Culture de niébe en phase de production de gousse

Fiche Technique sur les Itinéraires Techniques de Production de Niébé de Qualité au Niger

En ce début de la campagne agricole 2018, une équipe constituée d’agents de l’Institut National de la Recherche Agronomique du Niger (INRAN), met à la disposition des producteurs et agents d’appui conseil une fiche technique dressant les itinéraires techniques de production de niébé de qualité au Niger.

L’itinéraire technique est un condensé des pratiques qu’il faut suivre pour la réalisation d’une bonne culture de niébé. Il comporte les différentes étapes qui vont des choix du site et de la variété, la préparation du sol jusqu’à la récolte et la conservation.

La Maison du Paysan au Niger

La Maison du Paysan : une plateforme multifonctionnelle de services

La Maison du Paysan : une plateforme multifonctionnelle pour le développement des chaînes de valeur agropastorales  et l’amélioration des services aux producteurs

Dr Manzo Haboubacar - Conseiller Technique/PRN, Cellule Agriculture et Elevage ; Université de Tillabéri

Une priorité de l’Initiative 3N, pour transformer l’agriculture nigérienne

Au Niger comme partout ailleurs dans la région soudano-sahélienne, un des goulots d’étranglement à l’essor de l’Agriculture est l’accès limité aux biens et services de production. Ces facteurs et moyens de production bien que déterminants pour une agriculture nourricière et créatrice de richesses, sont difficilement accessibles aux producteurs nigériens par manque de desserte de proximité, de disponibilité et/ou d’information.

C’est ainsi que depuis 2014, avec la mise en œuvre du plan d’accélération de l’Initiative 3N, les coordinations régionales de l’Initiative 3N en relation avec les autres acteurs de Région notamment, le Gouvernorat, le Conseil Régional, la Direction Régionale de l’Agriculture/Elevage, la Direction de l’Environnement et du Développement Durable, la Direction Régionale de l’hydraulique et de l’Assainissement, la Direction Régionale du Génie Rural, la Chambre Régionale d’Agriculture (CRA) et les Mairies ont engagé des réflexions sur la manière de réaliser la Maison du Paysan dans l’optique de la rendre intégrée, multifonctionnelle, opérationnelle et durable.

La Maison du Paysan conçue de façon à être implantée dans les (255) communes du Niger, fait partie des trois priorités de l’initiative 3N qui doivent contribuer, par l’offre des services qu’elle va générer, à la Transformation du Monde Rural Nigérien, tel qu’inscrit dans le Programme de Développement Economique et Social (PDES) 2017-2021.

Aujourd’hui, le pari est lancé aux régions sur la mise en œuvre de cette plateforme intégrée composée de (8) huit éléments. C’est un challenge que chacune des communes doit relever en réfléchissant sur comment matérialiser et rendre cet instrument bénéfique et durable aux producteurs et leurs organisations, aux collectivités, aux agripreneurs, aux services techniques et aux partenaires étrangers.

Pour y parvenir, chaque maillon de responsabilité dans le secteur de sécurité alimentaire et nutritionnelle et de développement agricole durable, secteur le plus contributif à l’économie nationale, doit au préalable s’inscrire dans le programme de gouvernance de l’Etat du Niger.

Tant entendu que la volonté des Autorités nigériennes est exprimée et la détermination du Président de la République est démontrée avec la priorisation de la Maison Paysan, il revient à tous les acteurs de l’adopter à leur contexte et se l’appropriée pour l’atteinte des objectifs  « faim zéro et réduction de la pauvreté de 43% à 35%» d’ici 2021.

La Maison du Paysan sera-t-elle en mesure d’offrir à la communauté tous les services dont elle aura besoin?

Les organes de la Maison du Paysan

Partie de 11 éléments au départ de sa conception, la Maison du Paysan standardisée par le Haut-Commissariat à l’Initiative 3N doit disposer, dans un même emplacement de superficie comprise entre 1 à 3 ha, de ses huit composantes que sont : i) un Magasin Communal de Stock de Sécurité Alimentaire (MCSSA) constitué de céréales de base ; ii) une Centrale Communale d’Approvisionnement en Intrants Agricoles(CCAIA) constituée de : semences, engrais, pesticides ; iii) une Centrale Communale d’Approvisionnement en Aliments pour Bétail (CCAAB) comprenant : du son de blé, des grains de coton, du tourteau, des produits zootechniques et vétérinaires ; iv) un Centre de Réparation et de Location de Matériels Agricoles (CRLMA) abritant une unité de réparation, ainsi qu’une gamme de matériels agricoles, notamment des tracteurs, des unités de culture attelée, des unités de transformation de produits agricoles ; v) une Radio Communautaire (RC) ; vi) une Institution de Micro-Finance (IMF) ; vii) un Centre de Formation aux Métiers (CFM) ; viii) un Bloc Administratif (BA).

Lieu d’implantation et architecture de la Maison du Paysan

Pour sa meilleure visibilité, le site de la maison du Paysan doit être situé sur un axe principal, au carrefour ou à proximité d’un marché. Il est important d’éviter des emplacements difficiles à être repéré. L’architecture doit s’harmoniser avec le paysage, l’artisanat et les traditions architecturales locales. La superficie de la Maison du Paysan doit être comprise entre 1 et 3 ha.

Par ailleurs, la construction des composantes de la Maison doit être conforme au plan type déterminé dans le document conceptuel de la Maison du Paysan. Toutes ces infrastructures doivent également être localisées au sein des zones qui sont facilement accessibles et présentant des possibilités d’extension. L’espace de la Maison du Paysan sera organisé en fonction des produits et services à offrir à la communauté.

Ainsi, après la description des éléments constitutifs de la Maison du Paysan, nous avons relevé à ce niveau et après examen des (8) huit composantes définies et des autres critères de son implémentation, que certains aspects méritent d’être renforcés tant dans leur élaboration que dans leur fonctionnement pour rendre intégral le service au paysan-producteur.

Eléments d’analyse et de contribution pour un service intégré adapté et durable aux producteurs

De l’inscription aux pratiques d’une agriculture intelligente face aux changements climatiques

Dans sa conception première, la Maison du Paysan se présentait comme une plateforme de services devant contribuer à l’amélioration des productions agrosylvopastorale et halieutique, à travers la fourniture des semences, des engrais, des produits phytosanitaires de qualité et l’offre des prestations en renforcement de capacité.

Mais très vite il est apparu que les préoccupations contextuelles globales et locales, les autres variables socioéconomiques à l’échelle méso et micro telles que l’aspect écoulement et la commercialisation des céréales ne sont que partiellement pris en compte dans la conception de départ de la Maison du Paysan. L’aspect écoulement de production maraichère, essentiellement pratiquée pour la mise en marché des produits n’a pas été pris en compte et toute analyse faite, il importe de créer au sein de la Maison du Paysan, un espace marchand communément appelé « comptoir » dans le but de créer les conditions d’un écoulement des produits saisonniers et maraichers surtout.

En outre, la Maison du Paysan est similaire à un pôle d’activités, d’échanges, d’apprentissage, de fourniture de services d’appui conseil que fréquenteront techniciens, producteurs, élus, organisations des producteurs et fournisseurs des services périphériques.

Cette communauté produirait des déchets qu’il faille bien gérer pour une préservation saine de l’environnement.  En cela il ressort, de notre analyse sur le plan assainissement, l’existence des toilettes dans le bloc administratif et des latrines indépendantes pour visiteurs. Cependant, l’élément nouveau serait l’insertion d’une déchèterie et par la suite l’implantation d’un circuit de collecte de tri et de valorisation des déchets avec en vue la réalisation des compostières pour l’élimination des déchets organiques qui serviront à produire de l’engrais organique (compost) et du gaz domestique.

De la prise en compte du genre dans la gestion intégrée et durable de la Maison du Paysan

Le Haut-Commissariat à l’Initiative 3N a édité un document dans lequel il est ressorti que la Mairie est maître d’ouvrage et a pour cela la prérogative, par le biais de son conseil, de désigner le staff pour gérer chaque élément spécifique de la plateforme multifonctionnelle. Il en est de même pour le comité de suivi et de gestion de la Maison du Paysan.

S’il est vrai que la Mairie est la porte d’entrée du modèle plateforme intégrée, pour donner plus de chance à sa réussite, il importe de rendre sa gestion collégiale en impliquant les femmes et les jeunes. L’implication de ces deux groupes sociaux suscitera une gestion dynamique et efficiente de la Maison du Paysan.  Ainsi, en termes de proposition, la Chambre Régionale d’Agriculture qui est une structure composée des femmes et des jeunes membres pro-actifs, doit être partie prenante dans la gestion de ce précieux outil de façon conjointe avec la Commune.

Aussi, elle doit être pleinement responsabilisée dans le choix des organes de gestion à tous les niveaux grâce au réseau de consulaires dont elle dispose. Au niveau régional, la Coordination régionale 3N doit œuvrer à la mise en place  d’un comité régional de suivi de la gestion de la Maison du Paysan pour en évaluer les performances et proposer s’il le faut des réorientations et recadrage.

Une piste pour la promotion de la ruralité nigérienne et l’émergence d’une nouvelle mentalité de producteur citoyen

Dans le cadre de l’activation du Fonds d’Investissement pour la Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle (FISAN), le Conseil Régional en partenariat avec la Coordination régionale des 3N et la Chambre Régionale d’Agriculture initient la formation des jeunes en techniques de maitrise d’eau pour l’irrigation, en entreprenariat agricole afin de leur permettre de faire de l’agriculture un véritable métier rentable. Ces jeunes pourront s’insérer dans le circuit qui sera développé à travers le centre de formation aux métiers (CFM) et les autres composantes de la Maison du Paysan. De même, les femmes seront formées en techniques de transformation et conservation des produits agropastoraux et la commercialisation des produits pour leur autonomisation.

Avec la Maison du Paysan, il sera possible de faciliter la création d’emploi aux jeunes diplômés, à travers la mise en place des comités spécifiques de suivi au niveau de chaque élément et de l’organe de gestion de la Maison du Paysan. Ce qui permettra de leur donner l’occasion de se faire prévaloir au sein même de leur terroir sans les couper de la réalité du milieu qu’ils maîtrisent. De ce fait, on fera en sorte qu’une émulation soit créée avec des comportements citoyens et responsables afin d’inciter à des meilleurs résultats en termes d’insertion et de contribution à la société.

Dans cette logique, les occasions des salons agricoles, des foires agropastorales régionales, d’expositions et rencontres sur le secteur du développement rural, qui peuvent se tenir dans les Maisons du Paysan, peuvent servir d’ancrage pour la pérennisation d’une dynamique de développement endogène axé sur la valorisation du travail et du mérite. Ainsi, la promotion de la ruralité nigérienne s’amorcera pour s’inscrire comme axe prioritaire dans le programme de la renaissance culturelle.

Par ailleurs, comme l’initiative est innovatrice et nouvelle, il importe dès le début de clarifier les rôles et responsabilités de tous les acteurs. Il est important aussi que les services offerts se complètent et répondent aux besoins spécifiques de la zone d’implémentation de la Maison du Paysan.

Pour ce faire, la collaboration entre acteurs producteurs, opérateurs, élus et services techniques devra être, équitable, saine mutuelle et dynamique.

De la pérennisation des infrastructures réalisées

Même si des grosses marges ne doivent pas être visées dans la gestion de la Maison du Paysan, quelques profits seront dégagés et pour cela il importe de songer à la dotation des amortissements des immobilisations exploitées. Cela permettra d’atténuer les risques inhérents à la réalisation de ces infrastructures et à leur fonctionnement, de faire de grosses réparations qui pourraient advenir ou même envisager d’autres actions qui pourront faire dégager des profits faisant ainsi fructifier la plateforme.

Ainsi, la Maison du Paysan peut disposer, à titre d’exemple, de sa source d’énergie propre/verte (solaire, éolienne, hydraulique, etc.) pour assurer son autonomisation. Pour cela, le programme d’électrification rurale peut servir de tremplin. Egalement, dans le cadre des opérations de distribution et d’approvisionnement en produits vivriers, en intrants agricoles, vétérinaires et zootechniques, la Maison du Paysan pourra aussi servir d’entrepôt sure pour la mise à disposition à temps des intrants aux producteurs.

Dans tous les cas, la pérennité de la Maison du Paysan ne saurait être assurée que si les infrastructures composantes physiques étaient régulièrement entretenues par les bénéficiaires. C’est dire que la quête de la pérennité de cet instrument de transformation du monde rural nigérien doit impérativement passer par un changement de mentalité qui prône l’esprit de responsabilité, de rentabilité et d’autonomie.

Enfin, une analyse socioéconomique au préalable devra être faite  afin de  mettre l’accent sur les perspectives de développement de pôles de croissance des terroirs et bassins de production. Ceci permettra d’anticiper sur les besoins à satisfaire et envisager les prestations à offrir à la communauté, y compris pour un changement de mentalité et la promotion des valeurs.

La Maison du Paysan, un outil de normalisation à la base

Dans le contexte actuel, ou nos productions locales ne disposent d’aucune traçabilité, le Niger a besoin d’un dispositif adéquat, complet pour anticiper les risques depuis les champs et jardins, maitriser la traçabilité des produits agricoles. Avec l’implantation de la Maison du Paysan, le contrôle continu de la qualité des chaines alimentaires dans la conduite des activités agricoles, de transport, de commercialisation, dans les étapes de transformation et d’utilisation des produits et sous-produits alimentaires, pourrait s’opérer.

Ainsi, la labélisation des productions locales mises sur le marché à l’instar des « pommes de terre d’Agadez, de Bonkoukou », de «l’oignon de Galmi »,  « les races Azawak, Balami, chèvre rousse », « la patate douce jaune de Mamori », « le poivron de Diffa »,  « le niébé de Chirwa », « la canne à sucre de Korama et du dallol Maouri», le sésame, « l’oignon blanc de Soucoucoutan et de Gotheye », « le moringa de Maradi, Torodi», « les agrumes d’Agadez, Gaya », pourra s’amorcer au niveau de la Maison du Paysan, pour assurer la traçabilité des produits et respecter les exigences de qualité. Car, d’après les résultats des études réalisées sur les filières agropastorales (H M Manzo, 2008) certaines sont économiquement porteuses à condition qu’elles soient mieux organisées et mieux maitrisées sur le plan qualité, sécurité et environnement.

Ces contraintes au développement de filières peuvent être levées grâce à la mise en place de la Maisons du Paysans.

Sources de financement

Les sources de financement sollicitées sont entre autres : les allocations budgétaires de l’Etat, les appuis des Partenaires Techniques et Financiers, les contributions des Programmes, Projets, celles des Collectivités et l’éventualité d’insertion d’investisseurs privés nationaux et étrangers, etc.

Le financement de la Maison du Paysan pourrait se faire à travers les systèmes classiques publics ou privé (crédits bancaires, micro finance, entreprises, cote part des organisations des producteurs, etc.).

Mais opportunément, ce sont les nouveaux systèmes de financement que sont le FISAN et le partenariat Public, Privé (PPP) qui offrent les réelles chances de financement pour la réalisation et l’opérationnalisation de la Maison du Paysan.

Conclusion

La Maison du Paysan est une idée innovante qui rend et donne à l’Initiative 3N « les Nigériens Nourrissent les Nigériens » toute sa pertinence et son importance. Même si elle doit en continue s’adapter aux réalités agroécologiques de chaque zone, à l’évolution du contexte sociétal et aux besoins changeant exprimés par les paysans pour qui cet outil a été conçu, son accomplissement ne doit, sous aucun prétexte, tarder ou souffrir des pesanteurs administratives et bureaucratiques.

C’est pourquoi l’ensemble des parties prenantes, à tous les niveaux de décisions, doivent contribuer efficacement à son implantation dans les 255 Communes du Niger et ainsi offrir aux producteurs l’instrument de production capable de leur permettre de nourrir les nigériens, de transformer l’agriculture et de créer les richesses pour améliorer les conditions et le cadre de vie des nigériens, tel que voulu par le Président de la République Issoufou Mahamadou dans son Programme de Renaissance acte II.

Auteur à contacterhaboubacar@yahoo.fr

Conservation Farming : Guide de formation

L’Agriculture de Conservation ou Conservation Farming en anglais est un système d’exploitation agricole qui conserve, améliore et rend plus efficace l’utilisation des ressources naturelles par le biais d’une gestion intégrée des sols, de l’eau et des ressources biologiques. C’est un système de production basé sur la conservation des sols, voire l’amélioration de leur potentiel productif naturel (fertilité), en vue d’obtenir des rendements optimums et réguliers. Il combine un ensemble de pratiques agricoles et de gestion durable des terres connues des producteurs.

Les principaux niveaux du Conservation Farming

Le Conservation Farming mise en place par le projet REGIS-ER repose sur la mise en œuvre simultanée de quatre principes au niveau d’une parcelle :

  • le travail localisé du sol avec le ripper (sillon de 15 cm de profondeur) ou zaï (trou de 15 cm de profondeur) ; apport de fumier et NPK en micro-dose;
  • le paillage du sol qui conserve l’humidité du sol ; limite l’érosion éolienne et hydrique et aussi le développement des mauvaises herbes ; et crée un microclimat favorable à la germination et le développement des plantes ;
  • la rotation et l’association culturales, qui réduisent les risques de parasitisme, de maladie et d’invasions des mauvaises herbes et plantes parasites ;
  • le Conservation Farming associé à la RNA, qui permet de maintenir la productivité du sol.

Le Conservation Farming n’est pas seulement « creuser des trous ou tracer des sillons pour y mettre les fertilisants organiques et chimiques ». C’est plutôt est un système d’organisation participatif autogéré par les acteurs eux-mêmes. Cela permet d’assurer une continuité des activités de production au-delà de la durée de vie d’un projet.

Le présent guide se veut un outil de formation des producteurs. Il propose de façon simple et succincte les différents modules pour le déroulement des activités auprès des producteurs.

Les différentes articulations du guide de Conservation Farming

Comme elle est destinée surtout à des auditeurs non experts (les producteurs), la formation sur le Conservation Farming se veut très pratique. Pour cela, elle doit être autant que possible séquentielle. Dans le cas de ce document, la formation est découpée en des petits modules de quelques heures répartis sur une saison. Dans tous les cas, la durée de la formation dépend du profil du participant (producteurs leaders CF ou producteurs CF).

La particularité de ce document est sa reproductibilité. Ainsi, il contient un plan détaillé des différentes activités entrant dans le cadre du Conservation Farming. Le plan du Conservation Farming élaboré par le projet REGIS-ER comporte huit modules :

  • le changement climatique et le Conservation Farming ;
  • les notions du Conservation Farming ;
  • la délimitation et la mesure du champ Conservation Farming ;
  • la préparation ou le traçage du champ ;
  • l’application du compost et de l’engrais dans le Conservation Farming ;
  • le semis à la pluie utile ;
  • le paillage ;
  • la RNA (Régénération Naturelle Assistée).

Analyse économique du Conservation Farming

Une analyse technico-économique des exploitations de la culture du sorgho a été réalisée dans ce document. Cette analyse montre la différence de rentabilité entre une exploitation en Conservation Farming et une exploitation en non Conservation Farming.

Alerte Du fipronil présent au Niger

Scope

Le fipronil est un pesticide à large spectre utilisé pour combattre les insectes et les acariens. Il agit sur l’insecte en perturbant son système nerveux en bloquant les canaux chlorures dépendant du GABA (acide gamma-aminobutyrique en français) et du Glutamate qui régulent le passage des ions chlorures dans la cellule. Ceci provoque une hyperexcitation des systèmes nerveux et musculaire de l’insecte intoxiqué qui meurt par crampes musculaires.

L’usage du fipronil sur les cultures et les animaux destinés à l’alimentation est interdit ou limité dans beaucoup de pays dans le monde notamment ceux de la zone CILSS (Comité permanent Inter-Etats de Lutte Contre la Sécheresse au Sahel) et de l’Union Européenne. Malgré l’interdiction du fipronil depuis avril 2015 par le CSP (Comité Sahélien des Pesticides) à cause de sa toxicité, les pesticides contenant cette substance continuent de circuler sur le sol nigérien.

Qu’est-ce que le fipronil?

Le fipronil (C12H4Cl2F6N4OS) est une matière active qui appartient à la famille des Phénylpyrazoles. Il tue les insectes qui le mange ou qui entre en contact avec lui. Cette substance agit par contact ou ingestion sur les insectes et les acariens ravageurs des cultures et sur les parasites des animaux de compagnies (chiens et des chats).

Le fipronil a été mis au point par la société Rhône Poulenc à la fin des années 1980 mais sa commercialisation a commencé à partir de 1993. Aujourd’hui c’est le géant allemand de la chimie BASF qui détient le brevet pour la commercialisation du produit en Europe.

Utilisation dans d’autres pays du monde

Le fipronil est utilisée pour combattre les insectes et les acariens en agriculture, élevage, dans le traitement des semences et du sol ainsi que pour utilisation domestique.

En agriculture, il est utilisé pour combattre les criquets, les thrips, les lépidoptères et les coléoptères. Il est aussi appliqué pour les traitements des semences et du sol (contre les termites). Le fipronil est également utilisé dans le domaine vétérinaire dans de nombreux produits antiparasitaires pour les animaux (anti-puces et anti-tiques pour chiens et chats) et pour usage domestique contre les termites, les fourmis et les cafards. Les pesticides contenant la matière active fipronil continuent d’être commercialisés sous plusieurs noms dans plusieurs pays dans le monde.

Accusé de provoquer la mortalité des abeille, les organisme aquatiques comme les poissons et certains oiseaux, l’usage du fipronil est limité ou interdit sur les cultures et les animaux destinés à l’alimentation humaine dans beaucoup de pays notamment ceux de la zone CILSS (Décision n° 006/MAE-MC/2015) et de l’Union européenne dont la France (depuis 2005). Toutefois, il reste autorisé pour usage limité dans des pays comme la Belgique et les Pays-Bas, ainsi que de nombreux autres pays dans le monde, dont les Etats-Unis pour usages vétérinaires ou comme insecticide dans le traitement des semences.

Malgré les restrictions, ce produit reste utilisé dans certains pays pour lutter contre le pou rouge dans les élevages de la volaille. C’est ce qui est à la base de la récente crise des œufs contaminés qui est apparue en Europe en août 2017.

Le fipronil est-il présent au Niger ?

Avant son interdiction dans les pays de la zone CILSS (le Niger compris), le fipronil est principalement utilisé dans lutte anti acridienne. Malgré l’interdiction par le CSP, les produits contenant cette matière active continus d’être utilisés au Niger. Ainsi, le fipronil est commercialisé sous la marque Fipro Force®, fabriquée par une société nigériane (République Fédérale du Nigéria) du nom de JUBAILI AGROTECH.

Cette société présente le pesticide comme un produit miracle capable de tuer tous les insectes. Ainsi selon les prescriptions sur l’étiquette, le produit peut être utilisé contre presque tous les insectes ravageurs des cultures maraichères (tomate, oignon, choux, …), des cultures pluviales (mil, sorgho, maïs, coton, riz, …), en arboriculture (agrumes, café, …) et pour le traitement du sol contre les termites.

Doit-on s’inquiéter de la présence du fipronil dans nos aliments ?

L’OMS classe le fipronil parmi les pesticides modérément dangereux pour l’homme. Il n’a pas d’effet cancérogène prouvé, mais le produit peut provoquer, à des doses élevées, des troubles neurologiques et des vomissements, surtout en cas d’ingestion volontaire. Ainsi, une exposition à une dose très faible ne devrait pas être nocive. En dehors de ces cas, les effets produits ne surviennent qu’en cas d’exposition répétée, ce qui est normal. Dans tous les cas, les effets ne durent pas longtemps parce que la substance est rapidement éliminée donc elle ne s’accumule pas au fil du temps dans l’organisme humain. En outre, les effets du fipronil sont généralement transitoires c’est-à-dire réversibles.

Ainsi, il n’y pas d’éléments indiquant que l’exposition au fipronil constituait un risque pour la santé humaine dans les conditions préconisées d’emploi. L’union européenne estime qu’il n’y a aucun risque pour le consommateur qui ingère moins de 0,009 mg/kg au cours d’un repas ou d’une journée. Cela équivaut à 0,54 mg pour une personne pesant 60 kg, soit environ huit des œufs présentant la plus forte concentration (< 1,2 mg/kg).

Dans le cas de la crise des œufs contaminés, le risque d’empoisonnement est très faible, au vu des concentrations retrouvées dans les œufs. De ce fait, le retrait des œufs des marchés n’est qu’un principe de précaution destiné à rassurer les consommateurs sur la sureté de leur alimentation plutôt que pour protéger leur santé.

Questions à se poser sur l’interdiction du fipronil

(i) Le produit est-il vraiment toxique quand on l’utilise à faible dose dans les conditions recommandées ?

(ii) Les données toxicologiques fournies par CSP sont-elles suffisantes pour interdire le produit surtout quand on sait que le fipronil se dégrade rapidement et il ne s’accumule ni dans l’organisme humain ni dans les eaux souterraines et encore moins dans le sol ?

(iii) L’une des questions qui méritait encore d’être posée, c’est pourquoi le CSP a interdit toute utilisation de ce produit dans les Etats membres du CILSS alors que l’usage de la substance n’est que limité dans certains pays y compris ceux de l’UE et aux USA ?

(iv) La gamme de produits de substitution dont parlait le CSP est-elle suffisante et uniformément bien répartie dans les Etats membres ? Difficile à répondre dans les conditions nigériennes.

Il faut noter que les produits alternatifs mentionnés dans l’Annexe à la décision d’interdiction du fipronil par le CILSS sont pour la plupart des organophosphorés et des pyréthrinoïdes, des substances qui sont utilisées depuis longtemps et les insectes en ont développés des résistances.

Simple avis, à vous de juger…

Rédigé par Salifou Aminou, CSAN Niger/Bioengineering and Agri-Business Consulting