ou l’association culturale avec des plantes non hôtes ;
  • réduire la migration des individus par la formation des haies au tour des champs ;
  • appliquer un labour profond ou la solarisation pour détruire les formes de survie des acariens ;
  • produire des plants dans un abri insect-proof (sous une moustiquaire ou en utilisant un filet anti-insectes) ;
  • surveiller la qualité sanitaire des plants puis éliminer ceux qui présentent des signes suspects ;
  • assurer une fertilisation adéquate dans le champ ;
  • augmenter le taux d’humidité surtout en serre car les acariens n’aiment pas l’humidité (mais attention aux champignons) ;
  • en cas de fortes pullulations, traiter les plants avec des acaricides homologués avant de les arracher ;
  • ramasser, détruire ou brûler les feuilles et les fruits attaqués qui sont tombés sur sol ;
  • détruire les plantes adventices (ou mauvaises herbes).

Stratégie III : Lutte biologique par utilisation des ennemis naturels

Les acariens comportent plusieurs ennemis naturels ou prédateurs qui sont pour la plupart du dit groupe. Ainsi, les acariens prédateurs se trouvent principalement dans les familles de Phytoseiidae, Anystidae, Stigmaeidae. C’est le cas Phytoseiulus persimilis, un prédateur du tétranyque tisserand.

Cette technique consiste à faire des lâchés de préparations d’acariens prédateurs dans un champ. En consommant les acariens ravageurs, les prédateurs vont contribuer à la réduction de de leurs populations. De nos jours, plusieurs sociétés commercialisent des préparations de cet acarien prédateur.

En plus, il existe parmi les insectes des prédateurs des acariens. Certaines espèces de thrips ou de chrysopes se nourrissent des acariens.

Stratégie IV : Lutte chimique et gestion de la résistance

La méthode la plus utilisée pour combattre les acariens demeure la lutte chimique. L’impact économique des dégâts causés sur les cultures conduit à une utilisation excessive d’acaricides par les producteurs. Ce phénomène n’est pas sans conséquence puisqu’il a engendré, presque partout dans le monde, l’apparition des résistances vis-à-vis de plusieurs familles de pesticides.

Les acariens ont développé des résistances à la plupart des organophosphorés, entrainant le retrait de leur usage acaricide dans beaucoup de pays de l’Union Européenne. En plus, la gamme de matières actives recommandées contre les acariens est restreinte contrairement aux insectes. Des pesticides contenant les matières actives comme l’Abamectine, l’Acrinathine, l’Etoxazole, le Fenazaquin ou l’Hexythiazox sont recommandées contre ces ravageurs.

De toutes ces matières actives seule l’Abamectine est présente dans les produits homologués utilisés au Niger en 2016. Ce phénomène augmente les risques de développement de résistance.

La plupart des producteurs nigériens utilisent des pesticides contenant la matière active appelée Dichlorvos ou DDVP (on l’appelle Pia-pia en Hausa). L’utilisation systématique et abusive (sans respect de la dose et de l’intervalle entre les traitements) de ces produits a fait que les acariens ont développé des résistances et cela depuis plusieurs années.

La résistance aux acaricides est un sérieux problème surtout concernant les tétranyques tisserands qui sont des champions parmi les espèces ayant développés des résistances vis-à-vis des pesticides chimiques. Par exemple, l’araignée rouge a développé des résistances sur plus de 80 acaricides dans le monde.

Notons qu’un traitement chimique ne peut être efficace que s’il est appliqué en temps voulu (période d’activité de l’insecte), à la bonne dose, avec un volume de bouillie suffisant et un matériel de pulvérisation adapté à la culture.

De plus, quelle que soit la batterie de méthodes de lutte mises en place par un producteur, celles-ci ne peut être efficaces que lorsqu’il y a une concertation entre les champs environnants. Cette stratégie est cruciale dans les pays en développement notamment au Niger où se pratique l’agriculture familiale. Cette dernières est un système de culture où les agriculteurs groupés sur un site de quelques dizaines d’hectares, les cultures sont réalisées sur plusieurs petites exploitations d’environ 200 à 1000 m².

Quelques références citées

Alford D.V., 1999. A textbook of agricultural entomology. Blackwell Science.
Gulati, R., 2014. Eco-Friendly Management of Phytophagous Mites. In D. P. Abrol Ed: Integrated Pest Management. Elsevier Inc.
Hoy M.A., 2011. Agricultural Acarology: Introduction to Integrated Mite Management. CRC Press.
Yu S.J., 2008. The toxicology and biochemistry of insecticides. CRC Press.

Quelques liens utiles en Acarologie

La recherche de document en Acarologie étant difficile, nous vous proposons à travers cet article des liens qui pourraient vous aider dans vos recherches.

Acarology homepage: http://www.nhm.ac.uk/hosted_sites/acarology/
Acarology.org: http://www.acarology.org/
Acarological Society of America: http://www.acariweb.com/ASA
Experimental and Applied Acarology: http://www.springerlink.com/content/100158/
European Association of Acarologists: https://euraac.webs.upv.es/index.php
Ohio State Acarology Laboratory (OSAL): http://www.biosci.ohio-state.edu/~acarolog/index.html
Journal: http://tolweb.org/tree?group=Acari&contgroup=Arachnida

Lutte intégrée

La lutte intégrée consiste en l’association de plusieurs méthodes dans le but de maintenir les populations des nuisibles (ennemis des cultures) à des niveaux inférieurs à ceux causant des dommages d’importance économique.

Dans les pays en développement la lutte chimique demeure le moyen privilégié des agriculteurs pour combattre les ennemis des cultures. Mais avec la lutte intégrée, le producteur considère la lutte chimique comme un outil parmi l’éventail de méthode de lutte dont il dispose.

Les pesticides chimique font partie de notre quotidien, il ne s’agit nullement ici d’une agriculture sans pesticides chimiques. On parle tout simplement d’une agriculture avec moins de pesticides.

En résumé, la lutte intégrée se définie comme un système de gestion des populations d’ennemis des cultures qui, dans le contexte de l’environnement et des dynamiques des populations des espèces nuisibles, met en œuvre toutes les techniques appropriées, d’une manière aussi compatible que possible, pour les maintenir à des niveaux inférieurs à ceux causant des dommages d’importance économique.

A quand appliquions-nous l’IPM ?

Certes, il faut avoir un savoir-faire ou de l’expertise pour combattre efficacement les nuisibles dans un champ, mais la lutte intégrée fait partie, en quelque sorte, du quotidien des agriculteurs sans qu’ils ne s’en rendent compte. En effet, presque chaque producteur applique au moins la lutte intégrée à travers les pratiques normales ancestrales. Ces dernières impliquent la prise de toute action pour anticiper, d’une part l’explosion des bioagresseurs et d’autre part prévenir les pertes potentielles en utilisant une large gamme de tactiques et de stratégies. L’objectif ici est d’empêcher les ravageurs d’atteindre le seuil économique tout en réduisant les risques inhérents de la méthode de lutte appliquée, sur la santé humaine et sur l’environnement.

Éléments importants d’un programme de lutte intégrée

La planification constitue la pierre angulaire dans un programme de l’IPM. Chaque culture possède des ennemis qui sont inféodés à son cycle de vie et cela doit être pris en compte.

Un bon programme de lutte intégrée comporte au moins 3 composantes :

  • l’identification et le monitoring des ravageurs ;
  • la sélection des meilleures méthodes de lutte disponibles ;
  • l’évaluation de l’efficacité des méthodes appliquées.

Identification et monitoring

Il est important de savoir ce qui se passe dans son champ avant la prise de décision. Un organisme ne peut être considéré comme nuisible que lorsqu’il cause des dommages économiques à la culture. La surveillance (ou monitoring) est donc la clé pour tout programme de l’IPM puisqu’elle permet de déterminer précocement des potentiels problèmes dans un champ. Ainsi, il est important de surveiller régulièrement son champ en utilisant des méthodes d’identification et de monitoring appropriées. Pour surveiller efficacement son champ il faut :

  • connaître les différentes caractéristiques de la plantes et être capable de différencier la plante lorsqu’elle attaquée ou dans un état anormal ;
  • identifier la cause du problème i.e. l’ennemi de culture qui en est responsable puis que chaque ravageurs ou agent pathogène possède des symptômes caractéristiques ;
  • Localiser l’endroit où se trouve le problème ;
  • Déterminer le stade de développement du ravageur (œuf, larve, pupe ou adulte) ;

Sélectionner les meilleures méthodes de lutte

L’objectif visé est d’utiliser les méthodes qui soient pratiques, efficaces, économiques et respectueuses de l’environnement. Ainsi il faut :

  • connaître le cycle biologique et le comportement du ravageur. Certaines méthodes ne sont efficaces que lorsqu’elles sont utilisées au bon moment ;
  • déterminer le niveau d’infestation (seuil économique) ;
  • comparer le coût et le bénéfice des différentes méthodes.

La présence des nuisibles n’est pas toujours synonyme de perte. Pour justifier le coût de la méthode, la population des bioagresseurs doit être assez grande pour causer des dégâts importants. Il existe des termes économiques qui permettent de déterminer la rentabilité de l’utilisation d’une méthode de lutte.

(i) Seuil de nuisibilité économique : c’est la plus faible population de ravageur pouvant causer des dégâts. Pour plusieurs ravageurs, il est important de prendre plusieurs mesures avant d’atteindre ce seuil.

(ii) Seuil économique : c’est le niveau de densité de la population de bioagresseur auquel un traitement phytosanitaire devrait être appliqué pour maintenir sa population en dessous du seuil de nuisibilité économique. C’est le niveau au cours duquel le coût de traitement devient inférieur au coût des dégâts estimés.

(iii) Dégâts économiques : c’est lorsque les dégâts causés sur la culture dépassent le coût de la méthode de lutte. A ce niveau toute intervention couterait très chère à l’agriculteur.

Evaluation de l’efficacité des méthodes appliquées

L’évaluation de l’efficacité des méthodes utilisées est une étape cruciale dans un programme de l’IPM. Il est important avant de réexécuter un programme de lutte intégrée, de savoir comment les tactiques utilisées marchent, quelle est leurs efficacités, leurs faiblesses, les changements à opérer et quel est leurs impacts sur l’environnement ?

Méthodes de lutte intégrée

Le but d’un programme de lutte intégrée est de maintenir, les populations des ennemis des cultures à un niveau acceptable à celui causant des pertes économiques sur les cultures tout en réduisant les risques sur la santé humaine et sur l’environnement. Cela implique l’association de plusieurs méthodes en un seul système intégrée.

Méthodes de gestion des ennemis des cultures

Méthodes culturales

Ces techniques visent à défavoriser le développement des bioagresseurs tout en modifiant leur environnement et leur comportement afin de prévenir ou réduire une infestation ou en mettant la culture dans les meilleures conditions possibles.

En plus, ces méthodes consistent à adapter le système cultural afin de limiter les dommages des bioagresseurs. Elles comportent les pratiques culturales notamment : le choix du site, la rotation et l’association culturale, la modification de la date et de la densité de semis, la gestion équilibrée de la fertilisation, les techniques d’irrigation, le labourage, le malching, le désherbage et l’élimination des résidus des cultures.

Méthodes biologiques

La lutte biologique est l’utilisation par l’homme, des substances d’origine biologique ou d’ennemis naturels (ou auxiliaires) tels que les prédateurs, les parasitoïdes, des agents pathogènes pour contrôler les populations d’espèces nuisibles et les maintenir en dessous du seuil de nuisibilité. Dans leur environnement, tous les bioagresseurs ont des ennemis naturels qui les combattent efficacement (dans certaines situations).

Parmi ces ennemis naturels on peut trouver des insectes, des acariens, des agents pathogènes (bactérie, champignon, virus) ou des animaux. La lutte biologique implique aussi l’utilisation des substances d’origine biologique obtenues à partir d’extraits de bactérie, champignon ou de plante.

Méthodes génétiques

Certaines plantes peuvent être sélectionnés et utilisés pour des caractéristiques physiques qui fournissent une résistance physiologique vis-à-vis des bioagresseurs. Cette méthode consiste en la sélection et la diffusion des variétés résistantes ou tolérantes.

Méthodes chimiques

La lutte chimique joue un rôle important dans un programme de lutte intégrée. Pour combattre les bioagresseurs les agriculteurs utilisent très souvent des pesticides chimiques.

Un « pesticide », ou tout simplement « phytos » est une substance ou association de substances destinées à repousser, détruire ou combattre :

  • les ravageurs (insectes, acariens, rongeurs) ;
  • les agents pathogènes causant des dommages pendant la production, le stockage ou la commercialisation des produits agricoles ;
  • les végétaux indésirables appelés mauvaises herbes ou adventices.

Les pesticides peuvent aussi être des substances exerçant une action sur les processus vitaux des plantes. C’est le cas des régulateurs et des stimulateurs de croissance, une nouvelle catégorie de produits commercialisée de nos jours.

L’utilisation des pesticides considérée comme méthode conventionnelle est la pratique prédominante pour combattre les nuisible à travers le monde, surtout dans les pays en développement. Cette méthode est relativement moins chère et présente un large spectre, autrement dit, elle permet de tuer une large gamme d’espèces de nuisibles. Certes, la méthode chimique est simple et facile à comprendre et à appliquer par les agriculteurs mais celle-ci n’est pas sans conséquence et cela pour plusieurs raisons :

  • elle provoque le développement des résistances vis-à-vis des pesticides ;
  • elle est responsable du problème des résidus sur les denrées alimentaires ;
  • elle crée des problèmes de santé pour les applicateurs ;
  • elle contribue à la destruction des espèces non cibles (en particulier les espèces bénéfiques) ;
  • elle a des effets néfastes sur l’environnement (contamination des ressources en eau) ;
  • elle est responsable des aérosols (après un traitement chimique) qui peuvent atteindre les habitations ou les champs voisins.

Méthodes physiques

La lutte physique est l’utilisation des méthodes non chimiques ou biologiques, permettant de perturber la physiologie ou le comportement d’un ennemi de culture par le biais de différents stimuli d’origine physique (mécanique, thermique, électromagnétique, pneumatique), afin de le combattre dans une zone à protéger. Cette méthode inclut la destruction mécanique des bioagresseurs ou des parties de la plante attaquées, des barrières naturelles (haies), l’utilisation du stress thermique (la chaleur ou le froid), des radiations, des pièges et la solarisation pour prévenir l’activité des bioagresseurs.

Le contrôle mécanique comporte l’utilisation des machines ou autres méthodes physiques pour modifier l’environnement des bioagresseurs.

La lutte thermique contre les insectes phytophages ou les agents phytopathogènes (bactérie, champignon) inclut aussi le traitement thermique des semences, la thermothérapie (cas des cellules) ou le brûlage des résidus de cultures qui hébergent les parasites.

La Solarisation est une technique de lutte thermique pour lutter contre les parasites qui se développent dans le sol. Elle consiste à placer une bâche de couleur noire sur le sol à traiter. Le plastique permet de concentrer l’énergie solaire, ce qui conduit à la montée de la température du sol et du coup la destruction des nuisibles.

Pourquoi pratiquer l’IPM ?

Devons-nous nous tourner vers l’IPM même lorsqu’on obtient des résultats satisfaisants avec la lutte chimique ? Plusieurs raisons le justifient :

(i) Les pesticides peuvent être inefficaces.

L’efficacité des substances chimiques n’est pas toujours garantie et les ravageurs peuvent développer des résistances. En plus, les ravageurs peuvent survire lorsque :

  • le produit n’atteint pas sa cible (mauvaise application du produit) ;
  • il est lavé, en cas de pluie ;
  • il est appliqué avec un matériel inadéquat ;
  • il n’est pas utilisé au moment opportun (période d’activité du ravageur) ou à la bonne dose ;
  • il n’est pas utilisé au stade approprié du cycle biologique du ravageur.

(ii) L’IPM permet d’économiser de l’argent.

Elle permet d’éviter des pertes de rendement causées par les ravageurs ou prévenir une utilisation inutile des pesticides

(iii) L’IPM garantit une meilleure santé publique.

Le respect des normes dans l’utilisation des pesticides permettent réduire les risques inhérents des produits chimiques sur la santé des consommateurs.

(iv) Elle permet de maintenir l’équilibre de l’écosystème et réduire les risques sur l’environnement.

Dans un écosystème donné il y a plusieurs organismes selon un équilibre bien établi. Une atteinte à un organisme se répercute le plus souvent sur tous les maillons de la chaîne. Ainsi, l’utilisation des pesticides chimiques peut contrebalancer cet équilibre en détruisant les espèces bénéfiques (agents de lutte biologique) et favoriser les ravageurs eux-mêmes. L’IPM contribue à la sauvegarde de l’environnement par la réduction de la contamination des eaux, la persistance des pesticides et leurs effets sur les organismes vivants comme les poissons ou les vers de terre.

Perspectives de lutte intégrée dans les pays en développement

La lutte intégrée n’est nullement une panacée pour la lutte contre les ennemis des cultures. Toutefois, c’est la meilleure approche pour gérer les nuisibles avec moins de conséquences néfastes sur la vie des hommes et des animaux et sur l’environnement. Pour la bonne marche d’un programme de lutte intégrée, de gros efforts doivent être consentis tant au niveau politique que du côté des agriculteurs mais aussi de toute les structures impliquées dans le processus d’appui conseil. En outre, il est important de développer des approches prenant en compte la participation des tous les acteurs, la négociation et le plaidoyer auprès des décideurs politiques.

Pour une meilleure coordination et une réduction de la fragmentation des efforts qui surgissent lors de l’exécution d’un programme de l’IPM, il est important d’adopter le concept de « système d’innovation de l’Agriculture ou SIA ». Le SIA est un système participatif dans lequel l’agriculture moderne ne peut se maintenir que s’il y a une synergie entre les chercheurs, les agents de vulgarisation, les agriculteurs, les organisations des producteurs (OP), les commerçants, la société civile et toute autre structure impliquée dans le développement de l’Agriculture.

Acariens

Qu’est-ce qu’un acarien

Les acariens sont des arachnides généralement de petits taille qui attaquent les cultures, l’homme ou les animaux. Comme tous les arthropodes, les acariens ont un corps articulé possédant un squelette externe (exosquelette) chitineux. Ils sont généralement de microscopiques et quelques micromètres (8 µ). Les plus grands peuvent avoir jusqu’à 1 à 2 cm de long. La morphologie des acariens est unique, en raison de la fusion des différentes parties du corps.

Ils se distinguent des autres arthropodes comme les insectes par plusieurs caractères :

  • quatre (4) paires de pattes notamment chez l’adulte ;
  • un corps composé de deux parties : céphalothorax (tête et thorax combinés) et de l’abdomen ;
  • pas d’antennes et pas d’ailes ;
  • des yeux simples ;
  • un céphalothorax fortement chitineux.

Distribution et diversité au sein des acariens

Les acariens sont cosmopolites (i.e. ils sont partout dans monde). Ces petites bêtes ont colonisé tous les habitats terrestres, y compris les eaux douces et les océans. On les trouve sur tous les continents en Afrique, Amérique, Asie, Europe et Océanie. Concernant les acariens phytophages, leur activité est plus importante pendant les périodes chaudes de l’année.

On estime qu’il y a environ 80.000 espèces d’acariens sur terre, mais ce nombre est loin d’être celui de la biodiversité réelle du groupe qui se situe probablement entre 500.000 à 1 million d’espèces. Parmi ces espèces certaines détritivores (ils se nourrissent de la matière organique) contribuant à la fertilisation du sol ou en décomposant les cellules mortes sur le corps humain. D’autres acariens sont phytophages et peuvent causer des dégâts sur les cultures. On connaît depuis un certain temps, la présence d’acariens cannibales. Ces derniers sont utilisés en lutte biologique pour combattre les acariens phytophages.

Classification des acariens

La classification des acariens est trop controversée. Certains acarologues considèrent les acariens comme une sous classe tandis que d’autres les considèrent comme un ordre. Les individus appartenant à la sous-classe des Acari (un taxon de la classe des Arachnida) comportent 6 ordres répartis dans 3 principaux super-ordres. Il s’agit notamment des :

  • Acariformes ou Actinotrichida ;
  • Le super-ordre des Acariformes est le groupe le plus diversifié. Il comporte 2 sous-ordres :
    • Trombidiformes incluant les plus importants acariens ravageurs des plantes (araignées rouges, les acariens à galles, les acariens à pattes rouges) ;
    • Sacariformes qui comportent en leur sein les Orbatidae.
  • Parasitiformes ou Anactinotrichida,

Ce groupe comporte surtout les acariens parasites de l’homme et les animaux. Il contient également les acariens de la famille des Phytoseiidae regroupant des espèces utilisées dans la lutte biologique.

  • Opilioacariformes considérées souvent comme un sous-groupe des Parasitiformes.Exemple de tétranyque tisserand :

Tableau 1: Classification de l’araignée rouge (Tetranycus urticae).

RoyaumeAnimalia
PhylumArthropoda
Sous-phylumChelicerata
ClasseArachnida
Sous-classeAcari
Super-OrdreAcariformes
OrderThrombidiformes
Sous-ordreProstigmata
FamillesTetranychidae
GenreTetranycus
Nom completTetranycus urtica (Koch 1836)
Nom ordinaireHausa : Gizo gizon tumati, Jan taw taw, Jan kwaro
Autres nomsFrançais : araignée rouge du cotonnier; l'acarien jaune commun; tétranyque à deux points; tétranyque à deux points; tétranyque commun, tétranyque tisserand.
English : two spotted mite; twospotted spider mite, glasshouse red spider mite; greenhouse red spider mite.

Le nom scientifique de cette espèce d’acarien est Tetranycus urticae. Cet acarien cosmopolite et qui cause d’importants dégâts sur les cultures est également présent au Niger et dans toute la zone tropicale. Des noms vernaculaires lui sont aussi attribués et cela diffèrent d’un pays à l’autre ou d’une localité à l’autre (Tableau 1).

Comme tous les êtres vivants, les noms des acariens sont désignés par deux mots latinisés (binôme linnéen). Le premier, le nom de genre, porte une majuscule et le second nom, sans majuscule, est le nom de l’espèce. Les deux noms doivent être en italiques ou soulignés.

L’impact des acariens sur nous

Les acariens s’attaquent aussi bien aux animaux qu’aux plantes. Ainsi, plusieurs espèces d’acariens (appelés souvent tiques) sont parasites pour l’homme et pour les animaux. C’est l’exemple des tiques, des puces qui sucent le sang. Certains acariens constituent une menace pour la sécurité alimentaire parce qu’ils s’attaquent aux insectes pollinisateurs (abeilles).

Dans les champs (comme les insectes), les acariens sont également responsables des dégâts importants sur les cultures. Cependant, il y a des espèces d’acariens qui sont des prédateurs naturels (agent de lutte biologique) des acariens qui s’attaquent à nos cultures.

Il y a ici un besoin crucial de savoir quelles méthodes de lutte (par exemple le choix de pesticide adéquat) on doit utiliser pour ne pas nuire à cette catégorie d’acariens qui nous aident à combattre les acariens qui ravagent nos cultures.

Acariens ravageurs des plantes

Les acariens causent des dégâts énormes sur les cultures en s’attaquant directement aux plantes. Tous les acariens phytophages se nourrissent de la sève des plantes qu’ils sucent à travers leurs pièces buccales. C’est type de dommage est appelé « dégât direct ».

Bien qu’ils soient connus pour leurs actions dévastatrices par succion de la sève, on connaît récemment que certaines espèces d’acariens sont aussi impliquées dans la transmission des virus. Les acariens transmettant des virus appartiennent aux genres Aceria, Cecidophyopsis, Brevipalpus, Phytoptus, et Phyllocoptes.

Les acariens ayant une importance agronomique se rencontrent principalement autour 5 grandes familles :

  • Tetranychidae ou les vrais acariens rouges ;
  • Tarsonemidae communément appelés tarsonèmes ;
  • Eriophyidae, regroupant les acariens qui provoquent des galles chez les plantes ;
  • Tenuipalpidae, ou faux acariens tisserands ;
  • Phytoseiida, comportant pour l’essentiel des acariens prédateurs.

Acariens comme agents de lutte biologique

Les acariens d’intérêt agronomiques ne sont tous dommageables pour les cultures. En effet, il existe des acariens prédateurs naturels qui se nourrissent d’autres espèces d’acariens ravageurs des cultures. C’est le cas des espèces appartenant aux familles des Phytoseiidae (ou phytoséïdes), Anystidae, Stigmaeidae. Des espèces de la famille des Phytoseiidae, qui comporte jusqu’à environ plus de 2000 espèces, sont utilisées dans la lutte biologique pour combattre les acariens rouges et les acariens jaunes.

Il est important dans un programme de lutte contre les acariens phytophages, de prendre en compte la présence des ennemis naturels, soit :

  • en favorisant la présence et l’activité des acariens prédateurs ;
  • ou en réalisant une lutte chimique raisonnée (en cas de nécessité d’un traitement chimique) épargnant les prédateurs.

Dégâts causés par les acariens

Sur les cultures, les acariens engendrent des dégâts énormes qui vont jusqu’à la perte totale de la production. Par exemple au Niger, les dégâts des acariens rouges peuvent persister même durant les périodes de fortes chaleurs (entre avril et juin) où les températures dépassent souvent les 40° C. en s’attaquant aux plantes, ils sucent le contenu cellulaire dont la chlorophylle et engendrent des jaunissements et des chloroses sur les feuilles. Les feuilles sont piquetées de points blancs et deviennent ternes (aubergine, arachide). Les feuilles peuvent aussi avoir un teinte bronze à brunâtre (tomate).

Certaines espèces d’acariens provoquent des enroulements, des déformations des feuilles. C’est le cas de l’espèce Eriopyes vitis qui provoque l’érionose sur la vigne (déformation des feuilles). Les acariens sont aussi responsables de dessèchement et la chute des feuilles, l’avortement des fleurs ainsi que l’apparition des taches liégeuses et crevassées sur les fruits (poivron, aubergine, concombre). Les acariens de la famille des Tetranychidae tissent des toiles comme celles des araignées.A cause leur biologie et de leur comportement, les acariens sont difficiles à contrôler. Ils ont un cycle de vie très court (jusqu’à 30 générations par an dans les pays tropicaux). En plus, ils sont trop polyphages car ils possèdent plusieurs plantes hôtes cultivées et sauvages (le tétranyque tisserand peut s’attaquer à plus de 900 espèces de plantes).

Stratégies de lutte contre les acariens

A cause leur biologie et de leur comportement, les acariens sont difficiles à contrôler. Ils ont un cycle de vie très court (jusqu’à 30 générations par an dans les pays tropicaux). En plus, ils sont trop polyphages car ils possèdent plusieurs plantes hôtes cultivées et sauvages (le tétranyque tisserand peut s’attaquer à plus de 900 espèces de plantes).

Ce phénomène a facilité le développement des résistances vis-à-vis de plusieurs matières actives. De ce fait, il est nécessaire d’adopter un schéma de lutte intégrée en combinant plusieurs méthodes (surveillance, bonnes pratiques agricoles, méthodes biologique et chimique) pour combattre effacement les acariens. Ce schéma retrace les différentes stratégies qui peuvent être adaptées, en fonction des conditions climatiques, de la localité ou des exigences en matière de la lutte phytosanitaire (lutte chimique) dans votre pays.

Stratégie I : Monitoring et Réduction des populations d’acariens

Il s’agit ici de l’inspection (monitoring) des parcelles pour détecter la présence des acariens. Ces derniers sont surtout présents sur la face inférieure des feuilles ou dans les toiles qu’ils tissent (surtout au niveau des parties apicales des plantes). Concernant les cultures maraîchères, le monitoring doit commencer depuis la pépinière. Dans tous les cas, il doit se poursuivre régulièrement du semis jusqu’à la récolte.

L’objectif visé à travers cette stratégie est de permettre d’évaluer les populations de nuisibles (détermination du seuil d’intervention) avant d’engager toute méthode de lutte susceptible de coûter de l’argent.

Stratégie II : Pratique culturale

Plusieurs méthodes de lutte culturale peuvent être appliquées pour combattre efficacement les acariens phytophages.

  • harmoniser la lutte avec ses voisins (champs environnants) ;
  • inspecter les parcelles régulièrement pour détecter les premiers foyers  d’infection puis effeuiller les feuilles attaquées ;
  • réaliser la rotation et/ou l’association culturale avec des plantes non hôtes ;
  • réduire la migration des individus par la formation des haies au tour des champs ;
  • appliquer un labour profond ou la solarisation pour détruire les formes de survie des acariens ;
  • produire des plants dans un abri insect-proof (sous une moustiquaire ou en utilisant un filet anti-insectes) ;
  • surveiller la qualité sanitaire des plants puis éliminer ceux qui présentent des signes suspects ;
  • assurer une fertilisation adéquate dans le champ ;
  • augmenter le taux d’humidité surtout en serre car les acariens n’aiment pas l’humidité (mais attention aux champignons) ;
  • en cas de fortes pullulations, traiter les plants avec des acaricides homologués avant de les arracher ;
  • ramasser, détruire ou brûler les feuilles et les fruits attaqués qui sont tombés sur sol ;
  • détruire les plantes adventices (ou mauvaises herbes).

Stratégie III : Lutte biologique par utilisation des ennemis naturels

Les acariens comportent plusieurs ennemis naturels ou prédateurs qui sont pour la plupart du dit groupe. Ainsi, les acariens prédateurs se trouvent principalement dans les familles de Phytoseiidae, Anystidae, Stigmaeidae. C’est le cas Phytoseiulus persimilis, un prédateur du tétranyque tisserand.

Cette technique consiste à faire des lâchés de préparations d’acariens prédateurs dans un champ. En consommant les acariens ravageurs, les prédateurs vont contribuer à la réduction de de leurs populations (Fig. 5). De nos jours, plusieurs sociétés commercialisent des préparations de cet acarien prédateur.

En plus, il existe parmi les insectes des prédateurs des acariens. Certaines espèces de thrips ou de chrysopes se nourrissent des acariens.

Stratégie IV : Lutte chimique et gestion de la résistance

La méthode la plus utilisée pour combattre les acariens demeure la lutte chimique. L’impact économique des dégâts causés sur les cultures conduit à une utilisation excessive d’acaricides par les producteurs. Ce phénomène n’est pas sans conséquence puisqu’il a engendré, presque partout dans le monde, l’apparition des résistances vis-à-vis de plusieurs familles de pesticides.

Les acariens ont développé des résistances à la plupart des organophosphorés, entrainant le retrait de leur usage acaricide dans beaucoup de pays de l’Union Européenne. En plus, la gamme de matières actives recommandées contre les acariens est restreinte contrairement aux insectes. Des pesticides contenant les matières actives comme l’Abamectine, l’Acrinathine, l’Etoxazole, le Fenazaquin ou l’Hexythiazox sont recommandées contre ces ravageurs.

Notons qu’un traitement chimique ne peut être efficace que s’il est appliqué en temps voulu (période d’activité de l’insecte), à la bonne dose, avec un volume de bouillie suffisant et un matériel de pulvérisation adapté à la culture.

Insectes ravageurs des cultures

La classe des Insectes appartiennent à l’embranchement des Arthropodes qui comporte 6 principales autres classes (Tableau 1). Depuis leur apparition il y a environ 400 millions d’années, les Insectes représentent les espèces dominantes au sein de la biodiversité vivant sur la terre. Ces organismes sont donc apparus bien avant la race humaine qui date de 200.000 ans. On les trouve dans tous les habitats, dans l’eau et sur la terre ferme et ils jouent un rôle important dans notre vie socioéconomique.

Les insectes sont des Arthropodes, i.e. les animaux invertébrés (i.e. qui ne possèdent pas de colonne vertébrale) à corps articulé. Leur taille varie de 0,2 mm (guêpe parasitoïde) à plus 60 cm (phasme récemment découvert en 2016 en Chine). A titre de comparaison avec les insectes, les vertébrés (animaux possédant une colonne vertébrale) ne représentent que moins de 3% des espèces vivant sur la terre. Certaines espèces d’insectes sont une menace potentielle pour la sécurité alimentaire mondiale. On estime en zone tropicale que 12 à 15% de la surface des feuilles est consommée par les insectes alors que seulement 2 à 3% de pertes sont causées par les vertébrés herbivores.

Tableau 1 : Les plus importantes classes qui composent l’embranchement des Arthropodes et leur importance dans l’Agriculture.

ClasseExemplesSegments du corpsPaires de pattesImportance en Agriculture
ChilopodesCentipèdesPlusieursPlusieursSe nourrissent des insectes; souvent bénéfique
CrustacéesCrustacés terrestres (Aselle des murs, cloportes)25Ravageurs mineurs
ArachnidesAraignées, acariens, tiques24Peuvent être des sérieux ravageurs
DiplopodesMille-pattesPlusieursPlusieursRavageurs mineurs
SymphylesSymphyles212Peuvent être des sérieux ravageurs dans les jardins
InsectesChenilles, mouches, pucerons, abeilles33Certains sont des ravageurs ; d’autres des ennemis naturels

Biodiversité des insectes

Les insectes constituent le groupe le plus diversifié parmi les animaux. Ils sont presque partout, sur les plantes et les animaux, dans l’air à hautes des altitudes, dans les rivières, etc. Le seul habitat non encore conquit par les insectes est l’océan, bien qu’on les trouve sur le littoral.

A notre connaissance, la biodiversité des insectes qui est loin d’être complète est la plus exubérante de tous les êtres vivants sur terre et on ignore encore l’étendue de ce qu’elle contienne (près de 10.000 nouvelles espèces sont inventoriées chaque année). Il existe environ 1,75 millions espèces d’êtres vivants sur terre et la classe des insectes à elle seule regroupe environ 1,5 millions de membres (soit 85,71%). On estime que la biomasse des insectes serait 300 fois plus importante que la biomasse humaine.

Les individus appartenant à la classe des insectes sont repartis dans plus de 30 ordres. Certains ordres très connus comptent près de 400.000 espèces (Coléoptères) alors que d’autres n’en regroupent qu’une quinzaine (l’ordre des Mantophasmatodea récemment découvert en 2002 en Afrique du Sud) (Tableau 2). Plus de 66%  des insectes présents aujourd’hui appartiennent à cinq ordres :

  • Les Coléoptères (coccinelles, bruches) ;
  • Les Diptères (mouches, moustiques) ;
  • Les Hémiptères qui regroupent les Hetéroptères (punaises) et les Homoptères (pucerons, mouches blanches) ;
  • Les Hyménoptères (abeilles, fourmis, guêpes) ;
  • Les Lépidoptères (chenilles/papillons).

Le tableau ci-dessous donne également la situation dans certains ordres non moins importants en termes de nombre d’espèces mais qui ont une importance capitale en agriculture, que ce soit en tant que ravageur ou en tant qu’agents de lutte biologique (ennemis naturels).

Tableau 2 : Les plus importants ordres (en Agronomie) de la classe des Insectes.

OrdreType de pièces buccalesPaire d’aileNombre d’espècesExemples
ColéoptèresBroyeur2400.000Coléoptères
DiptèresBroyeur, piqueur-spongieur1150.000Mouches
HétéroptèresPiqueur-suceur240.000Punaises
HomoptèresPiqueur-suceur250.000Pucerons, mouches blanches
HyménoptèresBroyeur, suceur-lécheur2150.000Abeilles, fourmis, guêpes
LépidoptèresBroyeur, suceur2200.000Chenilles/papillons
OdonatesBroyeur26000Libellules
OrthoptèresBroyeur222.500Locustes
NévroptèresBroyeur25000Chrysopes
ThysanoptèresPiqueur-suceur25500Thrips

Source : Tableau adapté sur la base des données recueillies de Chapman (2013) et Van Emden (2013).

De quoi est constitué un insecte

Comme tous les arthropodes, les insectes possèdent un corps articulé constitué de plusieurs segments. Ils ont un squelette externe (exosquelette) fait d’une cuticule chitineuse. Le segment est simplement formé de 4 sclérites reliés par une membrane arthrodiale. La plaque dorsale du segment est appelée tregum (tergite), la plaque ventrale le sternum (sternite) et chacune des plaques latérales est un pleuron (pleurite) (Fig.1).

Pour comprendre la constitution d’un insecte il suffit de le comparer à un train. Les boîtes (segments) sont comparables aux wagons du train reliées par la membrane arthrodiale. Le corps d’un insecte adulte comporte 3 principales parties : la tête, le thorax et l’abdomen (Fig. 2).

 

La tête

La tête, considérée comme la « tête dans une locomotive », est reliée au thorax. Elle est habituellement constituée de 6 segments. La tête d’un insecte possède une paire d’antenne, une paire d’yeux composés, des ocelles (œil simple des insectes) et 3 appendices modifiés qui forment les pièces buccales. Elle est aussi bien équipée d’organes de sens pour l’odorat, l’audition, le touché et le goût. Ce sont ces appendices qui déterminent le régime alimentaire d’un insecte. Ainsi, on distingue plusieurs types de régime alimentaire chez les insectes (Tableau 3) :

Tableau 3 : Les différents types pièces buccales chez les insectes.

Type de régime alimentaireExemples
BroyeurCriquets, chenilles (larves des lépidoptères)
SuceurPapillons (adultes des lépidoptères)
Piqueur-suceurPucerons, mouches blanches, thrips
Suceur-lécheurAbeilles, bourdons
Piqueur-spongieurMouches domestiques

Le thorax

Partie située entre la tête et l’abdomen, le thorax (deuxième partie) est composé de trois segments (prothorax, mésothorax et le métathorax). Les insectes sont caractérisés par la présence de 3 paires de pattes qui se trouve au niveau du thorax qui porte également les organes locomoteurs(les ailes). Une partie de l’appareil digestif passe par le thorax mais celui-ci ne joue que le rôle d’intermédiaire et n’est nullement pas impliqué dans l’absorption de la nourriture. Chaque segment thoracique comporte une paire de patte, tandis que les ailes ne se trouvent qu’au niveau du méso- et métathorax.

L’abdomen

Les segments qui sont derrière le « train » forment l’abdomen (le dernier élément). Le nombre de segment formant l’abdomen varie habituellement selon l’ordre de l’insecte et est de 6 à 11. L’abdomen ne porte généralement pas de pairs d’appendices (aucune patte et aucune aile).Toutefois, c’est au niveau de l’abdomen où se trouvent le tube digestif et l’appareil reproducteur. On y trouve aussi des segments postérieurs en position terminale qui peuvent être des cornicules des pucerons, l’organe ovipositeur (ponte des œufs) des mouches des fruits, le dard des abeilles, ou des cerques chez le forficule.

 

L’impact des insectes sur nous

Nous devons d’abord avoir à l’esprit que l’histoire de la biodiversité des insectes n’a pas beaucoup changé de ce qu’elle est aujourd’hui. La réaction de l’être humain dès qu’on parle des insectes est pour la plupart négative. Elle se fonde sur les arguments suivant :

  • ils mangent ou détruisent nos cultures ;
  • ils transmettent des maladies aux cultures, aux hommes ou aux animaux.

Il n’en est pas du tout le cas car un petit nombre d’insectes seulement sont nuisibles pour les cultures et pour l’homme. Voyons voir dans cette partie ce que représente réellement les insectes dans notre quotidien.

Utilité des insectes

Les insectes sont partout dans nos champs, nos maisons mais ce ne sont pas tous qui sont dangereux. A titre d’exemple, rappelez-vous qu’il y a dans votre entourage 1.5 millions d’insectes et quel serait leur impact sur notre survit s’ils sont tous nuisibles?

Quel sera l’avenir de l’humanité sans les insectes pollinisateurs comme les abeilles qui pollinisent plusieurs espèces de plantes, sans lesquelles il n’y aurait pas production de céréales, des fruits et des légumes ? A titre d’exemple, les insectes pollinisent une grande majorité des plantes à fleur (250.000 ou plus). Les abeilles produisent aussi du miel utilisé pour la consommation ou en médecine traditionnelle. Prenons aussi l’exemple de la biodiversité d’insectes dans un champ de maïs aux Etats Unis. Des études ont montrés qu’au Minnesota, environ 700 insectes visitent un champ de maïs par an. Parmi eux seulement 5 à 10 espèces sont nuisibles. Il y a donc bien plus d’insectes bénéfiques que de nuisibles dans la nature.

Des insectes comme le criquet ou certaines chenilles sont consommés et représentent une importante source d’alimentation riche en protéines dans beaucoup de pays à travers le monde. C’est aussi la principale source d’alimentation pour les oiseaux.

On estime qu’environ 25% des insectes sont des parasitoïdes ou des prédateurs d’autres insectes. Beaucoup d’entre eux sont élevés et font la fierté de plusieurs personnes car ils sont vendus en tant qu’agents de lutte biologique. C’est le cas des coccinelles et des syrphes pour lutter contre les pucerons ou de certains hyménoptères pour combattre les chenilles et les mouches. Certains insectes mangent aussi les mauvaises herbes.

Enfin, les insectes sont aussi utilisés en science forensique (science destinée à résoudre des enquêtes judiciaires dans le domaine criminel ou légal). La séquence et l’age des insectes décompositeurs sur un cadavre peut permettre de déterminer le temps et souvent le lieu du crime. Ceci permet de déterminer le tueur.

Nuisibilité des insectes

Les insectes peuvent aussi des avoir des impacts négatifs sur l’homme. Il faut noter que seulement moins de 1% des espèces affecte l’homme, les plantes et les animaux. Toutefois, malgré ce petits nombre, ils sont capables de causer des sérieux problèmes tels que :

  • les pertes sur les récoltes (insectes phytophages) ;
  • transmission des maladies pour les plantes (virose par les piqueur-suceurs), les hommes (le paludisme par les moustiques) et les animaux (la fièvre de la vallée du rift par les moustiques) ;
  • des dégâts dans les maisons (destruction du bois par les termites).

Les insectes phytophages ou herbivores sont responsables des dommages considérables en consommant les cultures. On estime que les ennemis des cultures (insectes, maladies, mauvaises herbes) sont responsables d’environ 40% de pertes sur les cultures dont 15% sont imputables aux insectes et aux acariens. Ces êtres vivants possèdent des pièces buccales adaptées à leur régime alimentaire. A cet effet, on peut les grouper en 2 importantes catégories.

La première catégorie comporte les insectes broyeurs qui peuvent s’attaquer à toutes les parties de la plante notamment le bois (termites), les feuilles (criquets, chenilles), les fleurs (chenille foreur de gousse du niébé), les fruits (mouches des fruits), les racines (ver blanc ) et les tiges (pyrale du maïs). Ces insectes causent d’importants dégâts économiques sur les cultures. A titre d’exemple, les criquets consomment tout ce qui est comestible sur leur passage. Par exemple au Niger, des chenilles comme la teigne des choux (Plutella xylostella), la noctuelle de la tomate (Helicoverpa armigera) causent d’importants dégâts économiques sur les cultures maraîchères et pluviales (Fig. 5).

 

D’autres insectes s’attaquent aussi aux denrées stockées et peuvent causer des dégâts importants. C’est le cas des petits coléoptères appelés bruche (Callosobruchus maculatus) sur les stock de niébé ou du ver de farine (Tenebrio molitor) sur la farine.

Les insectes appelés piqueur-suceurs (deuxième catégorie) peuvent aussi causer des dégâts énormes par la succion de la sève des plantes. C’est le cas des pucerons, des mouches blanches et des thrips. Ces insectes affectent aussi indirectement le rendement en transmettant des maladies virales aux plantes.

Au Niger, les principaux insectes causant des dégâts importants sur les cultures appartiennent aux ordres suivants :

OrdresExemplesExemple des cultures attaquées
ColéoptèresBruches, chrysomèlesDenrées stockées, malvacées (gombo)
DiptèresMouche des fruits, mouche mineuseCucurbitacées (courge, melon, pastèque), Fabacées (niébé)
HémiptèresPuceron, mouche blanche, punaiseSolanacées (tomate, pomme de terre), graminées (mil, sorgho)
LépidoptèresTeigne des choux, mineuse de la tomate, foreur, chenille défoliatriceCrucifères (choux), Solanacées (tomate,), Astéracées (laitue) graminées (mil, maïs), Moringacées (moringa)
OrthoptèresCriquet, sauterelleToutes les cultures
ThysanoptèresThripsAlliacées (Oignon), Solanacées (poivron, piment), Fabacées (niébé)

D’autres insectes représentent aussi de sérieux problèmes de santé publique en transmettent des maladies à l’homme. Environ, une sur six personnes vivant sur terre est affectée par une maladie qui est transmise par un insecte (paludisme, fièvre jaune, maladie à virus zika, la maladie du sommeil, etc.). C’est le cas du moustique qui transmet le paludisme surtout dans les pays à climat tropical. Selon l’OMS, le paludisme a tué en 2015, plus de 438.000 personnes à travers le monde. En plus, environ 40% de la population mondiale est sous risque de paludisme.

 

Classification des insectes

Comme pour tous les membres du royaume des animaux, la classification des insectes suit une séquence de division qui va du plus grand niveau au plus petit taxon. Le nom d’un insecte suit la dénomination binomiale. Les noms du genre (première lettre en majuscule) et de l’espèce sont écrits en italique. Le nom de l’espèce est écris en minuscule.

Ceci est illustré dans le Tableau 4 en prenant l’exemple de Tuta absoluta ou chenille mineuse, récemment introduite en Afrique, notamment au Niger (en 2013) et qui cause d’énormes ravages sur les cultures des solanacées en particulier la tomate (sur presque toute la bande sud du pays). Des noms vernaculaires lui déjà été attribués (dont certains caractérisant la gravité de ses dégâts).

Tableau 4 : Classification de Tuta absoluta (chenille mineuse de la tomate).

RoyaumeAnimalia
PhylumArthropoda
ClasseInsecta
OrdreLepidoptera
Sous orderGlossata
Super familleGelechioidea
FamillesGelechiidae
Sous familleGelechiinae
TribuGnorimoschemini
GenreTuta
Nom completTuta absoluta (Meyrick 1917)
Nom ordinaireCuta ou Tchuta (Hausa)
Autres nomsFrançais : Mineuse de la tomate
Englais : leafminer, tomato leaf miner moth, lesser tomato leaf miner, tomato moth, South American tomato moth, tomato borer, tomato fruit moth

Les principales subdivisions de la classe des Insectes

La classe des Insectes appartient à l’embranchement des Arthropodes. Elles subdivisée en 2 principales parties :

  • La sous-classe des Aptérygotes (« a » privatif), i.e. les insectes qui ne possèdent pas des ailes (Fig. 6) ;
  • La sous-classe des Ptérygotes ou les insectes qui possèdent les ailes.

Les représentants de la classe des Aptérygotes sont considérés comme des insectes primitifs qui n’ont pas vraiment évolués depuis leur apparition. Plusieurs aspects permettent de différencier les Aptérygotes des autres insectes. Ainsi, après l’éclosion des œufs, il n’y a pas de changements majeurs entre la larve et l’adulte, même après les mues successives. En plus, la mue se poursuit jusqu’au stade adulte et celui-ci ressemble beaucoup à la larve juvénile. Le seul moyen de savoir si un insecte de ce groupe est adulte c’est de compter le nombre de mue, la ponte des œufs ou le nombre de stade.

Le groupe des insectes Ptérygotes comportent la plupart des insectes avec lesquels nous cohabitons ensemble dans notre quotidien. Ils possèdent des ailes (1 à 2 paires). Avant de passer à chaque stade, ces insectes effectuent la mue au cours de leur développement. C’est le cas des chenilles/papillons, des pucerons, des thrips, des coléoptères et des abeilles.

 

Fig. 6 : (a) Insectes aptérygote (poisson d’argent ou lépisme) et (b) ptérygote (chrysope).

Stades de développement d’un insecte

L’un des plus importants caractères distinctifs des insectes est la métamorphose. Ce terme se définie comme les changements morpho-anatomiques et physiologiques brusques et irréversibles qui interviennent au cours du développent d’un insecte. Presque tous les insectes effectuent la métamorphose au cours de leur cycle de vie. Il existe deux types de métamorphose : la métamorphose complète et la métamorphose incomplète.

Les insectes qui subissent une métamorphose incomplète (appelée aussi simple ou graduelle) effectuent des petits changements au cours de leur développement. Ils comportent 3 principaux stades : œuf, nymphe et adulte. La nymphe qui ressemble beaucoup à l’adulte développe des ébauches d’ailes mais les vraies ailes s’observent chez l’adulte. La nymphe et l’adulte ont les mêmes habitudes alimentaires (Fig. 7). C’est le cas des pucerons, des criquets ou des termites.

 

Fig. 7 : Exemple de métamorphose incomplète chez le criquet.

Les insectes les plus développés ont une métamorphose complète (Fig. 8). C’est l’exemple des chenilles, mouches, abeilles. Ils passent par 4 principaux stades au cours de leur vie : œuf, larve, pupe et adulte. Chez les ravageurs, ce sont surtout les larves qui causent les dégâts sur les cultures. La pupe (chez les Diptères) ou chrysalide (chez les Lépidoptères) sont des stades de repose où l’insecte entre en diapause. L’insecte s’immobilise et ne s’alimente pas. C’est au cours de ce stade pupal où s’effectuent des changements très profonds du développement de l’insecte. Beaucoup de tissus et structure, tels que les pieds, les antennes, les ailes et les autres structures des adultes sont formés. L’adulte s’alimente très peu et son régime alimentaire est souvent entièrement différent de celui de la larve. Par exemple, la larve de lépidoptère ou chenille se nourrit des feuilles alors que l’adulte (papillon) se nourrit du nectar des fleurs. La fonction principale des adultes est la reproduction.

Chez les organismes supérieurs (mammifères), les plus importantes modifications se déroulent avant la naissance dans le ventre de la mère. Mais chez les insectes, elles se produisent après la naissance. La croissance et le développement des insectes est graduel i.e. par stades. Au cours de leur développement, le jeune insecte (larve ou nymphe) se débarrasse de sa cuticule (peau des insectes) pour passer d’un stade à l’autre. Ce phénomène s’appelle la mue. En effet, quand l’ancienne cuticule trop rigide, l’insecte s’en débarrasse et s’entoure d’une nouvelle autre. L’ancienne peau s’appelle exuvie.

Après chaque mue, l’insecte augmente sa consommation et les dégâts sur la plante augmentent. Le nombre de stade varie d’une espèce à l’autre, selon la disponibilité de la nourriture, la température et l’humidité.

Identification des insectes

Naturellement chaque agriculteur utilise ses connaissances empiriques ou un manuel d’identification pour classer un insecte par le nom commun de l’ordre auquel il appartient. C’est le cas des insectes appartenant aux groupes des coléoptères, des lépidoptères ou des diptères. Ainsi, la connaissance de l’ordre fournit des informations précieuses sur les insectes appartenant au même groupe. Ses indices sont entre autre :

  • le type de pièces buccales donnant des informations sur comment l’insecte s’alimente (des précieux indices pour le combattre) ;
  • le cycle de vie, permettant de savoir le meilleur moment pour intervenir ;
  • le type d’habitation, incluant la gamme de plantes hôtes de l’insecte mais aussi ou le trouver.

Cependant, l’identification des insectes devient très difficile dès qu’on atteint la famille l’insecte. A ce niveau d’identification vous devez avoir du matériel approprié et de l’expertise. Toutefois, l’agriculteur peut aussi s’appuyer sur ses connaissances empiriques pour identifier un insecte avant même de faire appel à un expert (dans les cas extrêmes). Ainsi, plusieurs méthodes peuvent être utilisées pour identifier un insecte :

  • son expérience : en capitalisant les expériences issues des visites ou des demandes d’analyses, des formations qu’il reçoit de la part d’un phytoclinicien ;
  • des approches basées sur un spécimen : en utilisant d’une clé d’identification, un compendium, une photo, un schéma, etc. ;
  • des approches symptômes : en comparant les dégâts avec ceux des caractéristiques physiques de l’insecte ;
  • des méthodes basées sur la connaissance de la gamme d’hôte : comme les humains, les insectes ont des préférences pour leur alimentation ;
  • des approches basées sur la connaissance de la période propice et de la distribution géographique de l’insecte. Par exemple au Niger, il est facile de trouver la teigne des choux pendant les périodes chaudes de l’année mais difficile de la trouver pendant la saison sèche froide.

L’histoire et l’importance des insectes sur nous est un sujet très vaste et très complexe. Cet article ne se veut pas exhaustif. Il donne un bref aperçu sur les insectes, notamment ce que c’est un insecte, leurs impacts sur la vie socio-économique de l’homme, la classification, l’identification, etc. Des aspects tels que la biologie, la distribution géographique, les méthodes de lutte et bien d’autres aspects (identification, échantillonnage, …) seront abordés au cas par cas dans d’autres articles.

Quelques références citées

Alford, D.V., 1999. A textbook of agricultural entomology. Blackwell Science. 314p.

Chapman, R.F., 2013. The insects: Structure and function, Fifth Edition. Ed. S. J. Simpson and A. E. Douglas, Cambridge University Press. 929p.

Gillot, C., 2005. Entomology, Third Edition. Springer. 831p.

Van Emden, H.F., 2013. Handbook of agricultural entomology, First edition. Wiley Blackwell. 312p.