Plant d’Acacia radiana qui a complètement perdu ses feuilles après les attaques des chenilles

Alerte agroécologique : une chenille qui ravage les plants d’Acacia radiana dans la vallée de la Tarka au Niger

La vallée de la Tarka qui couvre une superficie de 47 998 km² est située au centre sud du Niger entre les régions d’Agadez, Zinder, Maradi et Tahoua. Elle s’étend principalement entre les départements d’Aderbissinat, Tanout, Belbédji, Dakoro, Guidan Roumdji jusqu’à Madaoua et la frontière avec le Nigeria. Cette zone qui possède un grand potentiel fourrager arbustif, représente un écosystème de repli qui assure, pendant les périodes de soudure en saison sèche, l’alimentation du cheptel venu du Niger, du Nigeria et du Mali. Malheureusement, cet espace vital pour des centaines de milliers d’animaux est aujourd’hui menacé par les attaques des chenilles d’un lépidoptère qui consomment toutes les feuilles d’Acacia radiana.

CSAN-Niger a rencontré Dr Haboubacar M. Manzo, Agroécologiste et Chercheur à l’Université de Tillabéri qui a investigué dans la zone et qui lance une alerte sur l’infestation de cet insecte qui menace la sécurité alimentaire et pastorale au Niger.

Composition floristique dans la vallée de la Tarka

La vallée de la Tarka est une zone qui est caractérisée par la prédominance de peuplement d’Acacia radiana, Balanites aegyptiaca, Ziziphus mauritiana et d’autres arbustes comme Bauhinia rufescens, Maerua crassifolia et Cassia tora. Cette flore constitue le fourrage aérien des ruminants venus du Niger et des pays comme le Nigeria et le Mali. En plus de cela, la vallée possède une importante diversité d’herbes fourragères composée de Cenchrus biflorus, Eragrostis tremula, Panicum laetum, Tephrosia linearis, Aristida mutabilus, Schoenelfeldia gracilis, Tribulus terrestris, Alysicarpus ovalifolius et plusieurs autres légumineuses fourragères.

Importance d’Acacia radiana et la menace qui pèse sur ses peuplements

Cette ressource endémique que représente acacia dans la vallée de la Tarka vient aussi à contribution dans l’alimentation du cheptel à travers son apport en complément alimentaire (gousses et feuilles). En outre, l’espèce Acacia radiana qui est une légumineuse, participe à la lutte contre la désertification et à la fertilisation du sol par la fixation de l’azote atmosphérique. Les peuplements d’acacia constituent également un abri refuge pour les animaux et les hommes, surtout en période de forte chaleur. C’est cet écosystème qui est, depuis quelques années, menacé par les larves d’un papillon qui s’attaquent à Acacia radiana dans cette zone.

Mode opératoire de l’insecte

Dans les villages attaqués l’insecte s’attaque principalement à l’espèce Acacia radiana. Ce sont les larves ou chenilles qui causent les dégâts en se nourrissant surtout des feuilles. L’adulte lui est un papillon qui se nourrit du nectar des fleurs. Ainsi, les larves provoquent des défoliations de l’arbre qui perd complètement ses feuilles. Au bout de quelques jours, les tiges prennent une couleur jaunâtre et on a l’impression souvent d’avoir à faire un arbre mort. La consommation des feuilles et des fleurs affecte aussi la production des gousses. Par conséquent, dans deux ou trois ans il n’aurait plus de production de semences donc pas de régénération. Les dégâts commencent à apparaitre après la saison hivernale, notamment en début de la saison froide (octobre) et ils s’étendent jusqu’au mois de décembre. En ce moment la plante se dessèche complètement.

Plant d’Acacia radiana qui a complètement perdu ses feuilles après les attaques des chenilles

Fig. 1 : Plant d’Acacia radiana qui a complètement perdu ses feuilles après les attaques des chenilles

Comme chez tous les lépidoptères, la larve passe par le stade chrysalide avant de devenir adulte. Pendant cette phase, elle s’entoure d’un cocon blanc cireux de couleur blanche (environ 5 cm) lui permettant de s’accrocher sur une tige. Le cocon lui permet également de se protéger des conditions climatiques défavorables (parfois jusqu’à environ 50° C) qui prévalent dans la nature. Dans le village de Derme Derme on a pu compter en moyenne un peu plus de 400 cocons par plant, sans compter ceux qui sont tombés sur le sol.

 Cocons blancs du lépidoptère accrochés aux tiges d'Acacia radiana

Fig. 2 : Cocons blancs du lépidoptère accrochés aux tiges d’Acacia radiana

Généralisation de la menace sur les autres zones pastorales du pays

En dehors de la vallée de la Tarka, les infestations ont été également constatées dans d’autres sites pastorux du pays, notamment la zone située entre N’Guigmi et N’Gourti (en direction de Metimé) dans la région de Diffa. Partout dans ces zones, la strate arbustive est à prédominance Acacia radiana et Balanites aegyptiaca.

La chenille cause également d’énormes pertes sur cheptel. Selon les propos des éleveurs, la consommation des cocons provoque des fausses couches et des avortements chez les ruminants. En outre, les chenilles provoquent des fortes irritations et des démangeaisons au contact avec la peau humaine.

Les mesures à prendre pour combattre la chenille

A l’heure actuelle, il est difficile d’établir une approche qui peut combattre efficacement les infestations de la chenille pour plusieurs raisons, notamment :

  • on ne connait pas encore la biologie de l’insecte ;
  • les cocons et les papillons vivent à plusieurs mètres au-dessus du sol ;
  • l’insecte semble résisté à des très fortes températures dans le milieu ;
  • les zones infestées sont difficiles d’accès, etc.

Cependant, quelques mesures prophylactiques (préventives) peuvent permettre de réduire les infestations. Il s’agit de :

  • la surveillance pour détecter les premiers foyers d’infestation ;
  • ramassage et destruction des cocons se trouvant sur l’arbre et sur le sol.

Chèvre rousse de Maradi

La chèvre rousse de Maradi : un patrimoine national qui fait la fierté des ménages ruraux nigériens

L’élevage des petits ruminants qui occupe une place importante dans l’économie des ménages en zone sahélienne est dominé par deux espèces : les caprins (chèvre et bouc) et les ovins (mouton et brebis). Au Niger, les caprins sont représentés par deux principales races : la chèvre du Sahel et la chèvre rousse de Maradi. Cette dernière attire l’attention des techniciens de l’élevage, des tanneurs et maroquiniers pour ses multiples qualités. Ainsi, elle symbolise la région de Maradi dans le chapitre des symboles attribués aux différentes régions du Niger.

Originaire de la région de Maradi, l’élevage de la chèvre rousse se pratique principalement dans les zones à cheval entre le Niger et le Nigéria. A la faveur des programmes de recherche, de sécurité alimentaire, de réduction de la pauvreté et de croissance économique, son aire de dispersion s’est également étendue à beaucoup de pays de la sous-région, notamment au Bénin, au Burkina Faso, au Mali, au Sénégal et au Togo.

Les deux variétés de chèvre rousse de Maradi

Depuis les années 1962, la chèvre rousse a bénéficié de la protection des autorités nigériennes qui ont déployé de gros efforts pour stabiliser ses valeurs génétiques (couleurs, qualité de la peau, prolificité, production laitière). Il en découle de ces efforts, la mise au point de 2 variétés de chèvre rousse qui ont les mêmes performances zootechniques :

  • la première possède une robe rousse ;
  • la deuxième à une robe noire.

Caractéristiques physiques

La chèvre rousse de Maradi se distingue des autres espèces par son poids (beaucoup plus important), sa conformation, sa prolificité et surtout sa couleur rousse.

Sur le plan phénotypique, l’animal est harmonieux, assez élancé. La tête est fine, le front bombé, couvert de poils plus longs (plus foncés chez le mâle). Les oreilles sont longues, horizontales ou tombantes. Le chanfrein est rectiligne, parfois subconcave. Le cornage est moyennement développé. Les cornes peu épaisses et aplaties d’avant en arrière et à insertion rapprochée sont toujours présentes. L’encolure est courte, la poitrine ample, le garrot noyé et le dos rectiligne.

La mamelle est toujours bien développée. La queue aux poils plus touffus et souvent noirs, est courte et relevée à son extrémité. Les cornes sont plus lourdes chez le mâle, qui porte généralement une barbe de poils plus longs, plus touffus et plus foncés que la femelle. Le bouc adulte porte une crinière qui s’étend jusqu’aux épaules.

La robe est homogène, brillante, à reflets acajou. Le poil est ras, dense, sur une peau souple, et tout allongement accompagné d’un éclaircissement de la fourrure. Le mâle présente de façon constante une teinte plus foncée allant jusqu’à l’apparition d’une raie dorsale noire.

Caractéristiques productives de la chèvre rousse de Maradi

La chèvre rousse de Maradi est une espèce animale très recherchée pour plusieurs raisons :

  • une multiplication rapide : intervalle entre deux gestations successives de 5 à 7 mois ;
  • une grande prolificité : naissances gémellaires et bisannuelles ;
  • une fréquence de mises-bas doubles, triples ou quadruples qui se poursuit jusqu’en fin de carrière ;
  • de bonnes aptitudes laitières (0,6 l de lait par jour pendant une période de 3 à 4 mois) ;
  • une bonne production de viande (rendement carcasse de 55%) ;
  • une bonne qualité de la peau (peau, fine, souple et d’une solidité remarquable) ;
  • une période pubertaire précoce (5 à 6 mois après la naissance).

Caractéristiques Socio-économiques

L’élevage de la chèvre rousse de Maradi constitue une importante source de richesse pour les éleveurs et particulièrement pour les femmes. C’est une activité qui procure des revenus substantiels étant la ressource animale la plus facilement mobilisable après la volaille. L’élevage de la chèvre rousse contribue à la lutte contre la pauvreté. Dans beaucoup de villages du Niger, l’autonomie financière des femmes résulte de l’élevage de cet animal. En période de crise alimentaire qui rime avec les mauvaises campagnes agricoles, l’argent provenant de la vente de la chèvre rousse permet aux populations de s’approvisionner en céréales.